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Philippe Benetton: "On aimerait qu'ils prennent des initiatives, qu'ils se lâchent davantage"

Benetton: "On aimerait qu'ils prennent des initiatives, qu'ils se lâchent davantage"

Le 28/02/2015 à 10:51

Philippe Benetton, 59 sélections en Bleu et trois fois vainqueur du Tournoi des Cinq Nations dont deux Grand Chelem en 1997 et 1998, évoque la situation du XV de France. L'ancien troisième ligne de Cahors et Agen regrette le manque de prise de risque des Bleus et l'absence de Louis Picamoles en troisième ligne.

Donnez-nous de vos nouvelles Philippe!

Philippe BENETTON: Je suis toujours à la recherche d'une activité professionnelle dans le monde du rugby, que ce soit un club amateur ou professionnel. A côté, j'ai une activité avec mon épouse de location de bateaux de plaisance pour faire des ballades, des excursions sur la Garonne.

Avez-vous suivi les récentes révélations du Journaliste Pierre Ballester qui vient de lancer une bombe dans le monde rugbystique en parlant de joueurs dopés?

P.B: D'après les extraits qui sont sortis, cela concerne une période bien précise. Personnellement, avec l'équipe de France, on n'a jamais vu de produits illicites ou des choses de ce genre. Et Thierry Hermerel (Médecin de l'équipe de France, ndlr) a été catégorique lors de ses déclarations dans la presse en disant qu'il était absolument contre et qu'il était garant de cette volonté. Donc, nous n'avons pas vu, à mon époque chez les Bleus (1989-1999) circuler des produits dopants ni dérapages de ce genre.

" Nous étions dopés au raisin "

Sans citer de nom, sauf si vous le souhaitez, avez-vous durant l'ensemble de votre longue carrière à Cahors, Agen ou en équipe de France, vu un ou plusieurs joueurs avoir recourt à des substances dopantes?

P.B: Non non. Je n'ai jamais vu de joueur dans cette situation, que ce soit dans mes clubs ou en sélection nationale. Et puis, nous étions encore majoritairement amateurs. Et nos rendez-vous avec les Bleus étaient le mercredi pour préparer le match du samedi donc nous n'étions pas calqués sur la performance physique et sportive comme on peut la voir maintenant. Nous étions davantage concernés par la passion d'être ensemble, de créer quelque chose ensemble, de penser avant tout au collectif.

Philippe Benetton face au pays de Galles lors du Tournoi 1999

Philippe Benetton face au pays de Galles lors du Tournoi 1999Icon Sport

Vos produits dopants se rapprochaient plutôt du foie gras, du confit, d'un peu de vin et bien entendu, de la bière pour la récupération (rires)?

P.B: (Rires)...Oui, on faisait les fameuses troisième mi-temps comme il nous arrivait de boire du vin à table dans la semaine. Nous étions dopés au raisin.

Abordons des choses plus concrètes avec cette timide entame de Tournoi. Que vous inspire cette équipe de France?

P.B: Déjà, le premier match contre l'Ecosse était compliqué. Les Bleus avaient globalement fait une belle Tournée automnale même si il y a eu cette défaite contre l'Argentine. Le premier match du Tournoi est toujours très compliqué car les joueurs ne se sont pas vus depuis trois mois, même si ils ont eu une semaine de stage. Ainsi, c'est toujours difficile d'être performants dès le début car il y a des nouveaux repères à prendre, des joueurs qui n'étaient pas forcément présents en novembre et inversement. C'est délicat de constituer un groupe très compétitif dès le coup d'envoi.

Concernant l'opposition face à l'Irlande, je dirais qu'il y a eu deux matchs en un où pendant une heure, on n'a pas vu le ballon et étions essentiellement cantonnés à des tâches défensives et par la suite, le carton jaune de Papé a contraint les Français a mettre un peu plus le pied sur l'accélérateur pour éviter de prendre trop de points. C'est là où les Bleus se sont révélés, ce qui a mis un peu au supplice le XV irlandais. Hélas trop tardivement car les joueurs du Trèfle avaient un capital points suffisant pour l'emporter.

" Quand tout est organisé et fermé, difficile d'avoir du Franch Flair"

On a tendance à voir beaucoup de phases de jeu stéréotypées, préétablies, schématisées à l'image parfois du Top 14. Pensez vous que l'équipe de France a définitivement perdu son ADN, le fameux "French Flair"?

P.B: Je ne sais si on l'a perdu mais il est évident que dans le rugby professionnel, on prends beaucoup moins de risques. Notre équipe nationale est basée sur un jeu de défi physique, d'usure de l'adversaire avant de pouvoir faire par exemple, ce qu'elle a fait en fin de match contre l'Irlande. Mais aujourd'hui, est-ce que c'est la bonne solution, je ne sais pas... Il est aussi vrai que les équipes sont tellement bien préparées offensivement et défensivement qu'il est difficile de pouvoir amener ce "French Flair". Ce genre de rugby se joue dans le désordre où il y a une prise d'initiative d'un joueur, où tout le monde met la marche en avant, les espaces s'ouvrent et avec une continuité sur la dynamique. Quand tout est organisé et fermé, il est difficile de l'avoir.

