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Flashback : Stade français-Colomiers, le jour où la finale du championnat s'est jouée un 15 juillet

Flashback : Le jour où la finale du championnat de France s'est jouée en juillet...

Le 12/07/2017 à 09:26Mis à jour Le 12/07/2017 à 10:06

TOP 14 - En 116 éditions, le championnat de France a tout proposé : des finales en mars, avril, mai et juin. Mais une seule a eu lieu en juillet : en 2000 entre le Stade français et Colomiers. Une finale exceptionnelle au terminus d'une saison passionnante.

15 juillet 2000 : un jour de record. 109 874 spectateurs pour un match de rugby : 17 ans après, personne ne peut se prévaloir d'avoir fait mieux. Ce jour-là se disputait au stade de France la finale du championnat de première division entre le Stade français et Colomiers, la plus tardive de l'histoire. Mais le record fut établi ailleurs : au stade olympique de Sydney à l'occasion du test-match Australie-Nouvelle-Zélande, en ouverture du Tri-Nations. "Le match du siècle" comme on le présente dans l'hémisphère sud, au scénario fou et achevé sur un exploit de Jonah Lomu dans les arrêts de jeu pour offrir la victoire aux All Blacks (35-39).

En France, la 101e finale avait été, elle, loin d'attirer les foules. Juste après l'Euro de football gagné par les Bleus, pendant le Tour qui mettait aux prises Armstrong et Pantani et au terminus d'une saison infernale, débutée le 21 août 1999, interrompue par la Coupe du monde 1999, le sommet de la saison n'avait attiré que 46 809 spectateurs. L'histoire retiendra que ceux-là furent des privilégiés. Cette finale inédite entre Colomiers, néophyte à ce niveau et le Stade français, finaliste pour la 18e fois, fut en effet un sommet : enthousiasmante, électrique, enlevée.

Laporte entraîneur caché

Colomiers et le Stade français étaient les rescapés après 329 jours d'une compétition lancée à la fin de l'été, sans les internationaux, avec une défaite pour Paris à La Rochelle (41-13) et un succès pour Colomiers devant Grenoble (26-13). Un long chemin. Le Stade français, à la faveur d'une victoire à Auch lors de la dernière journée de la saison régulière, a évité les barrages puis s'est défait de l'Usap en quarts (25-15) et Toulouse en demi-finale (13-30) avant de retrouver Colomiers, rescapé des barrages (20-18 contre Bourgoin) et tombeur de Castres (15-29) puis de Pau (22-24). Mais ces rescapés étaient tout sauf exsangues.

Ils étaient portés par une foi. Côté Stade français, on racontait une histoire d'hommes : après le départ de Bernard Laporte et la succession décevante de Georges Costes, les joueurs s'étaient pris en main. L'autogestion à l'heure du rugby professionnel. Une fable comme le reconnaîtra Laporte en 2012 à Midi Olympique. Le kaiser était revenu en coulisses : "Les joueurs m'ont pris au piège. Ils sont venus me voir en me disant "tu dis que tu nous aimes, en réalité tu ne nous aimes pas. Quand on est dans la difficulté, tu nous laisses". J'ai pris un coup de poignard dans le cœur. Je prenais beaucoup de risques".

Bernard Laporte avec le Stade français

Bernard Laporte avec le Stade français AFP

Et de rajouter : "Mais dans la vie, il faut prendre des risques. Je me cachais pour entraîner. C’était compliqué. Je ne voulais pas que ça se sache. Il y avait un ou deux entraînements par semaine. J'étais au téléphone avec Alain Elias, Christophe Juillet, Diego Dominguez. Je n'allais pas au match mais je téléphonais, même à la mi-temps. C'était une belle aventure humaine. Un peu "border-line" mais je n'ai fait de mal à personne. Autogestion, c’est un concept impossible au plus haut niveau. Ça ne peut pas exister. Qui fait l'équipe ? Sinon, c’est facile : "Moi je veux jouer". Il faut de l'autorité".

Le salut parisien par la mêlée

De l'autorité, il y en avait à Colomiers, dirigé par Serge Milhas et Jean-Philippe Cariat. Mais aussi du caractère. Une certaine idée d'un rugby offensif et total. Et puis, il y avait une histoire dans l'histoire : celle de Jean-Luc Sadourny, enfant du club, monument du rugby, jamais sacré, qui se voyait offrir une occasion en or, comme Serge Blanco avant lui en 1992. Il n'allait rien manquer à cette finale sinon Fabien Galthié, blessé. Pas même le suspense. Après un chassé-croisé de buteurs, c'est Colomiers qui vira en tête grâce à un essai de Francis Ntamack (13-6 ; 30e). Ensuite ? Le Stade français inscrivit 3 essais en 18 minutes : Dominici (39e), Laussucq (43e) puis Comba (57e), interceptant une passe de Skrela pour porter le score à 28-16.

Paris était en place défensivement mais Colomiers n'abdiquait pas malgré les vents contraires - blessures De Giusti et Sieurac et faillite des buteurs dont Skrela, blessé lui aussi. Paris faisait des fautes pour couper le rythme, Colomiers faisait des erreurs en cherchant le plus haut tempo. Les joueurs de la Capitale n'en menaient pas large et les banlieusards toulousains ont crû en leur étoile quand Culinat inscrivit l'essai de l'espoir (28-23 ; 77e) puis lorsque Skrela, à la dernière minute, trouva une penaltouche à 10 mètres de la ligne. Tabacco s'en empara et Colomiers obtient une mêlée dans la foulée pour un en-avant de l'arrière parisien Conrad Stoltz. Une balle de match.

" Vous en connaissez, vous, des boulots où on ne peut pas prendre de vacances pendant un an ? (Christophe Juillet)"

Mais le Stade français, géant en mêlée, ne pouvait rêver mieux. Porté par Marconnet et De Villiers qui avait débuté sa saison le 2 août 1999 par un stage à Millau avec le XV de France, il obtenait une pénalité synonyme de Brennus. "No scrum, no win". C'est la loi du genre. Quand Richard Pool-Jones, le troisième ligne anglais du Stade, convenait que Paris n'avait pas été la meilleure équipe de la saison, Dominici avouait même : "Je crois que Colomiers aurait mérité le titre de champion de France, parce qu'ils ont démontré du jeu, du courage." Mais ce n'était pas assez, après presque 12 mois de combat. Il fallait une forme de réussite aussi. Christophe Juillet, cité par l'Humanité, pouvait souffler : "Franchement, vous en connaissez, vous, des boulots où on ne peut pas prendre de vacances pendant un an ?"

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