• Notre chroniqueur Bakary Meité revient cette semaine sur les longs fastidieux week-ends d'ennui, quand tu es "24e" homme.
    Notre chroniqueur Bakary Meité revient cette semaine sur les longs fastidieux week-ends d'ennui, quand tu es "24e" homme. Rugbyrama

Baky écrit : 24e homme, le périple gastronomique de l’inutile joueur

Par Bakary Meité
Le | Mis à jour

BAKY ÉCRIT - Tous les mercredis, notre chroniqueur Bakary Meité aborde des sujets d'actualité... ou pas ! Dans cette nouvelle chronique, l'ancien troisième ligne se souvient de ces longs week-ends de déplacement entre bains chauds, buffet froid et séries télés soporifiques. Mais sans match. "24e homme", ou quand tu voyages pour une rencontre quand tu ne joueras pas.

Aujourd’hui je suis 24. On joue à l’extérieur.

Ce qui veut dire qu’au lieu d’être chez moi au moment du match à encourager mes coéquipiers avec l’enthousiasme d’un unijambiste dans un concours de jongles contre Mbappé (ce qui est totalement faux, j’aurais zappé sur Ninja Warrior), je serai sur le banc des remplaçants. Sous une pluie battante et horizontale, à maudire l’entraîneur qui n’a pas compris l’importance qu’avait pour moi une course entre deux mecs torse nu, qui bravent des obstacles d’une indigence encore inégalée, sous les ébaudissements de l’homme à tout faire de TF1 : Denis Brogniart.

J’arrive donc à l’hôtel, ravi d’être là. Je sais que sauf dysenterie fulgurante chez mon coéquipier/ami/rival, je suis en villégiature. Alors, j’en profite pour ne pas du tout me concentrer sur le match de demain.

« Pas trop deg’ de pas jouer ? » me lance un coéquipier inquiet.

« Non t’inquiète ! Je suis déjà content d’être dans le groupe ». Je mens avec un aplomb extraordinaire. Regrettant déjà les interjections gutturales de Denis Brogniart.

Dans le hall, la réceptionniste est impressionnée par cette horde de folâtres ensurvêtementés tous plus costauds les uns que les autres. Certains boursouflent volontairement les biceps. Pour prolonger la pâmoison dans laquelle était plongée la réceptionniste.

Une fois dans ma chambre, je me dirige sans attendre dans la salle de bain. Yes ! Une baignoire ! Ma conscience écologique qui me permet de trier mes déchets et de reprendre avec morgue et condescendance tous ceux qui ne le feraient pas, m’autorise à prendre un bain. Mais attention, uniquement à l’hôtel en déplacement.

J’ai donc prévu de me prélasser dans une eau chaude et savonneuse jusqu’à ce qu’elle devienne tiède et saumâtre.

En attendant, je dois rejoindre les autres au dîner. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne fais pas le voyage pour rien. Le buffet froid d’entrées diverses et variées va me sentir passer. Sauf qu’il n’a absolument rien de divers. Et il est encore moins varié que la garde-robe d’Homer Simpson. Ce n’est même pas un buffet. Une assiette de crudités et sa vinaigrette. Je pense au diététicien à l’origine de l’élaboration du menu d’un repas sportif. Je me dis qu’il devait être en cheville avec un des grands groupes de l’industrie agro-alimentaire. Je ne vois pas d’autre explication.

Je n’hésite pas à me resservir entre deux élucubrations. Aux dernières nouvelles, le colon de mon coéquipier/ami/rival se porte comme un charme. Je ne joue pas demain. Alors les penne et le poulet peuvent bien peser de tout leur poids sur ma panse, je ne leur en voudrai pas. J’espère juste qu’ils sont hydrophiles, car la digestion sera subaquatique…

Le lendemain, je fais l’impasse sur le petit-déjeuner. Je vais directement à la séance d’activation nerveuse concoctée par le préparateur physique. La seule raison de ma présence à cette séance qui va me préparer nerveusement à un match que je ne jouerai pas est qu’elle se trouve juste avant le repas du midi.

Après le déjeuner, comme s’il était au courant de mon inquiétude au sujet de ses hypothétiques diarrhées hémorragiques, je demande à mon coéquipier/ami/rival : « ça va le colon ? »

« Hé pourquoi tu me traites de colon ? T’es un ouf toi ! ». Le quiproquo ne faisant rire que moi, je décide de prendre congé et de rentrer dans mes pénates. L’après-midi s’annonce productive. L’objectif étant de réussir à s’endormir avant le dénouement heureux de l’épisode de Le jour où tout a basculé dont la soporificité n’est plus à démontrer. Après il y aura la collation, où je me goinfrerai pour rester dans la droite ligne de mon séjour. Puis la fameuse causerie dans un des salons de l’hôtel. Où l’entraîneur appuiera sur chaque syllabe pour faire rentrer dans la tête des joueurs qu’on n’est pas venus ici pour perdre et que pour gagner, il faudra être dis-ci-pli-nés !

Enfin le bus, direction le stade, pour le match. J’espère que Denis Brogniart me pardonnera mon infidélité. Je le fais pour le groupe…