On peut cependant constater que ce soit en championnat ou au niveau international que les équipes qui gagnent, à l'instar des Néo-Zélandais, des Australiens, des Sud-Africains, des Gallois, des Irlandais ou même des Anglais, ce sont celles qui envoient le plus de jeu et...

P.B: (Il coupe) Tout à fait.

Nous avons les joueurs pour ce genre de jeu alors pourquoi ces derniers n'arrivent-ils pas à se lâcher, à se libérer?

P.B: Déjà, la saison est particulière et compliquée car on est en année "Coupe du monde" donc les joueurs se contentent d'appliquer les consignes du staff sans prendre trop de risques car chacun joue sa place pour faire partie de cette aventure. L'objectif pour chacun d'entre eux, c'est d'être dans le groupe final donc on essaie d'être le mieux possible dans ce cadre donné par les entraineurs. On aimerait que les joueurs prennent des initiatives, se lâchent davantage pour faire basculer le match car il ne manque pas grand chose.

" Il nous manque un numéro huit très puissant qui casse les défenses adverses et ce joueur en France, c'est Picamoles"

On peut aussi s'apercevoir que la plupart des nations, à l'exception de l'Ecosse et de l'Italie et on le voit au travers de leurs résultats d'ailleurs, ont un staff ou un groupe de joueurs stable(s) dans la durée et ce sont ces dernières qui émergent au plus haut niveau. En équipe de France, on a trop tendance à vouloir changer le staff au bout de quatre ans et quand on voit qu'il y a de la stabilité notamment sous l'ère Bernard Laporte, et bien on s'aperçoit que ce sont les meilleurs résultats récoltés dans l'ère professionnel. Il faut de la continuité, de la stabilité et des joueurs qui n'aient pas peur d'oser, de se lâcher.

Concernant les joueurs, on évoque le manque de liant entre les avants et les trois-quarts et un manque de complémentarité notamment en troisième ligne avec deux profils similaires que possèdent Dusautoir et Le Roux. Qu'en pense l'ancien flanker que vous êtes?

P.B: C'est vrai qu'il y a un manque de complémentarité car ce sont deux joueurs très proches dans leurs qualités techniques et athlétiques. Il nous manque ce joueur qui ferait le lien entre les avants et les trois quarts, un coureur et un numéro huit très puissant qui casse les défenses adverses et ce joueur en France, c'est Picamoles.

" Ouedraogo et Nyanga apporteraient une continuité avec les trois-quarts"

Quel(s) joueur(s)s français verriez-vous dans ce rôle?

P.B: Selon moi, il y a deux joueurs avec des qualités énormes qui se déplacent beaucoup, Ouedraogo et Nyanga. Ce sont ces styles de joueurs qui pourraient apporter au large, qui ont des qualités de jeu, de vitesse et qui seraient dans la continuité des trois-quarts. Alors que là, la troisième ligne est assez lourde et a aussi parfois du mal à se déplacer. Et on s'aperçoit aussi que les autres grandes nations ont cette complémentarité.

Philippe Saint André et son staff sont-ils limités dans le choix des joueurs français pour le niveau international?

P.B: Ils sont limités pour une simple et bonne raison, c'est que les joueurs français jouent de moins en moins dans notre championnat! Si vous regardez par exemple, la composition du huit de devant de l'équipe de France en Ecosse la saison dernière, six n'étaient pas titulaires dans leur club, cela pose un gros soucis même si cela s'est amélioré cette année. On peut se poser la question du grand nombre d'étrangers dans le championnat français mais si ceux sont eux qui jouent, cela veut dire qu'ils sont meilleurs que nos Français. Il faut aussi que les joueurs français aient une certaine force de caractère et s'imposent dans leurs clubs.

Vous avez affronté les Gallois à plusieurs reprises durant votre carrière. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué lors de vos confrontations avec ces "Diables rouges"?

P.B: C'est le fait d'apporter beaucoup de puissance dans leur jeu et de vouloir être complets dans tous les registres. C'est une équipe qui est assez complète. Elle est capable de mettre du volume de jeu, de la vitesse tout en ayant de la puissance. Comme certaines autres équipes me direz vous sauf que si on la compare avec les autres nations britanniques de ce Tournoi, on voit que l'Ecosse joue beaucoup mais elle manque de puissance, l'Angleterre est plus dans un schéma de jeu stéréotypé mais qui pour l'instant fonctionne bien car ce sont eux qui propose le rugby le plus agréable (mais nous attendons la confrontation au sommet ce dimanche en terre irlandaise) et après, l'Irlande qui est davantage capable de changer sa stratégie, sa tactique de jeu en fonction de l'adversaire.

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