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Exclusif. XV de France – "La tournée en Argentine devrait avoir la priorité sur la Coupe du monde U20" affirme Jean-Marc Lhermet (manager)

  • Le manager des équipes de France évoque l’organisation et les enjeux de la tournée en Argentine, l’annulation du match à Bilbao.
    Le manager des équipes de France évoque l’organisation et les enjeux de la tournée en Argentine, l’annulation du match à Bilbao. Icon Sport
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Le manager des équipes de France évoque l’organisation et les enjeux de la tournée en Argentine, l’annulation du match à Bilbao, les cas de Tevita Tatafu et Patrick Tuifua et le carton rouge ramené à 20 minutes d’infériorité numérique…

Vous allez vivre votre première tournée avec le XV de France : qu’en attendez-vous ?

À titre personnel, rien. J’attends des choses pour l’équipe, pour le groupe France. Moi, personnellement, j’ai connu une période d’arrivée et de découverte, de prise de connaissance des gens et de l’environnement du XV de France. J’ai essayé de comprendre comment cette équipe fonctionnait, son écosystème pour m’y intégrer au mieux. Maintenant, on se tourne tous vers un nouveau cycle, celui qui nous emmènera vers la Coupe du monde 2027. Cette tournée en est la première étape, la première pierre.

Vous induisez que le Tournoi des 6 nations 2024 n’était pas cette première étape. Le XV de France était-il encore trop tourné vers l’échec en Coupe du monde ?

Je le pense. Ce Tournoi est arrivé vraiment très vite après la déception que l’on sait. Trois mois sans jouer, cela peut-être très long mais dans ce contexte, c’était extrêmement court au regard de l’intensité émotionnelle générée par cette Coupe du monde et la façon dont elle s’est terminée. Il n’y avait pas suffisamment de temps pour tourner la page et tout le monde a pu s’en rendre compte, au cours des premiers matchs. Les comportements des acteurs, les attitudes, les résultats… Ce Tournoi des 6 nations, ce fut d’abord la fin du chapitre "Coupe du monde". Sur la deuxième moitié, on a vu des choses évoluer, de nouveaux joueurs émerger, de nouveaux leaders se révéler et s’exprimer. On a vu une bascule s’opérer. Mais le premier rendez-vous pleinement tourné vers 2027, ce sera cette tournée en Amérique du sud.

Que change l’annulation du match à Bilbao ?

Pas grand-chose. La tournée ne commençait pas par Bilbao mais par le premier rassemblement des joueurs, au soir des barrages de Top 14. Ce premier stage est maintenu pour commencer à se préparer et s’entraîner. Le match de Bilbao devait participer à cette préparation, avec une opposition de qualité, dans un endroit exotique et un joli. On programmera donc une autre opposition à la place, plus classique. Mais sportivement, cela ne change pas grand-chose.

La rencontre entre le XV de France et la sélection mondiale n'aura pas lieu. Prévu le 22 juin à Bilbao, ce match ne se tiendra pas pour des "raisons liées à l'organisation du match" précise Live Rugby (organisateur) \u274c
Plus d'infos juste ici > https://t.co/HF53JUkF0s pic.twitter.com/uTkdjHAycm

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) May 9, 2024

Vous deviez annoncer un premier groupe de 28 joueurs pour cette rencontre à Bilbao, puis le complément de 14 joueurs au soir des demi-finales de Top 14 afin d’emmener un groupe de 42 unités en Amérique du Sud. Est-ce remis en cause ?

A priori, non. Je dis a priori car l’annulation est très récente et nous n’avons pas encore fait le point avec tout le staff. Mais, d’après les discussions que j’ai pu avoir avec Fabien (Galthié, le sélectionneur, N.D.L.R.), on devrait conserver cette organisation : un premier groupe de joueurs, entre 26 et 30, au soir des barrages pour une semaine de préparation ; puis le complément au soir des demi-finales.

Comment avez-vous appris cette annulation ?

Au dernier moment, comme tout le monde. J’avais simplement eu un premier indicateur lundi : les organisateurs m’avaient informé qu’ils se posaient la question d’annuler, pour des raisons d’organisation liées à la sécurité. Ils se donnaient 24 heures pour trancher le sujet.

Sans impact donc ?

C’était un match bonus, une opposition sportive dans de bonnes conditions. On ne va pas se le cacher, le deal financier était aussi intéressant pour la FFR. C’était entré dans notre réflexion quand nous avons accepté ce match.

La perte serait donc plus financière, pour la FFR, que sportive pour le XV de France ?

Même pas : le contrat était signé et la FFR sera payée, puisque l’annulation n’est pas de son fait. Mais, par honnêteté, nous avons convenu d’essayer de trouver une nouvelle échéance pour ce match et cette équipe de France développement, un peu plus tard. Cela afin de compenser l’annulation.

L’enjeu de cette tournée sud-américaine, sans les meilleurs joueurs, se situe-t-il à moyen terme plutôt que dans le résultat immédiat ?

