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6 nations - Serge Betsen: "Lors de notre victoire en 2005, nous n'étions pas du tout favoris..."

Betsen: "Lors de notre victoire en 2005, nous n'étions pas du tout favoris..."

Le 21/03/2015 à 09:49Mis à jour Le 21/03/2015 à 12:34

Ancien troisième ligne des Bleus ayant connu le championnat anglais après celui de l'Hexagone, Serge Betsen (40 ans, 63 sélections) pense que la France peut s'imposer à Londres ce samedi. "Jouer l'Angleterre, ça toujours été un match particulier pour nous", argumente-t-il.

Serge, vous avez récemment sorti un livre ("Les 7 plaies du rugby français", Hugo Sport). Quels thèmes abordez-vous ?

Serge BETSEN: Il aborde plusieurs thèmes du rugby français et le fait que j'aimerais voir les institutions du rugby français permettre aux joueurs de pouvoir jouer au plus haut niveau et leur donner les moyens d'être le plus performant possible.

Est-ce une critique envers les dirigeants du rugby français dans le sens où l'on privilégie le championnat et son économie au détriment de l'équipe de France contrairement aux Anglos-Saxons ?

S.B: J'ai effectivement utilisé un exemple concret lors de mon passage dans le club anglais des London Wasps. Ce que je dis surtout, c'est que nous avons en France un potentiel humain et financier extraordinaire. Alors essayons de le mettre au service de l'équipe nationale et surtout au développement du rugby en France.

Vous êtes d'origine camerounaise. Comment avez-vous ressenti les polémiques sur la sélection de joueurs étrangers naturalisés pour jouer avec le XV de France? Ce débat vous a-t-il touché ?

S.B: (réfléxion) Je crois que chaque joueur vit son parcours avec beaucoup d'émotions, de rêves. A aucun moment, je n'ai envie de critiquer cela car la plupart de ces joueurs sélectionnés avec les Bleus ne sont pas venus en France avec l'objectif de revêtir le maillot bleu. Ils sont venus dans l'objectif de vivre leur rêve, c'est à dire de faire de leur sport un métier. Ce que j'essaie simplement de dire, c'est qu'il faut aider les jeunes joueurs pour leur donner aussi la possibilité de rêver à l'équipe de France.

" Il faut que les institutions du rugby français trouvent ensemble des solutions pour que l'équipe de France devienne un objectif commun à tout le rugby français"

De part votre double expérience franco-anglaise, pensez-vous que les équipes anglo-saxonnes et particulièrement le XV de la Rose est en avance par rapport au XV de France ?

S.B: L'équipe d'Angleterre le démontre d'année en année et on le voit par les résultats. Ils ont une certaine régularité dans leur travail et la performance. Ce n'est pas du hasard. Ils ont une structure de fonctionnement et de travail avec des moyens conséquents et l'envie de faire progresser tous les niveaux du rugby anglais.

Nous arrivons au terme de ce Tournoi des 6 nations. Comment jugez-vous les performances de l'équipe de France ?

S.B: En écrivant le livre, je n'avais pas forcément envie de parler de la sélection des joueurs. Philippe Saint-André a fait des choix qui sont, à mon sens, pas toujours évidents mais je n'ai pas à juger ces derniers. C'est difficile de pouvoir critiquer le travail fait et quelque soit le résultat de l'équipe de France. Il ne faut pas s'arrêter au simple jugement des joueurs sur le terrain car ils ne sont pas fautifs de tout. Comme pour beaucoup de choses, c'est une solution collective qu'il faut trouver à cette situation. Il faut que les institutions du rugby français trouvent ensemble des solutions pour que l'équipe de France devienne un objectif commun à tout le rugby français.

Sur les performances sportives, c'est forcément difficile de voir l'équipe de France ne pas gagner. On aimerait qu'elle gagne tous ses matchs, quelle que soit la manière, car on s'en fout un peu. On est content quand notre équipe nationale triomphe. Ce n'est pas le cas ces derniers temps et c'est rageant, frustrant pour les supporters. Mais pour avoir vécu ce genre de moments, je peux vous dire que je vois les joueurs faire beaucoup d'efforts, que c'est compliqué. Ce n'est pas que la prestation sur le terrain qui doit être mise en cause mais plutôt l'approche dans la gestion des joueurs pour qu'ils aient la capacité d'être performants durablement.

