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RUGBY - TOP 14 - A Agen, Denis Marchois rêve

A Agen, Marchois rêve

Le 02/11/2017 à 09:02Mis à jour Le 02/11/2017 à 11:50

TOP 14 - Révélation en Pro D2 l'an passé, le deuxième ligne agenais Denis Marchois confirme dans l'élite. A 23 ans, il est l'avant le plus utilisé et fait front au sein d'une équipe en souffrance : le signe que l'espoir pourrait venir de la formation. Portrait d'un joueur méconnu.

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A Agen, aux prémices du projet d'Alain Tingaud en 2007, figurait un deuxième ligne au nom de Marchois parmi le casting des joueurs qui devaient aider Agen à franchir un cap. Arnaud Marchois, triple champion de France avec le Stade français attendu à Armandie comme Mathieu Bastareaud et Byron Kelleher n'a finalement pas honoré son pré-contrat suite à la relégation du SUA en Pro D2. Dix ans plus tard, le club est revenu dans l'élite. Le projet a été redimensionné : le maintien plutôt que le Brennus. Néanmoins d'un Marchois en deuxième ligne, il est toujours question : pas Arnaud, qui a mis fin à sa carrière professionnelle en 2013 à Lyon mais Denis, un parent éloigné âgé de 22 ans. "Nos grands pères étaient cousins", précise t-il.

Le premier très attendu n'est donc jamais venu. Le second, s'est lui imposé alors que personne ne l'attendait. Même lui, a douté très fort. C'était au début de l'année 2016. "J'arrivais au terme de mon contrat espoir et je n'étais toujours pas appelé avec le groupe professionnel. J'avais seulement disputé mes premiers matches en décembre en Challenge européen…", raconte le natif de Libourne arrivé au SUA à 18 ans – il était alors Crabos - en provenance de Castillon-la-Bataille. Une arrivée tardive dans un centre de formation réputé mais justifiée par une promesse faite à la mère : obtenir son bac avant de tenter sa chance... Agen qui avait longtemps insisté pour le récupérer, se montrant plus obstiné que l'UBB, avait donc fini par l'accueillir. Mais alors que s'achevait sa quatrième saison, il semblait sur le fil du rasoir. "J'espère rester et apporter à ce club", disait-il.

"Je participe au spectacle mais je ne le fais pas"

Finalement, Denis Marchois a fini par convaincre les décideurs de lui offrir un premier contrat professionnel jusqu'en 2019. Il y a fait honneur en Pro D2 (24 matches dont 19 titularisation), il confirme en Top 14. Au SUA cette saison, Denis Marchois n'est rien de moins que l'avant le plus utilisé devant les internationaux Bosch, Qera ou encore le capitaine Erbani. Inattendu. "C'est peut être parce que mon poste amène à un travail de l'ombre. Je ne fais pas de grandes envolées, je ne suis pas amené à spécialement briller sur le terrain. Les gens vont préférer voir des ailiers marquer. Je participe au spectacle mais je ne le fais pas", esquive t-il

N'empêche, le temps de jeu, dans ce rugby de data, c'est quand même un chiffre plus significatif que d'autres, le témoin véritable d'une importance croissante dans le système du duo Reggiardo/Prosper. Ce qui est fou, c'est qu'il l'ignorait jusqu'à peu, avant qu'un confrère ne lui communique les chiffres. "Je ne connaissais pas mon temps de jeu, c'est la vérité. Je sais que je joue mais ça s'arrête là", plaide t-il. "Je prends ce qu'il y a à prendre, je n'ai pas de blessure, j'ai du temps de jeu, je tiens."

Denis Marchois (Agen) - Top 14 2017-2018

Une belle histoire mais pas de hasard. Ce qui se passe est pour lui une forme de récompense. "J'ai mis davantage d'investissement personnel dans le travail vidéo, dans la préparation des matches. J'essaie par exemple de m'investir pleinement au niveau des touches, de faire en sorte d'avoir un temps d'avance. C'est le résultat d'une prise de conscience personnelle : c'est l'idée d'aller voir toujours plus haut. Plus t'en as, plus t'en veux."

"Même si à 15 ans tu n'es pas dans un pole espoir, tu peux y arriver"

Denis, lui, voulait relever le défi : "Après une saison complète en Pro D2, confirmer en Top 14. Sur le plan personnel je suis satisfait, je joue, je m'amuse et j'ai le sentiment de suivre le train du Top 14. Après, à mes yeux, le destin de l'équipe passe toujours avant. Et dans la dimension collective, la saison est plus difficile…" Dernier exemple en date, à Castres dimanche. Marchois avait inscrit l'essai de la révolte mais le CO a fini par renverser les mutins. "Tu te sens bien, tu as envie de jouer, de te livrer. Tu redoubles d'effort. Mais ton adversaire aussi... Castres c'est décevant, rageant. On joue bien, on n'est pas loin mais ça ne tourne pas en notre faveur. Il va falloir que ça finisse par être le cas. Ça fait grandir mais ça ne paye pas et c'est embêtant."

Surtout que samedi soir à Armandie, ce sera Toulon où ont été licenciés deux de ses modèles Paul O'Connell et Bakkies Botha. En face des internationaux, Kruger, Suta, Taofifenua, Gorgodze, il y aura l'enfant de Saint-Michel de Montaigne en Dordogne, Denis Marchois, jamais sélectionné nulle part. C'est peut être bien le meilleur atout d'Agen où l'avenir semble définitivement être dans la formation : son histoire inspirante. "On mérite d'être là, on est à notre place. Il faut essayer de faire un beau truc et de ne pas se faire intimider, esquisse t-il. J'ai un parcours atypique mais je ne regrette rien. Mon histoire c'est la preuve que même si à 15 ans tu n'es pas dans un pole espoir, tu peux y arriver. Ça ouvre des perspectives." La preuve que rien ne serait impossible. Il en convient : "Oui, c'est une belle métaphore pour Agen."

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