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TOP 14 - Qu'es-tu devenu... Christophe Juillet ?

Qu'es-tu devenu... Christophe Juillet ?

Le 02/08/2017 à 10:00Mis à jour Le 02/08/2017 à 10:24

TOP 14 - Double champion de France et finaliste de la Coupe du monde 1999, l'ancien 3e ligne centre est revenu vivre à Clermont, la ville où il s'est révélé au plus haut niveau. Mais il s'est éloigné des terrains : à 49 ans, le voilà directeur de trois centres commerciaux.

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La terrible Coupe du monde 2015 ne doit pas faire oublier tout ce qu'a réussi Philippe Saint-André dans sa carrière d'entraîneur. En Angleterre voilà deux ans, il n'a pas été servi par les éléments, victime aussi avec ses hommes d'un temps de retard pris par la FFR sur ses grandes rivales qui avaient, elles, effectué leur révolution... La débâcle ne doit pas non plus servir comme prétexte à effacer l'évidence : l'ancien capitaine de l'équipe de France a des certitudes bien ancrées et un regard précis sur le jeu. Et un homme peut en témoigner : Christophe Juillet.

De "meilleur pilier gauche du monde" à numéro 8

L'ancien joueur du Stade français avait 19 ans quand il côtoya PSA durant son service militaire au Bataillon de Joinville. Il était junior, jouait 2e ligne et découvrait l'Élite avec Bergerac, trois ans après avoir signé sa première licence. Albert Ferrasse tentait alors de la faire signer à Agen. Gérard Cholley, figure de Castres avait un projet pour lui au CO. "Il me disait que je deviendrai le meilleur pilier gauche du monde", se souvient Juillet. C'est finalement sa rencontre Saint-André qui s'est avérée décisive : "Il était venu me dire ce qu'il pensait : mon véritable poste était numéro 8." PSA n'a pas donné un mauvais conseil : à ce poste, Juillet est devenu international avec en point d'orgue, une finale de Coupe du monde en 1999, le tout complété par deux Brennus (1998 et 2000).

Christophe Juillet aux côtés de Max Guazzini - 11 septembre 2010

Christophe Juillet aux côtés de Max Guazzini - 11 septembre 2010Icon Sport

Saint-André était dans le vrai, mais ce n'est pas Clermont qui en aura le plus profité. Arrivé en 1989, Juillet s'en est allé après huit saisons, cap sur le Stade français. "Ça a été une déchirure de quitter Clermont, mais je ne m'entendais pas avec le coach de l'époque (Alain Gaillard). J'étais remplaçant avec les Espoirs. Bon, j'estime que j'ai eu ma revanche : l'année suivante, j'étais champion de France." Paris, le choix d'une vie. "J'ai connu dans ce club un condensé de toute ma carrière. Je n'avais envie de le quitter pour rien au monde." Juillet se souvient de ses premiers pas dans la capitale : "On avait 120 abonnés, dans les tribunes, les spectateurs étaient le plus souvent pour nos adversaires. C'était des gens qui venaient voir l'équipe de leur ville d'enfance. Geofrey Abadie (décédé en 2015) m'avait dit : "Ne t'inquiète pas, ce qui est plaisant quand tu joues à Paris, c'est de faire taire le stade."

" Si nous n'étions pas champions de France, Max Guazzini nous virait tous les six"

C'est avec le Stade français que Juillet a retrouvé le XV de France, découvert durant la Coupe Latine 1995. C'est aussi avec Paris, qu'il a embrassé le Bouclier en 1998 et surtout en 2000, en tant que capitaine. "Nous étions entraînés par Georges Coste avec qui ça se passait mal. On avait décidé de finir sans lui. Avec cinq ou six joueurs, nous étions allés voir Max (Guazzini, le président, ndlr) pour lui dire. Il ne restait que trois matches de la saison régulière à jouer et nous n'étions pas en position de nous qualifier. Max avait été clair : si nous n'étions pas champions de France, il nous virait tous les six. Le match suivant, on le perd à Aurillac (29-14, ndlr). Mais on se qualifie finalement avec de la réussite… Et puis on va jusqu'au bout."

Christophe Juillet (Stade français) - 30 septembre 2001

Christophe Juillet (Stade français) - 30 septembre 2001Getty Images

"Prolonger au Stade français ? J'aurais eu l'impression de tricher"

Un sommet au bout d'une saison folle qui aura duré douze mois en incluant la préparation au Mondial 1999. "Ce fut une année incroyable mais je me suis usé." Après le Tournoi 2001, il dit adieu aux Bleus "Ça ne se passe pas bien. Bernard me dit : c'est fini." En mai, il conduit quand même le Stade français en finale de la H Cup (défaite 34-30 contre Leicester) mais s'arrête un an plus tard, à 33 ans, sans parvenir à arracher un dernier titre. "Max m'avait proposé un dernier contrat de deux ans avec option pour une saison supplémentaire. Mais signer n'aurait pas été honnête de ma part. Je n'arrivais plus à aller m'entraîner. J'aurais eu l'impression de tricher."

" J'étais un peu le Parisien bobo qui rêve d'avoir des poules et veut faire du fromage de chèvres"

Métreur-dessinateur en bâtiment de formation, Juillet a, dès lors, basculé dans une nouvelle vie : gérer son agence de marketing et communication sportive ("Au-delà du sport"), avec quelques incursions dans la scène médiatique via un rôle de consultant. D'entraîner, en revanche, il n'en a pas été question. "Ce n'est pas mon truc. Financièrement, je crois que ça aurait été le plus facile. Peut être le plus confortable aussi. La passion, on l'a tous." Manager d'un club en revanche, il a failli le devenir, sollicité par le Lou pour succéder à Christian Lanta. "Mais nous ne sommes pas tombés d'accord", révèle Juillet.

Christophe Juillet lors du 1/4 de finale de la Coupe du monde 1999 entre la France et l'Angleterre - 24 octobre 1999

Christophe Juillet lors du 1/4 de finale de la Coupe du monde 1999 entre la France et l'Angleterre - 24 octobre 1999Icon Sport

Soutien de Bernard Laporte

Pas de regret, il est tout de même manager désormais : l'ex 3e ligne centre est devenu directeur de centre commercial à Clermont où il est revenu vivre en 2006. L'ASM était restée dans son coeur. "Si je suis revenu, ce n'était pas par hasard. Je suis arrivé à 19 ans, tous mes potes étaient d'ici, c'était la région de mon ex-femme, c'était logique." Au départ, il voulait ouvrir une maison d'hôtes. Il se marre : "J'étais un peu le Parisien bobo, qui sature des embouteillages, qui rêve d'avoir des poules et veut faire du fromage de chèvres. En fait, ça m'a vite saoulé." Après quatre ans de travaux, sa maison d'hôtes a ouvert ses portes en août 2010. En décembre, il se faisait recruter par le groupe Casino, formation à la clé.

Christophe Juillet était visiblement dans son élément puisqu'en 2015, il se faisait recruter par un chasseur de têtes pour rejoindre le groupe Klepierre. L'ex capitaine du Stade français a aussi visiblement conservé son sens des responsabilités avec, désormais, trois centres commerciaux à gérer. Il n'a plus tellement le temps de courir les terrains mais s'en est dégagé l'hiver dernier pour s'engager symboliquement comme suppléant aux élections territoriales du comité d'Auvergne, avec l'idée de soutenir Bernard Laporte. Comme à son époque de numéro 8, ses choix sont toujours porteurs. C'est Philippe Saint-André qui peut être fier.

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