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50e capitanat Thierry Dusautoir (XV de France) - Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

Le 14/03/2015 à 23:39

Dimanche face à l’Italie (16 heures), Thierry Dusautoir (34 ans, 73 sélections) honorera son cinquantième capitanat sous le maillot du XV de France. Plus que jamais, le troisième-ligne des Bleus incarne le sens du devoir, du sacrifice. Un monument de son sport.

Sur le chemin conduisant du terrain d’entraînement du CNR de Linas-Marcoussis à la demeure du XV de France, Thierry Dusautoir s’avance aux côtés de Philippe Saint-André (34 capitanats avec l’équipe de France, ndlr). Un sourire esquisse leur aparté. Une complicité de capitaine. Pas un commentaire ne filtrera. "Titi" disparaît, l’esprit happé par le déplacement au Stadio Olimpico de Rome. Ce dimanche, face à l’Italie (16 heures), le troisième ligne des Bleus honorera pourtant son cinquantième capitanat. Quelques minutes plus tôt, Serge Blanco (17 capitanats entre 1990 et 1991, ndlr), nous confiait son admiration. "Pour atteindre ce chiffre, il faut avoir de la valeur. Il faut être d’une autre dimension, insiste l’ancien arrière international. Il dégage une certaine timidité mais on s’aperçoit vite de l’intelligence du personnage. "Titi" est un leader naturel, un meneur. Il fait partie de la dimension des grands joueurs qui savent transmettre. Aujourd’hui, il est véritablement à la hauteur de certains grands prédécesseurs tel que Jean-Pierre (Rives). C’est un monument de notre sport. Il a su s’adapter. Il amène un langage nouveau compris de tous, de la quiétude, une certaine sensibilité et surtout beaucoup de respect par rapport à cette équipe. Ce n’est pas le capitaine tempête qui hurle, qui gueule. Au contraire, il transmet de la confiance aux autres qui gagnent en sérénité. C’est l’homme qu’il faut suivre. On peut lui souhaiter avoir connu une finale de Coupe du monde d’arriver à un aboutissement exceptionnel qu’aucun capitaine n’a connu avant lui".

Thierry Dusautoir en 2008 contre l'Argentine

Thierry Dusautoir en 2008 contre l'Argentine Icon Sport

Blanco: "Titi est un monument. C'est l'homme qu'il faut suivre"

Un regard attentif sur les noms des illustres capitaines du XV de France permet très vite de mesurer la dimension du pedigree du natif d’Abidjan: Fabien Pelous (42 capitanats entre 1997 et 2006), Raphaël Ibanez (41 capitanats entre 1998 et 2007), Philippe Saint-André (34 capitanats entre 1994 et 1997), Jean-Pierre Rives (34 capitanats entre 1978 et 1984)… Si le Toulousain est encore loin des records vertigineux de Richie McCaw (100 capitanats, Nouvelle-Zélande), Brian O’Driscoll (84, Irlande) ou John Smit (83, Afrique du Sud), son empreinte figure déjà au panthéon du rugby français et cristallise les hommages. "C’est un joueur que j’apprécie énormément", avoue son ancien coéquipier au Biarritz Olympique et en équipe de France Serge Betsen. "Je l’ai vu évoluer au sein de l’effectif. Il a trouvé sa place naturellement au sein de l’équipe de France. C’est un joueur d’action, qui ne parle pas beaucoup mais qui est besogneux. C’est un capitaine d’exemple mais qui a besoin d’être soutenu, soulagé dans sa fonction. Thierry fait de son mieux mais il ne peut pas régler tous les maux de l’équipe de France".

Thierry Dusautoir (XV de France) lors de la finale de la Coupe du monde 20111

Thierry Dusautoir (XV de France) lors de la finale de la Coupe du monde 20111Icon Sport

Lièvremont: "Je n'ai jamais regretté mon choix"

Thierry Dusautoir est bien un capitaine à part. Derrière lui, les images se bousculent: celle de son premier capitanat, le 8 novembre 2008 contre l’Argentine (victoire 12-6), après la sortie sur blessure de Lionel Nallet. "Le facteur déterminant avait été sa montée en puissance depuis 2007, qui était assez linéaire", nous explique Marc Lièvremont. "Nous étions dans une période charnière, avec un groupe qui était en place, qui fonctionnait. Thierry a d’abord tenu la barre en tant que joueur, notamment pendant la première année, en 2008, où il avait été énorme. On se dirigeait petit à petit vers le Mondial 2011 et il avait le statut pour assumer cette fonction. Dès la fin du Tournoi des 6 nations 2008, je lui avais demandé de s'investir un peu plus aux côtés de Lionel (Nallet)". Et comment oublier cette image historique de l’été 2009, le 13 juin à Dunedin, lors de la première victoire tricolore en Nouvelle-Zélande (22-27) depuis 1994 ? Pour le grand public, Thierry Dusautoir reste surtout The Dark Destroyer, auteur de 38 plaquages face aux All Blacks en quart de finale de la Coupe du monde 2007. Lauréat d’un Grand Chelem en 2010, désigné meilleur joueur du monde en 2011, "Titi" s’est imposé comme une évidence. "Je n’ai jamais regretté mon choix", poursuit Lièvremont. "Thierry s’est toujours battu. Il a toujours été un capitaine courage". Le souvenir romantique en finale de la Coupe du monde 2011, hors du temps, fascinant, légende enfin le destin d’un homme menant une flèche blanche au cœur du Kapa O Pango des All Blacks.

En 2007 face aux All Blacks, Thierry Dusautoir avait réussi une performance titanesque

En 2007 face aux All Blacks, Thierry Dusautoir avait réussi une performance titanesqueIcon Sport

Dusautoir: "J'ai dû prendre sur moi pour m'exprimer beaucoup plus"

Thierry Dusautoir n’a peut-être pas le phrasé enfiévré d’un Jacques Fouroux (21 capitanats entre 1974 et 1977, ndlr). Mais ses silences, son regard imposent le respect de tous. "Dire que je ne suis pas le capitaine le plus exubérant de la planète rugby relève de l'euphémisme", s’amusait-il récemment. "J’ai toujours eu un grand respect pour le rôle de capitaine. Il y en a de toutes sortes : des grandes gueules, des proches du staff, des proches des joueurs, des volubiles, des taiseux, des politiques, des boute-en-train. Moi je suis plutôt naturellement du genre introverti. Guy Novès, au Stade Toulousain, a été le premier à croire en moi pour le capitanat. Il m’a donné des responsabilités car je suis quelqu’un de très rigoureux. En équipe de France, j'ai succédé à un autre taiseux Lionel Nallet. Ce qui m’a le plus surpris c’est que le capitaine doit avoir un avis sur tout. expliquer le pourquoi du comment quand tu as le goût amer de la défaite dans la bouche. J'ai dû prendre sur moi pour m’exprimer beaucoup plus". Taiseux, courageux, exemplaire. Thierry Dusautoir incarne mieux que quiconque l’honneur du XV de France, en toute discrétion.

* Pour l’anecdote, avec 50 capitanats, Thierry Dusautoir rejoint un autre géant du sport français, Michel Platini. Le record, en football, étant détenu par Didier Deschamps (54).

Thierry Dusautoir cette semaine au CNR de Marcoussis - 11 mars 2015

Thierry Dusautoir cette semaine au CNR de Marcoussis - 11 mars 2015Icon Sport

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