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TRANSFERT - Pierre Berbizier : "On ne reste pas insensible à un club comme l’Aviron bayonnais"

Berbizier : "On ne reste pas insensible à un club comme l’Aviron bayonnais"

Le 05/05/2017 à 11:21

Pierre Berbizier vient d’être engagé pour deux ans comme manager de l’Aviron bayonnais. Il revient dans un club cinq ans après avoir quitté le Racing. Et veut avant tout canaliser l’énergie du club bayonnais pour l’aider à s’installer au plus haut niveau.

Pourquoi avoir accepté de venir à Bayonne ?

Pierre BERBIZIER : On ne reste pas insensible à un club comme l’Aviron qui a une identité, une histoire. Il y a deux mois, Francis Salagoïty et Christin Devèze m’ont évoqué le projet qu’ils ont mis en place il y a deux ans quand ils sont revenus. De mon côté, j’avais envie de connaître la situation de Bayonne avant de signer, parce qu'entre ce qu’on entend, ce qu’on lit et la réalité…. Ce qui m’a plus dans le discours des présidents, c’est qu’ils ne m’ont pas vendu qu’on allait tout changer, virer les uns et les autres. Dans la phase de développement du projet, il y avait une place pour moi pour accompagner ce projet.

Vous avez donc suivi les derniers événements et les relations tendues entre les présidents et les actionnaires majoritaires. Ça ne vous a pas refroidi ?

P.B : Le constat, c’est cette passion qui transpire du club, de la ville et qui parfois est débordante. Cette passion donne beaucoup d’énergie. Elle est parfois dispersée, gaspillée. Il faut arriver à concentrer cette énergie. Dans l’avenir, un club comme l’Aviron ne pourra pas lutter financièrement dans la course à l’armement. Par contre, dans cette énergie, on peut trouver cette richesse qui permettra de garder le club au plus haut niveau.

" Oui, je suis un homme du passé..."

Voilà 5 ans que vous n’avez pas entraîné. Les mauvaises langues vont dire que vous êtes dépassé...

P.B : (Sourire) J’allais être dépassé quand j’ai pris l’entraînement de l’équipe de France à 33 ans. J’ai arrêté avec l’équipe de France et j’ai repris avec Narbonne où j’allais être dépassé. J’étais dépassé après Narbonne quand je suis parti en Italie. J’ai toujours été dépassé. Oui, je suis un homme du passé, mais il ne faut pas renier son passé, si on veut se situer dans le présent et se projeter dans l’avenir.

Avez-vous noté des changements dans ce rugby ?

P.B : Le changement qui me marque, c’est l’évolution de l’environnement. Le rugby reste un sport de combat collectif, mais dans un cadre de respect et de partage. Aujourd’hui, dès qu’on sort du terrain, il y a souvent une violence verbale qui aujourd’hui, ne correspond pas au rugby que j’aime. Le rugby est un sport différent et un sport de différences. Je veux garder ça et me battre pour ça. C’est l’occasion maintenant que je reviens dans un projet.

Pierre Berbizier

Pierre BerbizierIcon Sport

Vous avez la réputation d’être durs avec les journalistes. Quelle est votre relation aux médias après votre expérience à Canal + ?

P.B : Ça m’a permis de continuer de vivre ma passion différemment et je les en remercie. L’impact des médias, ce quatrième pouvoir, s’est accentué et j’ai pu comprendre les erreurs que j’ai pu faire. Ce n’est pas suffisant d’avoir des principes et des convictions. Il faut les transmettre et les faire passer. Le média est un élément incontournable par lequel il faut passer. Être dur avec les médias ? C’est comme être dur avec les joueurs. Ce n’est pas moi qui suis dur, ce sont les exigences de ce jeu.

" Je pense que Vincent Etcheto est l’un des meilleurs entraîneurs de sa génération sur l’animation offensive"

Vous arrivez à Bayonne, où Vincent Etcheto était en place. Quelle sera la nature de votre collaboration ?

P.B : Je ne suis pas un homme providentiel ni un magicien. Je viens pour accompagner Vincent. Les présidents ne m’ont jamais dit : "On va virer Vincent". Je pense que c’est l’un des meilleurs entraîneurs de sa génération sur l’animation offensive. J’ai envie, en échange, de lui transmettre mon expérience, de l’accompagner dans la structuration de ce jeu-là. Ce n’est pas un déclassement. C’est une addition de compétences. Je ne regarde pas en termes de hiérarchie. Je laisse ça à la petite histoire, ce n’est pas l’essentiel.

Quel sera le staff ?

P.B : On cherche un entraîneur des avants. Vincent fera l’animation offensive et le jeu des trois-quarts. La défense sera globale. Je n’ai pas une démarche anglo-saxonne. C’est un fonctionnement à trois avec moi, qui aurai une position de recul et en alternance, un qui assure l’animation et l’autre qui assure le thème.

