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FFR - Didier Méné : "Simon veut éliminer toute personne qui a pu collaborer avec Camou"

Méné : "Simon veut éliminer toute personne qui a pu collaborer avec Camou"

Le 14/12/2016 à 09:55

FFR - Didier Méné a été écarté de ses fonctions de Président de la Commission Centrale des Arbitres de la FFR ce mardi et a accepté de nous livrer le fond de sa pensée. Ces mots sont choisis et forts... et sa principale cible se nomme Serge Simon.

Comment avez vous appris votre éviction de la présidence de la Commission Centrale des Arbitres (CCA) ?

Didier MENE : Joël Dumé, le Directeur Technique National de l'arbitrage, m'a téléphoné, très embêté. Il avait été convoqué par Serge Simon qui lui avait dit que j'étais destitué et qu'il fallait éliminer un certain nombre de personnes de la CCA (Commission Centrale des Arbitres). On doit être 4 dans ce cas-là. Fouquier de Tinville a dit à Dumé (Didier Méné utilise le nom de cet accusateur public pour parler de Serge Simon. Convaincus de manœuvres et complots, Fouquier de Tinville fut condamné à mort par le tribunal de la révolutionnaire, NDLR), il n'y aura plus de président de la CCA. C'est toi et Macielo, les salariés, qui seront les patrons. Dumé sera le patron avec un adjoint comme Maciello. Il n'y a plus de président de la CCA. Je pense que les gens ont cru qu'ils votaient pour Bernard Laporte, mais dans des décisions comme ça, je ne suis pas sûr que ce soit Bernard Laporte qui les ait prises. J'espère que ça va s'arrêter là et que Bernard Laporte va reprendre les rênes rapidement. C'est un problème politique. Serge Simon veut éliminer toute personne qui a pu collaborer avec Pierre Camou.

Bernard Laporte, nouveau président de la FFR

Bernard Laporte, nouveau président de la FFRAFP

La CCA va disparaître selon vous ?

D.M : Je ne pense pas. Mais il n'y a plus de présidence et Dumé va régenter ça. Ils vont faire comme dans les pays anglo-saxons en mettant directeur de l'arbitrage le DTN. Chez les Anglos-Saxons, il n'y a que des salariés, avec les inconvénients que cela suppose au niveau de l'indépendance. Par exemple Ed Morisson, qui avait ce rôle-là en Angleterre il y a quelques années, avait été démis de ses fonctions parce qu'il résistait aux politiques.

" Je pensais que mon bilan pouvait faire que je ne sois pas traité comme un malpropre. A minima qu'on me respecte, qu'on me reçoive. Je suis quand même bénévole depuis sept ans. J'avais cru comprendre que les bénévoles seraient mis à l'honneur de ce mandat. "

Vous n'avez pas eu le traitement qu'à eu par exemple Guy Noves, qui lui a été reçu ?

D.M : Personne ne m'a appelé de la nouvelle équipe. Je m'attendais à plus d'égards et j'étais sans doute trop optimiste. Je suis interloqué par la manière.

Bernard Laporte, nouveau président de la FFR, avec Serge Simon - Décembre 2016

Bernard Laporte, nouveau président de la FFR, avec Serge Simon - Décembre 2016AFP

Avec un échange, la cohabitation était-elle possible ?

D.M : Je suis un sportif, comme Guy Novès. Je connais Bernard Laporte depuis 25 ans. J'ai toujours eu des rapports francs et directs avec lui. Serge Simon, je le connais depuis longtemps aussi, mais moins que Bernard Laporte. Il m'avait invité à des réunions Provale lorsqu'il était président du syndicat. J'avais de bonnes relations avec ces gens-là. Je pensais que mon bilan pouvait faire que je ne sois pas traité comme un malpropre. A minima qu'on me respecte, qu'on me reçoive. Je suis quand même bénévole depuis sept ans. J'avais cru comprendre que les bénévoles seraient mis à l'honneur de ce mandat.

