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40€, fin de scolarité à 16 ans, Caucaunibuca... l'incroyable histoire de George Tilsley (Agen)

40€, fin de scolarité à 16 ans, Caucaunibuca, sérial marqueur... l'incroyable histoire de Tilsley

Le 23/08/2017 à 09:22Mis à jour Le 23/08/2017 à 10:01

TOP 14 - Meilleur marqueur du Pro D2 la saison dernière, l'ailier néo-zélandais George Tilsley est attendu cette saison comme l'atout offensif numéro 1 du SUA. Une histoire de résilience.

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C'est un investissement à exactement quarante euros qui pourrait rapporter gros à Agen. Eté 2015, débarque au SUA un ailier néo-zélandais, sélectionné à six reprises pour des tournois avec les All Blacks Sevens mais laissé pour compte par les franchises du Super Rugby comme des équipes engagées en ITM Cup : George Tilsley. Au pays du long nuage blanc, on lui disait qu'il était "un joueur de rugby à 7, pas de rugby à XV".

Alors quand il a appris qu'Agen serait prêt à lui proposer un contrat pour évoluer en Top 14, il a décidé de foncer. Orphelin, élevé comme un fils unique, Tilsley, qui a laissé sa fille en Nouvelle-Zélande, a fini par débarquer seul en France. "Je n'ai pas regardé derrière moi", raconte t-il. Le premier à l'accueillir fut Philippe Sella, directeur rugby. Et Tilsley ne l'a pas oublié. "Il s'est parfaitement occupé de moi. Je n'avais pas d'argent et il a eu un geste dont je me souviens encore : il m'a donné quarante euros. Je me sens proche de Philippe. Depuis mon arrivée en France, je suis lié à lui".

Philippe Sella, l'actuel directeur rugby et développement d'Agen

Philippe Sella, l'actuel directeur rugby et développement d'AgenIcon Sport

Histoire de fidélité

Quarante euros, une paille à l'échelle de l'économie du rugby professionnel en France et pourtant c'est cette histoire que narre Tilsley, ailier polyvalent, à l'heure de justifier son choix en fin de saison dernière de prolonger avec le SUA, lui qui a terminé meilleur marqueur d'essai du Pro D2 (14 essais). Une histoire de fidélité, promet-il. "Ça me semblait naturel d'être loyal. Je n'ai pas oublié que lorsque je n'avais rien, j'ai reçu une proposition d'Agen. Je serais toujours reconnaissant au club de m'avoir offert cette opportunité".

Mais, Tilsey a aussi réfléchi en homme pragmatique : à 25 ans et avec une seule saison en élite derrière lui, il aurait pu être présomptueux de vouloir relever le défi chez un géant du Top 14. "J'en ai discuté avec le président Jean-François Fontneau en jouant au golf. J'ai besoin d'avoir du temps de jeu. Je dois encore prendre le temps de me développer". À Agen, il en aura l'opportunité. Ailleurs, c'était moins évident. Et Tilsley, revenu de très loin, n'a pas voulu jouer à la roulette russe.

Fin de scolarité à 16 ans, père à 19

L'homme est de ceux qui ont compris qu'être professionnel était une chance. Et on ne joue pas avec la chance. Surtout quand elle n'a pas accompagné les premières années. Né en 1992 en Papouasie Nouvelle-Guinée où son père, Néo-Zélandais, était venu travailler comme mécanicien dans une mine d'or, George a pris une première claque à dix ans : retour en Nouvelle-Zélande, à Welllington, pour que son père atteint des mêmes problèmes de santé que Jonah Lomu se fasse soigner. Il décédera trois ans plus tard, le laissant seul avec sa mère qui tombera, elle, en dépression.

George Tilsley (Agen) - 8 mai 2016

George Tilsley (Agen) - 8 mai 2016Icon Sport

Aides sociales, fin de scolarité à seize ans : le rugby à XV comme à XIII n'est qu'un loisir, Tilsley rentre alors dans la vie active. Il travaille pour la compagnie aérienne Jet Star au service de relations clients puis deux ans plus tard pour une banque comme chargé de clientèle. "Je suis devenu un homme à seize ans". Puis père à 19 ans. Et en même temps, un peu par hasard, un membre de la sélection nationale à VII. Lors d'un tournoi régional en 2011, il est repéré par le sélectionneur Gordon Tietjens. Il prend part à six tournois, s'offre le luxe d'une victoire lors du Hong-Kong Sevens mais dès lors qu'il s'agit de jeu à XV ne convainc pas. Il n'aura droit qu'à une seule saison en ITM Cup en 2012 avec Manawatu où il joue aux côtés du futur All Black Nehe Milner-Skudder.

Caucaunibuca, la référence

Le rugby à VII le relancera. En 2015, il est élu meilleur joueur du championnat néo-zélandais à VII. Son agent fait le reste et le voilà donc à Agen. Tilsley a signé les yeux fermés. "C'est une équipe où sont passées plusieurs stars". Dont son joueur de référence : Rupeni Caucaunibuca. Quand il est arrivé à Armandie, c'est comme si George Tilsley connaissait déjà. Il se marre et raconte. "Avant chaque match, je me mets les videos des essais de Caucaunibuca. C'est un rituel. Je m'inspire. J'essaie de les visualiser". Et s'il devait un copier un ? "Celui contre la France lors de la Coupe du monde 2003. Il accélère, déborde Rougerie. Après c'est ciao..."

Rupeni Caucaunibuca, la "référence" de George Tilsley

Rupeni Caucaunibuca, la "référence" de George TilsleyIcon Sport

Pour sa première saison en Top 14, il avait étalé des promesses. Ainsi, il ne serait pas qu'un joueur de rugby à VII…. "Je ne suis pas revanchard, élude t-il. Je m'occupe seulement de moi-même. Disons simplement que ce que j'ai pu entendre, me donne de l'énergie". En Pro D2, Tilsley a prouvé. "Être meilleur marqueur c'est un privilège : ça ne doit pas qu'à moi. C'est un sport d'équipe", défend t-il.

N'empêche, maintenant, il est attendu au révélateur du Top 14 comme un joueur majeur du SUA. "Je serai comme je l'ai toujours été : nerveux avant le match, excité. Mais sincèrement heureux d'affronter ces joueurs de niveau international, comme Rokocoko que j'admire. J'avais marqué 8 essais lors de ma première saison en Top 14, j'aimerais aller plus haut. Mais mon objectif c'est jouer au maximum et aider tout autant mon équipe". Sans appréhension. Un sourire : "La vie c'est toujours un challenge".

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