Vincent Etcheto (Bayonne)

Vincent Etcheto (Bayonne) Icon Sport

Quel rugby veut pratiquer Pierre Berbizier à Bayonne ?

Celui que j’ai toujours aimé. Cette capacité à développer un jeu complet et adapté aux moyens dont vous disposez. Le rugby de haut niveau m’a appris la simplicité. Ce jeu est un jeu simple. Mais j’ai appris aussi que, quand on voulait le rendre simple, ça devenait compliqué. C’est en ce sens que les principes de jeu n’ont pas changé.

" Chouzenoux est le symbole de la jeunesse de Bayonne"

Où en êtes-vous de l’effectif pour l’an prochain ?

P.B : Quand vous passez de 17 à 10 millions, forcément, les moyens ne sont pas les mêmes. Les départs actés sont Monribot (Toulon), Le Bourhis (Brive) et Lovobalavu (Wasp), Ensuite, des joueurs comme Chouzenoux sont en contact. On est en train de les voir, de faire le point avec. On aimerait annoncer des choses la semaine prochaine. Chouzenoux est le symbole de la jeunesse de Bayonne. Encore une fois, le club a de grandes chances de devoir laisser partir l’un de ses meilleurs espoirs (Racing). On est dans un monde professionnel. Est-ce qu’aujourd’hui, l’Aviron peut proposer un niveau de jeu et un niveau financier que l’on propose ailleurs ? C’est plus complexe que la simple réponse : "l’Aviron ne veut pas le garder, ou, le laisse partir". Il faut avoir tous les éléments. Bien sûr, l’Aviron veut garder ses jeunes joueurs. Mais le miroir aux alouettes fonctionne à plein aujourd’hui, surtout avec nos jeunes joueurs. Le problème dépasse le cadre de l’environnement Aviron bayonnais.

Baptiste Chouzenoux - Bayonne

Baptiste Chouzenoux - BayonneIcon Sport

Bayonne doit donc tenter de subsister au haut niveau avec ses modestes moyens et tout en acceptant de voir partir les meilleurs éléments formés au club ?

P.B : On ne l’accepte pas mais c’est le jeu. Il y a l’ambition de rivaliser et de rester au plus haut niveau. On n’a pas la solution financière. D’autres l’ont plus que nous. Je comprends le côté émotionnel affectif, mais les gens doivent comprendre les éléments du contexte actuel dans lequel on vit.

" Nos viviers traditionnels crèvent la bouche ouverte"

À Bayonne, il y a des mots comme Biarritz, fusion ou derby, qui font perdre la raison. Qu’en pensez-vous ?

P.B : Biarritz est en course pour monter en Top 14 et on aura le temps de parler du derby le moment venu. Si on parle passion, énergie, c’est tout ça. En même temps, je me dis "attention". Je viens d’une Bigorre (Bagnères, Tarbes, Lourdes) où il n’y a plus de rugby de haut niveau. Nos viviers traditionnels crèvent la bouche ouverte. Ça va très vite et je préfère me concentrer sur le projet de Bayonne, pour redire que cette énergie, cette passion qui existe dans ce club, il va vite falloir la mobiliser et la concentrer pour l’optimiser sur le terrain. Mon challenge est là.

Pierre Berbizier

Pierre Berbizier Icon Sport

Vous semblez critique sur le développement du rugby ?

P.B : Quelle est la véritable économie du rugby ? Si on la pose, on ne donne jamais la réponse. Quelle est la culture de notre rugby ? À cette question, je dirais que notre culture est dans les petites et moyennes villes. On nous a fait croire que le rugby allait se développer dans les métropoles. Quand je constate aujourd’hui les équipes des grandes villes, ce sont des mécènes et non des bassins économiques qui les tiennent. Aujourd’hui, tout le monde est prêt à se mobiliser pour Paris, mais qui se mobilise pour la Bigorre ? On l’a perdu et ça me touche. Ne renions pas notre culture, notre passé. Les petites et moyennes villes sont abandonnées. Bayonne ne peut pas suivre cette course à l’armement imposée par trois ou quatre gros clubs, par trois ou quatre gros mécènes. Les territoires qui ont porté et qui portent le rugby, c’est ça la problématique. Il faut faire vivre cette passion jusque dans le débat contradictoire. Mais toujours avec cet objectif de concentrer cette énergie. À un moment donné, il faut avancer sinon demain, on n’existe plus. Pourquoi on ne parle pas des projets comme La Rochelle alors qu’à d’autres, on donne la parole tous les deux jours ? Ce que fait Brive, La Rochelle, Bayonne, qui pour son dernier match, fait 11 000 personnes au stade, c’est la culture du rugby. C’est une richesse. Il faut vivre cette réalité et non plus la tuer à petit feu.

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