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Tournoi des 6 nations - Italie: Un Tournoi pour quoi faire ?

Italie: Un Tournoi pour quoi faire ?

Le 05/02/2016 à 09:20Mis à jour Le 24/02/2016 à 13:13

TOURNOI DES 6 NATIONS - Après une Coupe du monde en demi-teinte, l'Italie se présente avec l’une des équipes les plus faibles depuis ses débuts dans le Tournoi. Privée de nombreux cadres, sans projet à long terme, sans véritables attentes… Elle participe au Tournoi des 6 Nations cette année encore. Mais pour quoi faire ?

C'est un début de Tournoi compliqué qui se présente. Une mission quasi impossible même qui attend l'Italie. Avec un déplacement en France, où elle n’a plus gagné depuis 1997, puis la réception de l’Angleterre, qu’elle n’a jamais battue, l’Italie apparait en plus de tout ça très affaiblie. Logiquement, la douzième nation mondiale devrait jouer - une nouvelle fois - son Tournoi face à l’Ecosse. Mais cette fois, même le XV du Chardon semble évoluer à un niveau supérieur. L’Italie est-elle en crise ? Explications.

  • Avalanche de blessures et soucis d’effectif

"On a 13 ou 14 joueurs qui pour des raisons diverses ne peuvent pas venir. On a dix nouveaux qui n'étaient jamais venus et par rapport à la Coupe du monde c'est très remanié" . Sans détour et en deux phrases, Jacques Brunel résume une partie de la problématique italienne. Des blessés, des blessés en encore des blessés. Au point de craindre pour l’Italie l’un des pires 6 Nations de son histoire.

Jacques Brunel (Italie) avec ses joueurs - 15 septembre 2015

Jacques Brunel (Italie) avec ses joueurs - 15 septembre 2015AFP

Lucide, Gonzalo Canale (86 sélections) tente d'expliquer: "Je ne sais pas si on peut dire que c'est le pire Tournoi de l'Histoire qui se présente, mais je crois que ça va être difficile. La chance n'a pas été du côté italien ces derniers temps, avec autant de blessures". L'ancien sélectionneur de l’Italie, Pierre Berbizier, enchaine: "Il y a pratiquement un pack titulaire qui est absent. Deux piliers gauches sont absents, deux talonneurs aussi. La deuxième ligne n’est pas là. Favaro est absent… Disons que les fondamentaux sont l’un de leurs points forts et il leur manque 80% de leur paquet d’avants" .

L’inventaire pourrait se poursuivre: 14 joueurs de l’effectif présent en Angleterre ne sont pas disponibles pour le match face à la France. On pourrait croire qu'un tel cas de figure sonnerait comme une aubaine pour bien des pays et pousserait à l’émergence d’un nouveau projet, de nouvelle bases, de nouveau joueurs. Mais cette situation italienne ne résulte pas d’un choix.

Pire, ce manque de joueurs de haut niveau reflète deux faiblesses du rugby italien. D’abord la politique étrange de la fédération italienne, créant des situations hors-normes comme celle de Jacques Brunel, sélectionneur à durée déterminée. Mais aussi la faiblesse structurelle du rugby transalpin, qui est aujourd’hui incapable de faire émerger en nombre des jeunes joueurs de talent.

  • Une gestion en interne souvent agitée...

Réaction immédiate des joueurs, le capitaine Sergio Parisse en tête. Sur Twitter, les internationaux reprenaient la déclaration et l’accompagnaient d’un hashtag "respecte-nous".

L’histoire s'est peu tassée peu à peu jusqu’à être enterrée peu avant leMmondial. Une simple péripétie. Mais une situation tendue qui révèle des antagonismes loin d’être nouveaux. Pierre Berbizier revient pour nous sur sa propre expérience: "Quand je suis arrivé (en 2005, NDLR), ça n’était pas très clair. Il y avait une forte opposition entre Calvisano (champion d’Italie en 2005) et la Fédération. Trévise (champion d'Italie en 2006) était anti-Fédération. C’est un contexte politique où tout est dans un changement perpétuel".

Pierre Berbizier, du temps où il entrainait l'Italie - 2006

Pierre Berbizier, du temps où il entrainait l'Italie - 2006Icon Sport

Une base avec peu de stabilité et un système qui s’est encore complexifié. Deux franchises sont venues s’ajouter à un système de clubs de plus en plus faible. Une organisation qui ne permet pas d’apaiser les relations entre la Fédération et les équipes professionnelles. Toujours très attaché au XV d’Italie, l’ancien sélectionneur du XV de France ajoute, prudent: "J’ai l’impression, vu de l’extérieur, que c’est à nouveau un combat politique interne qui freine cette formation italienne. Au final, le problème c’est que ce genre de soucis existe partout, mais remue d’avantage l'Italie parce que ses bases sont plus fragiles" .

