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Pro D2 - Olivier Cloarec (président du RC Vannes) : "Le Top 14 est un objectif raisonnable"

Par Propos recueillis à Vannes par Arnaud Beurdeley
  • Olivier Cloarec, président du RC Vannes.
    Olivier Cloarec, président du RC Vannes.
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À quelques heures de la rencontre face à Brive jeudi dernier, l’homme fort, mais discret, du RCV a accepté d’évoquer la situation de son club. C’est à la majestueuse brasserie "Le Gambetta", située face au port, qu’il a pris le temps de détailler les projets en cours et les ambitions. Il révèle ici la prochaine ouverture du capital à plusieurs investisseurs locaux qui devrait permettre au club de répondre favorablement à une éventuelle accession en Top 14.

En 2019, Vannes avait créé la surprise en se qualifiant pour la demi-finale de Pro D2 en infligeant une lourde défaite à Mont-de-Marsan (50-10) en barrage. Qu’est ce qui a changé, cinq ans après, pour que la présence du RCV en demie soit devenue une forme d’évidence ?

C’est la suite logique des choses pour un club qui construit son projet patiemment, sereinement, sans s’enflammer. Cette première demi-finale en 2019, c’était une surprise, c’est vrai. Tout le monde se souvient du barrage contre Mont-de-Marsan, mais qui se souvient que nous n’avions pas existé en demie contre Brive ? Depuis, notre projet avance pas à pas. Lors de notre première saison en Pro D2, nous devions être à 7 000 spectateurs de moyenne à La Rabine. À l’époque, nous avions identifié qu’il se passait quelque chose en Bretagne. Seul le rugby n’existait pas sur notre territoire au niveau professionnel. Avec notre économie, nos élus, notre territoire, nous avons développé notre projet et notre identité bretonne. Résultat : douze matchs consécutifs à guichets fermés.

Qu’est ce qui a fondamentalement changé ?

D’abord, le regard porté sur notre club. Jusque-là, Vannes était une anomalie. Le monde du rugby a commencé à s’interroger. Je vous donne un exemple : avant cette première demi-finale, si je n’appelais pas les agents sportifs, personne ne venait vers nous pour nous proposer des joueurs. Après, ça s’est complètement inversé. Et puis, l’éclairage médiatique a permis à nos élus et à nos partenaires de nous voir par un autre prisme que le petit club sympa qui n’est pas comme les autres. La saison 2018-2019 a donc permis de véritablement lancer la machine. Mais tout s’est fait naturellement avec un budget construit autour de partenaires locaux fidèles, avec des collectivités qui nous suivent sur les infrastructures. Conséquence : notre budget a constamment progressé et cela nous a permis d’aller chercher des joueurs supplémentaires.

êtes-vous surpris de cette évolution qui fait du RCV un candidat très crédible au Top 14 ?

Pas du tout. C’est le fruit d’un travail collectif qui est mérité pour toutes les strates du club : les joueurs, le staff, les dirigeants, nos partenaires, nos élus. Et même si nous ne faisons pas de bruit, même si nous devons sûrement encore prouver bien plus que les autres, nous n’en demeurons pas moins ambitieux.

Depuis 2019, votre budget a progressé d’environ un million d’euros chaque année pour parvenir aujourd’hui à 13 millions sur la partie pro. Dans l’hypothèse d’une accession, quel serait le budget en Top 14 ?

Nous étions à 1,7 million d’euros de budget lors de notre dernière année de Fédérale 1, avec une centaine de partenaires. Nous avions alors réussi à boucler un budget à 5 millions d’euros en quelques semaines, avec environ cinq cents partenaires privés. C’est bien mais ce n’est pas assez. La ville de Vannes est notre plus gros partenaire et je tire mon chapeau à notre maire David Robo. Il nous accompagne énormément. Il a sans doute compris, avant tout le monde, que le RCV faisait rayonner la ville. Mais aussi l’agglomération vannetaise, le département et toute la région. Nous venons de valider pour la saison prochaine un budget un peu supérieur à 14 millions si nous restons en Pro D2.

Toutes ces collectivités vous ont aussi permis de vous doter d’un outil essentiel dans votre quête du haut niveau : le D’Aucy Park. En quoi ce centre d’entraînement est-il un élément essentiel de votre réussite actuelle ?

Pour construire ce centre d’entraînement, nous nous sommes inspirés des clubs visités, tant dans le monde du rugby que du football. On s’est approprié le meilleur de tout ce que nous avons vu pour obtenir un outil très qualitatif. Nous nous devions d’offrir à nos joueurs et au staff cet outil, synonyme d’une volonté forte d’aller au plus haut niveau. Sans le D’Aucy Park, nous n’aurions pas gardé notre staff, ni nos meilleurs joueurs. Nous ne pouvions pas non plus séduire, ni convaincre les meilleurs joueurs de nous rejoindre. Aujourd’hui, je suis sûr que Jean-Noël (Spitzer, le manager, N.D.L.R.) est convaincu de notre volonté et de notre capacité à aller plus haut. C’est un message fort qui a été envoyé. D’autres l’ont fait avant nous, je pense à La Rochelle. Et nous devons continuer d’envoyer des signaux positifs pour dire que notre seul objectif est d’aller au plus haut niveau. Avec toute notre humilité, le Top 14 est un objectif raisonnable, notamment grâce à ce centre de performance.