En équipe de France, le premier enjeu est toujours le résultat, la victoire. Quand on porte ce maillot, c’est toujours pour gagner. Ceci étant dit, on sait très bien que nous ne présenterons pas notre meilleure équipe théorique. Pour des raisons de régénération et de gestion du groupe, aussi pour des raisons de deal avec les clubs et la Ligue, il y aura des adaptations. Mais nous présenterons notre meilleure équipe du moment, compte tenu de tous ces facteurs. Avec, donc, l’envie de gagner. Et la France a prouvé, par le passé, lors de tournées disputées dans des conditions similaires, qu’elle pouvait être compétitive et obtenir de bons résultats. Il peut y avoir de bonnes surprises.

En 2021, les Bleus s’étaient imposés en Australie lors d’une tournée estivale sans les finalistes rochelais et toulousains.
En 2021, les Bleus s’étaient imposés en Australie lors d’une tournée estivale sans les finalistes rochelais et toulousains. Icon Sport

 

Sans autre enjeu ?

Nous ne cachons pas que cette tournée est aussi l’opportunité de voir en situation des joueurs qui n’auraient peut-être pas eu leur chance, en temps normal, quand tout le monde est disponible pour faire la meilleure équipe de France possible. Ces trois matchs nous permettront de voir de nouveaux éléments en situation. Ils vont s’entraîner en bleu, passer du temps, découvrir le projet de vie et de jeu. L’expérience collective est bien évidemment un autre objectif de cette tournée. L’équipe de France est toujours là pour gagner mais quoi qu’il arrive, cette tournée sera riche en enseignements pour ce nouveau cycle qu’on veut construire.

Ce match en Uruguay, est-ce une demande du staff ou de World Rugby, pour satisfaire à la demande d’ouverture vers des nations du tier 2 ?

Ni l’un, ni l’autre. Tout part d’une volonté politique. Dans un premier temps, c’était une idée de la FFR. Dans notre relation à World Rugby, nous axons notre politique sur l’ouverture aux nations du tier 2, pour favoriser leur développement. Si les nations du tier 1 ne font pas ces efforts, on va rester entre nous, à jamais dans un championnat à dix équipes. Ce n’est pas comme ça qu’on développe un sport planétaire. C’est le discours que Florian (Grill, président de la FFR, N.D.L.R.) avait tenu lors des différentes réunions en marge de la Coupe du monde. Après avoir entendu ces discours, l’Uruguay et le Chili nous ont sollicités, pour voir si on pouvait profiter de notre présence en Amérique du Sud cet été pour organiser un match avec eux. Nous avons étudié ces demandes et pour des raisons logistiques, essentiellement géographiques, nous avons choisi l’Uruguay.

On sait que ce match à Montevideo, qui ne comptera pas pour une sélection, pourrait permettre de tester des joueurs non-sélectionnables. Tatafu, au hasard… Vrai ?

On réfléchit à cette opportunité mais ce n’est pas si simple. Nous ne sommes pas sûrs de notre possibilité de procéder ainsi.

Pourquoi ?

L’équipe de France développement est la deuxième sélection officielle enregistrée à World Rugby. Elle est qualifiante. En clair, un joueur qui portera le maillot de l’équipe de France ce jour-là ne pourra plus prétendre à évoluer pour une autre nation. Dès lors, ces rencontres obéissent à la législation de World Rugby en termes d’éligibilité. On étudie donc actuellement tous les textes, mais l’opportunité de tester des joueurs pas encore éligibles ne semble pas faisable.

Comme Tuifua, ils sont 5 ou 6 jeunes qui pourraient également postuler pour la tournée en Argentine

Ce qui pourrait aussi être problématique pour le jeune Patrick Tuifua, dont le nom circule mais on connaît son hésitation entre la France et la Nouvelle-Zélande ?

Lui est sélectionnable, c’est un fait. Mais la problématique le concernant est double. D’abord, il y a effectivement son choix qui n’est pas arrêté. Si nous le prenons en tournée, c’est pour le faire jouer et s’il joue, il sera alors bloqué pour la France. C’est notre souhait, notre volonté et il le sait. Fabien (Galthié) en a parlé avec lui lors du dernier Tournoi des 6 nations U20. Mais sa décision n’est pas encore prise.

Quelle est la deuxième problématique ?

L’équipe de France des moins de 20 ans va jouer sa Coupe du monde, en juillet. Comme Tuifua, ils sont 5 ou 6 jeunes qui pourraient également postuler pour la tournée en Argentine. Est-ce qu’on les prend ou est-ce qu’on les laisse à disposition des juniors. C’est l’autre question qu’on se pose.

Vous êtes manager des deux équipes. Le choix vous revient…

Il y a des échanges entre Fabien, la DTN, le staff des U20. La tendance est à sélectionner ces jeunes joueurs sans attendre, avec les « grands ». Pour les jeunes joueurs à fort potentiel, la priorité devrait être donnée à la tournée en Argentine du XV de France.

Suivez-vous personnellement le dossier Tuifua ? Où en est-on ?