" Ce n'est pas l'intérêt général qui prime, c'est l'intérêt particulier. Ils ont d'autres idées en tête, d'autres gens en tête. Je paye le fait que Pierre Camou m'a soutenu pendant deux mandats"

En étant sur la liste de Pierre Camou vous ne vous doutiez pas de votre éviction si Laporte passait ?

D.M : Je m'attendais à ne pas rester parce que j'ai 52 ans et je connais les hommes. Je sais que les gens mélangent tout. Et je sais, contrairement à ce qu'ils disent, que ce n'est pas l'intérêt général qui les guide. Tout ce blabla que j'ai pu entendre, l'intérêt supérieur du rugby, ce n'est pas ça qui les guide. Ce qui guide Bernard Laporte c'est sans doute ça. J'ai confiance en lui de ce point de vue. Par contre, je pense que Serge Simon s'inscrit plus dans un esprit de revanche. La meilleure preuve est qu'il a demandé qu'on liquide des bénévoles de la Commission Centrale des Arbitres. Des gens qui donnent des heures depuis des années sous prétexte qu'ils ont pu penser différemment un jour, sous prétexte qu'ils ont pu avoir des sympathies pour Pierre Camou. Ce n'est pas l'intérêt général qui prime, c'est l'intérêt particulier. Ils ont d'autres idées en tête, d'autres gens en tête. Je paye le fait que Pierre Camou m'a soutenu pendant deux mandats lors desquels il m'a laissé une totale indépendance, ce qui est rare et appréciable pour l'arbitrage, où il m'a soutenu dans toutes les réformes qui ont été insufflées. La moindre des choses est que je lui reste fidèle. Si on ne sait pas faire la part des choses dans tout ça, c'est grave.

Bernard Laporte et Serge Simon - 3 décembre 2016

Bernard Laporte et Serge Simon - 3 décembre 2016Icon Sport

Quelles relations avez vous désormais avec Joel Dumé ?

D.M : Je m'entends bien avec lui. Il est salarié et n'avait pas d'autres choix. Je m'entends moins bien avec ceux qui avancent masqués derrière lui et qui vont bientôt débarquer dans le système. Mais ceux-là vivent de ça. Moi, j'ai mon indépendance économique et donc une grande indépendance intellectuelle. Je suis très tranquille. Il y a des arbitres qui ont soutenu l'équipe Laporte, comme l'a dit Laporte, de façon discrète, par peur de... je ne sais pas de quoi d'ailleurs. Quand on est courageux, on n'a peur de rien. Moi je me suis présenté. La différence avec ceux-là qui avancent masqués dans l'arbitrage, c'est que moi je ne vis pas de ça.

" Il y a un petit arrangement entre amis. Le successeur de Joël Dumé est déjà connu. Ils se sont mis d'accord entre eux"

Qui sont ces arbitres ?

D.M : Je les connais et ils se reconnaîtront. Ils ont toujours vécu de l'arbitrage et ils espèrent en vivre encore de façon plus fructueuse. Et ils savent que c'est possible avec le programme de Laporte. Ils sont là, masqués, ils ne vont pas sortir du bois de suite, mais soyez patient vous les verrez vite arriver. Il y a un petit arrangement entre amis. Le successeur de Joël Dumé est déjà connu. Ils se sont mis d'accord entre eux.

Didier Méné lorsqu'il exercait encore ses fonctions d'arbitre - 16 mars 2008

Didier Méné lorsqu'il exercait encore ses fonctions d'arbitre - 16 mars 2008Icon Sport

Allez-vous rester dans le rugby ?

D.M : Je vais rester dans le milieu. Je ne vais pas disparaître comme ça. Ce qui m'arrive est le début d'une dérive qui m'inquiète et que je n'attendais pas si tôt. Dans la manière de respecter l'intérêt général, je suis obligé de m'opposer à ça. Je suis attaché à l'arbitrage et au rugby français en général. Je suivrai ceux qui sauront s'opposer à ce pouvoir-là. Évidemment, ce qu'on m'a fait ces dernières heures me motive encore plus. La seule chose dont je suis sûr aujourd'hui, c'est que je serai en face dans quatre ans.

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