Midi Olympique

Chronique P. Villepreux

Chronique P. Villepreux
Par Rugbyrama

Le 17/03/2008 à 14:33Mis à jour

Notre chroniqueur Pierre Villepreux estime, preuves à l'appui, que la défaite des Bleus face aux Gallois, n'est pas un match raté.

La volonté était bien présente, il ne manquait pas cette fois comme contre l'Italie, cette vitesse générale, ce rythme dans les actions entreprises qui assurent le spectacle. Mais après ce Tournoi, les effets attendus suite à cette période entraînement-compétitions n'ont pas été dans ce match en accord avec les effets obtenus.

Au fil des matchs, il a manqué ce fil conducteur qui relie stratégie et tactique. L'alternance main pied et... dans le jeu à la main, quand déployer et quand pénétrer, a manqué de pertinence, ceci s'est traduit par des séquences qui manquaient d'efficacité (surtout devant les Gallois jamais réellement déséquilibrés par les initiatives françaises).

Cet embarras pour pénétrer dans la défense avec efficience a mis aussi en évidence les difficultés pour bien choisir le jeu successif et pour assurer dans les meilleures conditions la continuité. Manque de références collectives qui expliquent en partie des mauvais choix dans les enchaînement avec un recyclage des balles trop lent à partir des situations de rucks, mais aussi les manques constatés dans les courses de fixation, les passes, etc... autant de facteurs qui ont traduit dans la continuation des matchs les difficultés du collectif à mettre en place le jeu recherché par le staff.

Il s'en est suivi dans tous les matchs un certain désarroi palpable qui n'est, somme toute, pas fondamentalement inquiétant, il s'inscrit logiquement dans le perfectionnement à long terme. Ce perfectionnement des joueurs (surtout avec beaucoup de nouveaux) est en cours et n'est pas opérationnel d'un match à l'autre. Ils doivent même à ce niveau apprendre à voir et lire le jeu sous un nouvel angle et donc à lui attribuer un autre sens. Le décalage constaté entre ce que l'on dit "vouloir faire" et ce que "l'on fait" permettra de provoquer les rebonds stimulants à même de provoquer la progression vers les objectifs tactiques recherchés. Cette progression ne peut pas être immédiate même avec les meilleurs. Ce qui veut dire qu'il faut aussi savoir accepter une régression et s'en servir. Les lacunes constatées doivent être traitées ailleurs que dans l'avalanche sans cesse grandissante des statistiques. Cerner des manques chiffrés n'apporte pas pour autant les remèdes, car les approximations constatées ne relèvent pas du seul travail technique ou d'organisation de phases précises mais sont à traiter dans les difficultés rencontrées pour prendre en compte, en plein jeu, une foule de comportements qui touchent la relation entre le porteur de balle, l'espace, le temps à disposition, la prise en compte simultanée des actions et réactions des adversaires et partenaires.

A ce titre les touches et les mêlées aujourd'hui fortement décriées sont des situations fixes et plutôt standardisées qu'il s'agira certes d'améliorer. Mais, du fait de la moindre incertitude qui y préside, les réglages utiles pour mieux y faire face sont plus faciles à acquérir que dans les phases de mouvement où il s'agira de déchiffrer le contexte de la situation momentanée dans laquelle on est impliqué. Chaque joueur est dans ces moments-là un centre de décision et d'action et les décisions prises par le porteur de balle ne devraient pas surprendre les partenaires. Seules des références communes à tous les attaquants permettent de minimiser l'incertitude que l'on pourrait créer sur les partenaires et de majorer celle des adversaires. On parle bien ici de gérer la réflexion tactique, du processus décisionnel dans lequel est engagé le collectif qui doit l'amener à prévoir l'action future, voire à l'anticiper.

C'est tout autant dans le désordre du jeu que dans le jeu placé que l'équipe de France a péché avec pour conséquence des pertes de balles qui semblent trop souvent être appréciées comme un manque de technique individuelle alors qu'il s'agit pour le collectif des Bleus d'arriver à mieux "apprivoiser" la dimension informationnelle, celle qui permet d'avoir la réactivité de compréhension utile qui est indispensable entre porteur de balle et soutien proche et lointain.

On pourrait dans ce tournoi relever à souhait les erreurs des uns et des autres qui sont la conséquence de ce constat dans des situations qui logiquement auraient dû préserver le déséquilibre crée dans la défense.

Alors bien sûr qu'il faut continuer à travailler les touches et les mêlées, mais la source essentielle de motivation et de confiance à acquérir dans le jeu choisi passe par les manques tactiques que ce jeu en mouvement imposent aux joueurs, ce qui tout en même temps les amènera à mieux répondre au défi physique que ce choix de jeu impose.

Quelqu'un a dit que "la compétence, c'est la capacité d'un individu à mobiliser ses ressources au service d'une activité", faut-il encore que les situations justement mobilisantes se répètent souvent dans les entraînements mais aussi dans le contexte le plus stressant, celui de la compétition..

Le rugby de mouvement a un niveau d'exigence auquel le collectif français doit se frotter sans peur, le pire serait d'éviter de rencontrer les difficultés entrevues.

Le match contre des Gallois n'est pas un match manqué, il est le reflet des difficultés rencontrées dans les matchs précédents. Il doit leur permettre de franchir un nouveau pas dans la cohésion recherchée.

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