Personnellement, je n’ai pas échangé directement avec lui. Fabien l’a fait. Il sait que la France est intéressée pour le garder, le faire évoluer et le faire devenir international chez nous. Mais il y a plein de choses à régler dans sa tête. Il y a aussi le choix de son club pour la saison prochaine. Est-ce qu’il sera en Top 14 ou en Super Rugby ? Cela conditionnera forcément son choix de sélection. C’est un problème global. Cela devrait se décider dans les semaines qui viennent.

Lors de cette tournée, l’intégralité du groupe fera tous les voyages, avec trois matchs en huit jours et dans des lieux différents ?

A priori, un groupe restera à Buenos et un autre fera l’aller-retour à Montevideo. Cela pour des raisons essentiellement logistiques. Il faut limiter au mieux les temps de trajet pour préserver la récupération des joueurs.

Jean-Marc Lhermet a été directeur sportif de Clermont entre 2004 et 2016.
Jean-Marc Lhermet a été directeur sportif de Clermont entre 2004 et 2016. Nicolas Guyonnet / Icon Sport

Vous avez vécu le gros de votre carrière à Clermont, sur le temps long des clubs : est-ce frustrant de travailler dans une telle urgence, avec si peu d’échéances ?

Au contraire, je trouve cela très stimulant. C’est totalement différent de la vie des clubs. Pour la première fois cet hiver, j’ai vécu un Tournoi des 6 nations de l’intérieur. C’est une machine à broyer ! Tout est très intense, jour et nuit. Huit semaines pied au plancher. Toutes les décisions doivent se prendre vite. Le staff en sort rincé. C’est très particulier, à la fois usant et très stimulant.

 

Un mot sur le carton rouge ramené à une infériorité de 20 minutes avant un remplacement, et contre lequel vous vous étiez exprimé. World Rugby a choisi une période de test, réservée à quelques compétitions : un jugement de Salomon ?

C’est un peu ce qui se dessinait à "Shape of the game" (ateliers de World Rugby sur l’évolution des règles et du jeu). La Sanzaar et la Nouvelle-Zélande poussaient très fort pour une application de cette nouvelle règle dès la saison prochaine. De notre côté, la France, par la voix d’Emmanuel Eschalier (directeur général de la LNR) et moi-même, rétorquait que c’était impossible dans ces délais. Nous n’avons pas assez de recul sur cette règle et ses impacts pour déjà l’appliquer. On peut discuter du fond, de la multiplication des cartons rouges qu’on observe et comment cela influe sur les matchs. Nous sommes prêts à étudier ce phénomène mais il faut du temps, des tests, des analyses des effets collatéraux engendrés. Sur les sujets de la santé et la protection des joueurs, on voit les comportements changés et cela grâce à la menace du carton rouge. Le ramener à vingt minutes seulement d’infériorité serait un gros retour en arrière. En ce sens, la décision de World Rugby d’en rester à une phase de test est une victoire pour nous. Sans notre levée de boucliers, l’application aurait sûrement été actée pour le 1er juillet, sans plus de débat et sous la pression de l’hémisphère sud.

La France n’était pas consultée officiellement sur ce sujet, puisqu’elle ne fait pas partie de l’executive board. Une aberration ?

Oui, totalement. On a fait savoir que nous ne sommes pas du tout en phase avec ça. Cet executive board prend des décisions de fond sur l’évolution du rugby, c’est un sujet majeur mais, de mémoire seulement quatre fédérations sont représentées : deux du Nord et deux du Sud. On trouve, par contre, des personnalités extérieures ou des gens du marketing. Ils amènent un œil extérieur, c’est certainement intéressant mais il n’est pas acceptable que des nations majeures ne soient pas représentées, alors qu’elles sont les premiers acteurs de ce jeu.

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Les commentaires (11)
chabijm Il y a 11 jours Le 13/05/2024 à 22:23

c un scandale!! emmener Bielle Biarey, Tuilagi, Timo Reus Carbonneau Ferte Atissogbe Castro ferreira ... a la coupe du monde U20 est primordiale mais on se demande si la ffr en a quelque chose a f... des U20

LeAduKAG Il y a 11 jours Le 13/05/2024 à 17:15

Il fait vraiment de plus en plus O'Timmins l'ami L'hermet

Nico6469 Il y a 11 jours Le 13/05/2024 à 14:24

Encore une fois , il faut pousser pour un Top14 à deux poules....

envoituresimone Il y a 11 jours Le 13/05/2024 à 14:54

Un top 16 à 2 poules. Quand à son idée de priorité des U20 pour la tournée en Argentine, quelle connerie. J'espère même qu'il me lira. Ces jeunes auront plus le grand bien à grandir avec leur catégorie que de se frotter à l'élite qui pourrait bien les pousser des années dans l'anonymat de matchs de rattrapage. Nous en avons assez actuellement avec beaucoup de talent qui poussent très très fort sur la hiérarchie. Et à chaque édition, les graines de nos écoles de rugby produisent de bien beaux bébés.