Serge Betsen en 2007 face à la Géorgie

Serge Betsen en 2007 face à la GéorgieIcon Sport

Une victoire synonyme d'exploit à Twickenham contre les Anglais permettrait-elle aux Bleus de bien clôturer le Tournoi et surtout de bien les lancer pour la Coupe du monde ?

S.B: Bien sûr! Il faut gagner de la confiance et leur donner les moyens d'être le plus performant possible. Et quand on voit leur match samedi dernier à Rome face aux Italiens, on se dit que c'est loin d'être perdu. Jouer l'Angleterre, ça toujours été un match particulier pour nous. Lors de notre victoire en 2005 (dernière victoire officielle des Bleus en Angleterre lors du Tournoi, ndlr), nous n'étions pas du tout favoris et nous l'avons pourtant fait. Nous devons être derrière les joueurs, leur donner beaucoup d'attention et les encourager.

" Le rugby, c'est la vie et comme dans la vie, il y des courageux, des fainéants, des tricheurs et si cela m'était arrivé de le voir, je l'aurais dénoncé"

Abordons maintenant le livre de Pierre Ballester concernant ses accusations de dopage dans le rugby français ("Rugby à charges"). Vous avez connu les deux aspects du rugby, amateur puis professionnel : selon vous, ses propos sont-ils crédibles ou infondés ?

S.B: Je le dis à ma manière dans mon livre. Mon sport est un jeune sport professionnel et si il y a eu des cas de dopage, il faut les dénoncer et ceux qui sont pris par des tests, et bien ils n'ont aucune place dans mon sport, c'est une certitude. Ce que je dis aussi, c'est que durant les vingt années de mon parcours rugbystique, je n'ai jamais eu à voir de mes yeux un cas concret de dopage. Et à aucun moment nos dirigeants ont institué quelque chose qui permettait d'encourager ce genre de pratique. Le rugby, c'est la vie et comme dans la vie, il y des courageux, des fainéants, des tricheurs et si cela m'était arrivé de le voir, je l'aurais dénoncé. Ce qui me dérange dans les écrits de Ballester, c'est d'avoir un médecin qui doit être le prescripteur de ce genre d'actions et qui connaît mieux que quiconque les méfaits des produits prescrits ou donnés aux joueurs. Pour moi, c'est la première personne fautive et qu'il faut pointer du doigt quitte à arrêter de travailler pour telle ou telle institution. Quand je vois tous les sacrifices que j'ai pu faire pour être le meilleur à mon poste et pour faire mon travail du mieux possible, c'est énervant de voir ce genre de déclarations. Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne faut pas le dire car c'est important de travailler dans la prévention et donner aux jeunes des outils, des solutions pour les orienter du mieux possible et les accompagner sur leur développement physique mais aussi sur le développement technique. Et tout cela dans la transparence la plus totale.

On a la vague impression que des acteurs de ce sport savent certaines choses mais ne parlent pas car c'est un peu la loi du silence et que le premier qui parle est reçu par le "Comité de la guillotine" puis se retrouve grillé dans le milieu. Et si un joueur utilise ce genre de pratiques, il le fera plutôt à l'abri des regards plutôt que dans un vestiaire....

S.B: Forcément. C'est bien pour cela que je n'ai pas vu ce genre de choses dans mon entourage durant mon activité de joueur. Si il y a ce genre de démarches et je pense qu'il y en a, il est clair que tout cela n'est pas encouragé par un système organisé par les dirigeants, c'est une certitude pour moi. Nous sommes un jeune sport et tout le monde rêve de jouer au plus haut niveau quel que soit le prix à payer par moment. Ce sont des conduites individuelles et non programmées par la fédération, la ligue ou les clubs. J'ai toujours fait attention à ce que je mangeais, aux médicaments que je prenais pour éviter ce genre de mauvaises surprises car nous ne sommes pas à l'abri. Je tiens d'ailleurs à dire que tous mes contrôles anti-dopage ont toujours été négatifs. Je condamne un peu ce livre qui généralise, globalise ce phénomène et dire que l'on encourage cela car c'est faux. Il faut faire attention aux mots et propos employés et ne pas tout généraliser ou caricaturer.

Serge Betsen et Yannick Jauzion au plaquage sur Martin Corry (Angleterre) lors de la demie du Mondial 2007

Serge Betsen et Yannick Jauzion au plaquage sur Martin Corry (Angleterre) lors de la demie du Mondial 2007Icon Sport

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