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6 NATIONS - L'Angleterre l'a mauvaise et n'a pas du tout apprécié la tactique de l'Italie

L'Angleterre l'a mauvaise et n'a pas du tout apprécié la tactique de l'Italie

Le 27/02/2017 à 15:09Mis à jour Le 28/02/2017 à 09:04

6 NATIONS - Contre l'Angleterre, l'Italie a semé la zizanie et presque fait basculer le cours de la rencontre grâce à une tactique astucieuse qui se popularise dans le rugby moderne : éviter de former des regroupements. Outre-Manche, ça passe mal.

"Mais qu'est-ce qu'on doit faire ?!". L'inquiétude se lit sur les visages de James Haskell et Dylan Hartley au moment d’interroger l'arbitre du match. Menés au score par l'Italie, les Anglais sont alors sans solution, comme déboussolés au beau milieu de leur propre jardin de Twickenham. "Je suis arbitre, pas coach", répond avec flegme Romain Poite qui se contente d'appliquer les règles.

En effet, les joueurs du XV de la Rose sont alors tout simplement dépassés par la judicieuse tactique des Italiens. Conscients de leur faiblesse, les Transalpins ont préparé ce match en voulant jouer sur l'interprétation du règlement. Dès lors, les hommes de Conor O'Shea ne disputent plus les regroupements et ce choix tactique leur permet ainsi de circuler librement au milieu des rangs anglais car aucune ligne de hors-jeu ne les en empêche.

Haskell Hartley

Haskell HartleyRugbyrama

Un rappel du règlement s'impose concernant le plaquage tout d'abord. Un plaquage est accompli lorsque le plaqueur amène le joueur porteur du ballon au sol en le maitrisant. Dès lors une zone de plaquage se forme autour du plaqueur et du plaqué, pour disputer le ballon, les joueurs doivent passer par l'axe de cette zone du plaquage en provenant de leur camp. Un minimum de deux joueurs se disputant le ballon est alors suffisant pour transformer cette "zone de plaquage" en ruck (et ce même si un ruck ne nécessite pas forcément un plaquage au départ de l'action puisque le règlement stipule qu'un ruck est une phase de jeu dans laquelle un ou plusieurs joueurs de chaque équipe sur leurs appuis et en contact entourent le ballon au sol). A partir de ce moment, le ruck entraîne la formation de deux lignes de hors-jeu qui commencent à hauteur du dernier pied du dernier participant de chaque équipe.

De fait et dans le cas présent, si après un plaquage un défenseur ne vient pas se confronter à un adversaire qui protège le ballon, le ruck n'est pas formé et par conséquent la ligne de hors-jeu n'apparait pas non plus permettant aux défenseurs d'avancer librement dans le camp adverse.

Jones : "Vous pouvez demander à être remboursé..."

Sans zone de ruck, les attaques anglaises n'ont plus le même point d'ancrage et les Italiens s'en sont donnés à cœur joie pour semer la zizanie. Mis à mal par l'ingéniosité italienne, Eddie Jones n'a visiblement pas apprécié la manœuvre de ses adversaires, "Vous pouvez demander à être remboursé aujourd'hui car vous n'avez pas assisté à un match de rugby. Ce n'était pas du rugby, nous n'avons pas pu jouer", s'est exclamé le manager anglais.

Angleterre-Italie

Angleterre-ItalieRugbyrama

"Si c'est ça le rugby, alors je vais prendre ma retraite, parce que ce n'est pas du rugby", a martelé Jones. Il faut dire que le boss du XV de la Rose s'est fait peur surtout quand son équipe était menée pour la première fois de son histoire à la mi-temps par l'Italie à Twickenham (5-10). "Les rucks ont disparu du jeu et quand on perd ce concept essentiel du rugby alors on perd l'essence de notre sport", a-t-il plaidé.

"Je n'ai pas de commentaire à faire sur le jeu pratiqué par les Italiens, ils ont bien joué et ils ont mérité leur défaite serrée", a cependant concédé Eddie Jones qui s'est fendu d'une comparaison avec le football avant de quitter la salle de presse : "En football, on dit 'garer le bus devant la cage' et concernant ce match je ne sais pas ce que l'on pourrait trouver de plus gros qu'un bus... Je ne veux pas jouer des matches comme ça, je préfère rester chez moi."

O'Shea fier et Woodward admiratif

Si les Anglais semblaient passablement énervés, c'est la fierté qui dominait du côté italien. "Je suis vraiment fier de notre performance aujourd'hui. Tout ce que nous avons fait est complètement légal, je suis incroyablement content de ce que les joueurs ont montré", a confié Conor O'Shea. Malgré la défaite, le sélectionneur de la Squadra Azzurra commentait avec satisfaction les progrès défensifs de son équipe qui grâce à sa nouvelle tactique a décuplé ses stats de plaquage. "Nous avons réussi 90 % de nos plaquages", expliquait-il.

Un pari tactique tenté par l'Irlandais qui n'a pas uniquement enchanté les joueurs et membres du staff transalpin puisque le vénérable Sir Clive Woodward y est aussi allé de ses félicitations. Cette tactique est innovante et inspirée, a salué l'entraîneur des champion du Monde 2003. "Contre une équipe supérieure et une nation infiniment plus riche, l'Italie est allée combattre en intriguant et en 'complotant' contre son adversaire. Cela tenait de la guérilla et c'est toujours ce que doit faire David s'il veut avoir une chance de battre Goliath", s'est exalté Woodward sur ESPN.

Conor O'Shea (Italie)

Conor O'Shea (Italie)Icon Sport

Une tactique pas si innovante que ça

En effet, Conor O'Shea, même s'il a fait preuve de culot face aux Anglais, est allé dégoter son plan dans des archives récentes. Tout d'abord en Super Rugby où en mars 2015, sur un coup d'envoi, les Chiefs néo-zélandais ne forment pas de regroupement à la grande surprise des Brumbies.

Une surprise dont les Wasps ont aussi fait les frais contre Toulouse en Champions Cup, le 23 octobre 2016. A la 43e minute, après une touche dans le camp anglais, les Rouge et Noir décident de ne pas s'impliquer dans le ruck et récupèrent ingénieusement une pénalité à la suite de l'action.

Enfin c'est le troisième ligne australien David Pocock qui à la 50e minute du test-match contre l'Irlande en novembre dernier a subtilement intercepté la passe de Conor Murray. La tactique italienne face aux Anglais ce dimanche n'a toutefois pas permis aux Transalpins de s'imposer mais elle décrit à merveille un nouveau moyen de "jouer avec les règles" qui pour Clive Woodward "est totalement légitime et fascinant à voir surtout quand il est appliqué aux moments clés des grandes confrontations".

Un système de "contre" qui est perfectible et qui a ses limites comme l'a démontré le XV de la Rose dès le retour des vestiaires. La solution a été réfléchie à la pause et a permis aux Anglais de reprendre le contrôle du jeu dès la seconde mi-temps pour finalement dérouler avec 5 essais inscrits. L'astuce consiste alors en un départ dans l'axe et un jeu main-main de la zone de plaquage avec une avancée de l'attaquant qui doit être appuyée par des délayages efficaces. Les amateurs de rugby peuvent alors faire une croix sur les belles envolées car jusqu'à présent la solution des Anglais reste l'une des meilleures trouvailles pour éviter de se retrouver avec des défenseurs adverses dans sa ligne d'attaque.

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