Recrutez-vous plus facilement ?

C’est sans comparaison. Depuis de nombreuses années, nous avions beaucoup d’atouts pour convaincre les meilleurs joueurs de nous rejoindre, il ne nous manquait que ce centre de performance. C’est vrai pour les joueurs mais aussi pour les partenaires. On doit encore continuer à investir.

Quid de l’apport sportif de ce centre sportif ?

Il faudra poser la question à notre manager. Je me souviens qu’il craignait un trop grand confort pour les joueurs. Nombreux étaient ceux qui nous avaient mis en garde contre une forme d’endormissement général après la livraison de cet outil. Ça s’est révélé exact sur les premières semaines, les premiers mois, à tous les niveaux du club. Ce fut un réel changement qu’il a fallu appréhender. Nous avons tous pris ça comme la consécration d’un travail sur lequel nous étions investis depuis des années. Inconsciemment, tout le monde s’est relâché. Résultat : nous avons enchaîné six défaites sur cette période où nous avons intégré le D’Aucy Park. Mais, in fine, nous sommes encore en demi-finale.

Le RCV a cette particularité d’avoir un manager en place depuis près de vingt ans. Cette fidélité est-elle un gage de réussite ?

Tout n’est pas si simple. Je crois en notre manager, en sa force de travail, en son staff. Il incarne aussi le projet. Il n’empêche, l’an passé, au cœur d’une période difficile, la question de son avenir s’est posée. Jean-Noël aurait pu sauter à plusieurs reprises. Mais je suis convaincu que la continuité paie. C’est ma philosophie. Il faut savoir, ensemble, traverser des moments faibles, trouver des solutions et avancer. Ensemble, toujours. J’en veux pour preuve que nous sommes en demi-finale. Et si demain, nous sommes encore confrontés à une nouvelle difficulté, on saura se souvenir de ce que nous avons déjà vécu ensemble, on passera cette épreuve d’autant plus facilement. C’est comme ça que nous aimons construire. Quand je vois deux ou trois entraîneurs passer dans un club en une seule saison, c’est pour moi une hérésie. Seulement, c’est aussi, très souvent, le fait de présidents fortunés, qui veulent des résultats immédiats. Ce n’est pas notre modèle. Nous ne sommes pas sur du court terme.

Ne craignez-vous pas de vous essouffler ?

Notre projet identitaire, culturel, sur un territoire fort doit se construire patiemment.

L’objectif du RCV est-il réellement de monter en Top 14 cette saison ?

L’objectif, c’est d’évoluer un jour en Top 14. Le staff et les joueurs se sont fixé l’objectif d’être champions de France de Pro D2 cette saison. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent briser le plafond de verre représenté par cette demi-finale. C’est aussi un moyen de se rassurer sur la viabilité de notre projet. Ils veulent valider leur travail et nous sommes en accord. Se qualifier pour une demi-finale à domicile est une première étape. Mais nous avons tous envie de jouer une finale et de la gagner. Ne pas être en finale cette saison serait un échec.

Le club est-il prêt pour le Top 14 ?

On se prépare. On travaille encore sur un nouveau projet de développement du stade de la Rabine. La singularité de ce stade est exceptionnelle. Nous le faisons évoluer chaque saison, justement parce qu’on veut aller au plus haut niveau. Être champion de Pro D2 ne me suffit pas. Je comprends que le staff et les joueurs ne vivent que pour ça. Mais tout ce que l’on construit depuis huit ans, c’est pour évoluer en Top 14.

Est-ce que cela passe par une ouverture du capital ?

Oui, c’est important. Le RCV n’est que le cinquième budget de Pro D2 et sans doute la quatrième ou cinquième masse salariale. Brive, par exemple, possède 18 millions d’euros de budget quand le nôtre est à 13. L’équipe "sur-performe". À quelques exceptions près, le classement reflète souvent les budgets. Et si nous voulons aller au plus haut niveau, nous devons entrer dans le top 3 des budgets et des masses salariales. Voilà pourquoi nous avons construit un budget à 14 millions si nous ne montons pas. On ne peut pas se permettre, tous les ans, d’avoir seulement le quatrième ou cinquième budget. On va finir pour user le staff, les joueurs et même les dirigeants.

Et donc ?