Une situation que déplore aussi Gonzalo Canale. "C'est vrai que le rugby italien a perdu du crédit. Les résultats en Ligue celte ne sont toujours pas là (Trévise a enchainé 23 défaites consécutives en championnat, NDLR) et l'équipe d'Italie est en train de subir une mutation entre les nombreuses blessures, les anciens joueurs qui arrêtent et les jeunes qui montent". Des changements que les Italiens subissent mais qui s’ajoutent à ceux que l’équipe d’Italie s’est elle même créée.

  • ... symbolisée par le cas de Jacques Brunel
Sergio Parisse et Jacques Brunel (Italie) - 22 août 2015

Sergio Parisse et Jacques Brunel (Italie) - 22 août 2015Icon Sport

Je peux juste dire que j'ai connu Jacques (Brunel), explique Gonzalo Canale, et c'est quelqu'un de droit et honnête. Il sait bien qu’après le 6 Nations, il partira. Mais il va continuer à bien travailler jusqu'à la fin de son contrat . Même son de cloche chez Pierre Berbizier, pour qui "Jacques (Brunel) fera le boulot. Il sait que, comme tous les entraineurs, tu fais avec les joueurs dont tu disposes. Malheureusement, pour son dernier Tournoi, il a peu de solutions".

Si la loyauté de Jacques Brunel n’est pas remise en question, la question est davantage celle de la politique italienne dans son ensemble. Et des choix que les instances dirigeantes ont pu faire. "L'Italie alterne entre Anglo-saxons et Français et ils repartent à chaque fois sur des méthodes différentes", expose Pierre Berbizier. "J’ai remplacé John Kirwan, Nick Mallet m’a remplacé. C’est difficile d’avoir une continuité". Le vrai problème ? "Ils essayent toujours de trouver l’homme providentiel. Seulement, on ne s’attaque pas aux structures et aux problèmes de fond". Comme par exemple celui de la formation, éternelle problématique italienne.

  • Formation défaillante, quel projet pour l’Italie ?

Depuis 2011, l’Italie des moins de 20 ans n’a gagné… qu’un seul match au cours du Tournoi. Depuis 2008 et la création de la compétition ? A peine trois, toutes obtenues face à l’Ecosse (2009, 2011, 2014). L’illustration d’un problème chronique ou presque : l’incapacité pour l’Italie de former des jeunes joueurs de haut niveau. L'ancien centre Gonzalo Canale tente de trouver une explication: "On s'est toujours distingué pour ne pas avoir la quantité de jeunes joueurs qui montent, au contraire des autres nations. Chez nous, ça met plus de temps. Il y a un facteur "culture rugby" qui est sûrement différent des autres pays". L’ancien Rochelais ajoute : "Mais je crois qu'au bout d'un moment, il faut se poser la question et voir si le système en général est efficace ou pas".

Gonzalo Canale - Italie Angleterre - 11 février 2012

Gonzalo Canale - Italie Angleterre - 11 février 2012Icon Sport

  • Un Tournoi qui s’annonce terrible

Le constat est sévère et le tableau bien sombre : une équipe d’Italie diminuée, avec très peu de joueurs prometteurs, avec un sélectionneur qui n’a plus que 5 matches à jouer et une équipe prise dans une bataille latente entre la fédération et les clubs, les joueurs et les franchises. Jamais depuis 2000, et l’entrée de l’Italie dans le Tournoi, la Squadra Azzura n’a semblé autant promise à la "Cuillère de bois". Comme toujours, un exploit reste possible. Et c’est à cela que s’accrochent les amoureux de l’Italie. Brunel d’abord: "Chaque année il y a des surprises, alors peut-être qu'on peut être celle de cette année" . Gonzalo Canale, ensuite: "C'est dans les moments difficiles que l'équipe a su se motiver et sortir son meilleur".

Bête blessée, l’Italie reste évidemment dangereuse. Et les joueurs auront à coeur de prouver que cette crise n’est qu’un moment délicat, unique conséquence des nombreuses blessures. Voir même une aubaine pour certains joueurs de s’imposer en sélection. Reste qu’en cas de gros échec italien, la question d’une montée/descente avec le Tournoi des 6 Nations B (Géorgie, Roumanie, Portugal, Espagne, Russie, Allemagne) pourrait légitimement revoir le jour. Et mettre encore un peu plus de pression sur une équipe d’Italie qui semble loin du niveau qu’elle pouvait espérer afficher, 16 ans après son entrée dans le Tournoi.

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