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Alain Tingaud : "Ne pas vendre du rêve, c'est déjà éviter les cauchemars"

Tingaud : "Ne pas vendre du rêve, c'est déjà éviter les cauchemars"

Le 17/11/2017 à 18:19Mis à jour Le 17/11/2017 à 19:54

Il est arrivé à la tête du SUA en 2007, l'année où le club tombait en Pro D2 pour la première fois de son histoire. Dix ans après, un record pour le club, Alain Tingaud est toujours là. Avec quelques histoires à raconter...

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Vous venez de fêter vos dix ans à la tête du SUA, record de longévité du club. Qu'est ce que cette décennie signifie pour vous ?

Alain Tingaud : Dix ans de moments formidables, extraordinaires. D'autres plus délicats : il a fallu se faire accepter dans un des clubs mythiques du rugby français. Ce sont dix ans de joies. Dix années de difficultés aussi parce que le SUA a subi de plein fouet la transformation du rugby professionnel. Il y a dix ans, le club entrait dans cette course à l'armement, financièrement mais n'était pas prêt. Je n'avais jamais fait d'audit, je ne m'étais pas permis de regarder les comptes, je n'ai été guidé que par passion, parce que Daniel Dubroca m'avait demandé de venir. Quand je suis arrivé, j'avais envie d'investir dans des moyens pour développer le SUA. J'ai constaté qu'il fallait plutôt réparer que faire progresser. Quand j'arrive, on tombe en Pro D2 alors que je m'attendais à ce que le SUA reste en Top 14 et qu'on mette des moyens supplémentaires. Dix ans c'est toute une expérience. Mais je retiens les moments formidables, les rencontres avec des gens extraordinaires. J'ai assouvi une passion. Je m'étais toujours dit après avoir été un piètre joueur que je reviendrai par la porte de dirigeant. C'est extraordinaire ce job.

Quelle est votre plus grande fierté ?

A. T. : Concrètement ? C'est d'avoir sauvé le club. Il faut être clair. Si je ne mets pas à mon arrivée les moyens que j'ai mis, le club ne se relève pas. Et quand je vois les difficultés qu'ont eu tous les clubs descendus en Fédérale 1... Sur ces dix ans on a toujours été soit en Top 14 soit en phase finale de Pro D2, sauf la première année.

Le président d'Agen, Alain Tingaud - 2015

Le président d'Agen, Alain Tingaud - 2015Icon Sport

Pourquoi n'avez vous pas cette image de sauveur du SUA ?

A. T. : Parce que je ne l'ai pas dit. Qu'est ce que ça m'aurait apporté ? Est ce que j'ai besoin, comme certains présidents, d'aller claironner ? Ceux qui comptent pour moi le savent. Je ne demande pas de médaille, je m'en fous. J'ai investi beaucoup d'argent.

Vous en avez perdu ?

A. T. : Bien sûr. L'argent investi, je ne le retrouverai jamais. Tous les présidents qui ont investi ont perdu de l'argent, je ne suis pas le seul. Ailleurs je suis un investisseur, dans le cas du club je suis un mécène.

Combien avez vous perdu ?

A. T. : Plusieurs millions d'euros. Comme Thomas Savare, comme d'autres. Je ne le vis pas mal. J'ai assouvi un passion : pouvoir devenir dirigeant d'un club professionnel. Si je n'avais pas eu les moyens de le faire, je ne l'aurais pas fait. J'ai eu les moyens. Cela ne m'a pas empêché de vivre, ça ne m'empêchera pas de vivre. J'aurais préféré arriver au club et mettre de l'argent pour le développer. Je suis arrivé dans un contexte différent. Mais je ne me suis jamais posé la question de savoir si je devais claironner "sans moi il n'y a plus rien". Je n'ai pas besoin de me développer une notoriété.

Combien vaut le SUA aujourd'hui ?

A. T. : Sa valeur nominale aujourd'hui est à deux millions d'euros. Mais je dirais entre trois et cinq millions.

" D'ailleurs, Savare a fini par arrêter..."

Quel est votre plus grand regret ?