Soit je me retire et on va chercher un mécène millionnaire capable d’injecter plusieurs millions d’euros chaque année, soit nous poursuivons notre projet identitaire en fédérant l’économie bretonne. La deuxième option est notre choix. Je n’ai pas la capacité du président de Provence Rugby, qui peut construire son club seul. Nous voulons donc faire entrer des gros partenaires à notre capital pour accompagner le club vers le plus haut niveau.

Quand procéderez-vous à cette augmentation de capital ?

Les discussions sont en cours depuis quelque temps déjà. Nous sommes en train de valider cette augmentation de capital avec cinq ou six gros partenaires bretons. Elle sera probablement actée en juin.

Croyez-vous vraiment à ce modèle économique ?

La Rochelle y arrive bien, pourquoi pas nous ?

Seulement, pour évoluer en Top 14, pensez-vous être capable de doubler votre budget ?

Nous ne serons pas à 26 millions d’euros l’an prochain si nous montons. Nous y serons à moyen terme. L’objectif, en cas d’accession, sera de constituer un budget à 20 millions. Et on y arrivera.

Vraiment ?

C’est notre objectif ! On a bien vu qu’Oyonnax, avec 18 millions, n’a pas existé en Top 14. Mais laissez-nous le temps de travailler.

Du temps, vous risquez justement d’en manquer…

Je vais vous faire une confidence : si nous montons et que nous n’existons pas en Top 14, ce ne sera pas un échec. Ce ne sera qu’une étape supplémentaire dans la construction de notre projet. Nous devons vivre ces moments-là. Nous avons des bases suffisamment fortes pour rebondir très vite. La Rochelle l’a vécu et le club s’est installé durablement. On nous reproche parfois de trop investir dans la formation, par exemple. Même en interne. Seulement, si nous voulons aller jouer en Top 14, ça ne suffit pas d’investir sur l’équipe professionnelle. La pérennité du club, c’est la formation. Tant que je serai présent, je n’en démordrai pas.

Avez-vous déjà anticipé un recrutement pour évoluer en Top 14 ?

Notre cellule de recrutement est performante. Maintenant, la configuration de ce championnat est une vraie difficulté. Idéalement, il faudrait pouvoir bâtir en Pro D2 un effectif, comme Bayonne l’avait fait, capable d’évoluer en Top 14. Provence Rugby est en passe de le faire. Si ce club ne monte pas cette année, il aura une équipe redoutable en Pro D2 l’an prochain. Là-dessus, nous sommes donc peut-être en retard car financièrement, c’est compliqué. Mais nous ne voulons pas de star à Vannes, nous souhaitons avoir de bons joueurs capables de se fondre dans un collectif. Notre projet est solide, il séduit. Quand nous sommes montés en Pro D2, j’ai entendu que notre présence était une anomalie. On s’est posé la question de savoir comment on allait faire. Sept ans plus tard, nous sommes toujours là. Nous sommes en capacité de nous développer encore et toujours. Notre projet est inépuisable, j’en suis convaincu.

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Les commentaires (6)
daveho Il y a 10 jours Le 16/05/2024 à 00:10

J ai joué contre le RCV (fédéral 2 je crois) au milieu des années 90 dans une sorte de Coupe de Bretagne. A cette même époque, mon club a été récompensé (4ème au trophée national multisports Café des Sports 1994, sorte d'apologie de la 3ème mi temps) par le journal l'Equipe Magazine avec reportage avec les meilleurs journalistes de la rédaction (Pierre Michel Bonnot par ex). Le Boss, Jérôme Bureau (cf Coupe du monde 98 avec Aimé Jacquet) nous a expliqué dans son discours que notre prix venait du fait qu'il ne savait pas que le rugby se pratiquait aussi en Bretagne. Le Midol nous connaissait bien sûr mais cela montre bien qu'il a fallu se retrousser les manches pour avoir un porte étendard comme le RCV. Alors bravo à Mr Cloarec et à ceux qui l'ont précédé.
Un seul bémol. La Rabine est devenu "the place to be" avec son lot de Rugbyx et en tant que vieux passionné (qui reste très souvent à l'entrée du stade), j'y voie une lente dérive vers un public versatile qui répondra moins présent (j espère me tromper bien sûr) dans des périodes plus délicates surtout que le poids de l'histoire rugbystique n'a rien à voir avec la ribambelle de clubs de PRO D2 (Biarritz, Brive, Grenoble, Béziers voir le grand Dax des Ibanez, Magne, Dourthe d'il y a 25 ans).
En tout cas, tout ce qui aura été pris

OliveDePerpi Il y a 10 jours Le 15/05/2024 à 22:39

Vu de loin ce club semble être bâti pas à pas, intelligemment, sans fanfaronnades d'un président-mécène. Tout ça a l'air très sain, un peu à l'image du stade rochelais. Ils sont en train de devenir une vraie place forte, et assister à un match à la rabine est une super expérience.

Nitrousa Il y a 10 jours Le 15/05/2024 à 19:23

Ça fait combien d'années qu'il dit être prêt pour la montée ?