A. T. : Ne pas avoir pu rassembler les moyens pour être dans le premier carré du Top 14. Au mieux on a fait 9e. Et c'est vraiment une question de moyens. Mon plus grand plaisir c'est que le club n'a pas de dette, il ne perd pas d'argent. Quand il a perdu, j'en ai toujours pris la responsabilité avec le soutien de personnes proches de moi comme Jean-François Fonteneau. Mais le regret c'est vraiment de ne pas avoir trouvé les moyens comme Pau par exemple qui a trouvé un sponsor comme Total et qui est passé du statut d'Agen à club qui peut jouer dans la cour des grands. Je regrette de ne pas avoir réussi mais je ne suis pas dans le mea culpa. Le contexte ne s'y prêtait plus : depuis 6 ans l'accélération des budgets de clubs est gigantesque et si tu n'arrives pas avec un sponsor qui met 5 à 7 millions d'euros dans le club. A Toulon , il y à 7 millions d'euros qui viennent des institutions publiques, ici au total on est à 800 000 euros maximum. Je ne me le reproche pas mais je dis que c'est dommage de ne pas avoir réussi ça, parce que l'écosystème n'a pas permis de le faire. Je n'allais pas faire du Altrad ou du Savare, je n'en ai pas les fortunes et il n'en était pas question. Je ne peux pas abandonner 30 millions d'euros sans aucun problème. D'ailleurs, Savare a fini par arrêter.

En arrivant, vous aviez un projet très précis : Agen 2010….

A. T. : Nous étions en 2007 : je voulais, sous trois ans, développer le club. Je n'ai pas annoncé vouloir d'être champion. Jamais. Le projet était très clair : augmenter le budget de 6 à 10 millions d'euros et investir dans la formation en développant les contrats espoirs. L'idée c'était de pérenniser le SUA dans le six premiers clubs français. Le problème c'est que l'argent que je voulais investir, il s'est retrouvé dans les déficits du club... et le club en Pro D2. Mécaniquement, c'était une baisse de 3 millions dans le budget.

Philippe Sella en grande discussion avec Alain Tingaud, son président

Philippe Sella en grande discussion avec Alain Tingaud, son présidentIcon Sport

Mais depuis, vous n'avez jamais annoncé un projet aussi ambitieux. Pourquoi ?

A. T. : Quand je me suis aperçu qu'Agen 2010 ne pourrait pas se faire, j'ai basculé sur un autre projet : pérennité. Faire en sorte qu'Agen reste dans les 20 premiers clubs français. Tant que nous n'aurons pas possibilité de faire progresser le budget de 40 % sur trois ans, il n'y aucun espoir pour le SUA de remettre un projet de phases finales du Top 14 sur la table. Mais il y a ce projet pérennité : formation, budget équilibré et socle de partenariats et d'actionnaire forts capables de réagir à toute tempête. Cela existe, ça marche. Cela ne vend pas du rêve, mais si on n'a pas les moyens de ses rêves, ce n'est pas la peine. Ne pas vendre du rêve, c'est déjà éviter les cauchemars.

Vous avez annoncé en juillet, une passation de pouvoir. Où cette transition en est-elle ?

A. T. : J'ai dit que je ne serais plus le président de ce club d'ici les deux prochaines années. C'est moi qui décide. J'ai fait venir Jean-François Fontenau : je voulais trouver quelqu'un pour me remplacer, comme j'ai toujours fait dans les affaires. J'ai toujours la passion du club mais je veux faire autre chose. Ca fait dix ans que je pilote ce club, ça fera peut être 12 ans. Je ne veux pas le laisser dans la situation dans laquelle je l'ai trouvé. Il restera des finances saines, une structure opérationnelle et surtout un successeur. Vous avez vu ce qui est arrivé à Bourgoin ?

Il y a l'impression que c'est complexe cette transition avec Jean-François Fonteneau ?

A. T. : Non, il a seulement besoin de trouver ses marques.

Concrètement, quel est le scénario ?

A. T. : C'est signé. Ca peut aller plus ou moins vite à ma décision. Et uniquement à la mienne. Jean François Fonteneau peut se retirer mais les conditions font qu'il va y réfléchir à deux fois. On a préparé cette transition en créant un conseil de surveillance et un directoire. Il a piloté le directoire depuis deux ans même si je suis resté présent dans l'opérationnel jusqu'à cette année quand j'ai annoncé en juin dernier un protocole d'accord pour une transition, transmission sur les trois prochaines années. Les conditions nous appartiennent mais je peux dire que je reste maitre de mon départ qui sera inéluctable dans deux ans. Il peut se faire avant, ou pas…

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