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OPINION - Pendant les barrages, le rugby a dépassé le stade de la violence

Pendant les barrages, le rugby a dépassé le stade de la violence

Le 22/05/2017 à 18:36Mis à jour Le 22/05/2017 à 18:42

OPINION - Les barrages de Top 14 ont donné lieu à des matches ô combien engagés avec des chocs d'une violence hallucinante. Les K.O ont été nombreux. A-t-on dépassé les limites ? Peut-être bien...

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On a pris peur ce week-end. On a surtout eu mal pour les protagonistes des matches de barrages. Mal pour ce pauvre David Smith, envoyé valdinguer malgré ses 90kg comme une vulgaire poupée de chiffon après une charge monumentale du Toulonnais Josua Tuisova. Son vis-à-vis. L'ailier castrais s'en est relevé sans rien dire, comme si de rien n'était. On n'en est pas revenu. Cette action n'est qu'une parmi tant d'autres de ces deux affiches où la violence des chocs fut monnaie courante. Et cela a vraiment de quoi inquiéter.

Josua Tuisova (Toulon) met David Smith à terre

Josua Tuisova (Toulon) met David Smith à terreIcon Sport

Toulon - Castres fut - vous en conviendrez - une incroyable bataille physique. C'était à celui qui allait encaisser le plus de coups sans rompre. Bien évidemment, le rugby est un sport de contacts, de combat, où il faut prendre le dessus sur son adversaire. Mais là, sur chaque impact ou presque, on a tremblé. Chaque plaquage, chaque charge étaient plus qu'appuyés. Et que dire des déblayages ? Certaines fois, cela dépassait l'entendement.

Dans quel état seront les joueurs dans dix ans ?

Lors de Montpellier - Racing 92, les protocoles commotion ont été légion. Imaginez que le talonneur héraultais, Bismarck Du Plessis, 79 sélections chez les Springboks et près de 115kg sur la balance, n'a pas résisté à la charge d'Henry Chavancy. Un choc peut-être peu impressionnant à première vue mais aux conséquences certaines. Le MHR n'a jamais revu sur la pelouse l'un des fers de lance de son pack. On jouait alors la 25e minute. B. Du Plessis a été imité par Brice Dulin (Racing 92) et ses coéquipiers W. Du Plessis et Nemani Nadolo. Ce dernier a même réussi "l'exploit" de sortir par deux fois pour des suspicions de K.O...

Loin de nous la volonté de voir passer le rugby "à toucher", ce serait même aller à l'encontre de l'essence même de notre sport. Mais là, trop c'est trop. A l'heure où les instances mondiales tentent de préserver la santé des rugbymen, on n'a jamais vu autant de joueurs souffrir sur les impacts. On plaint les joueurs et on se demande dans quel état ils seront ne serait-ce qu'une dizaine d'années après avoir terminé leur carrière sportive.

Les cellules médicales prennent de plus en plus au sérieux les commotions cérébrales. Quoi de plus logique. Les staff sportifs prennent de plus en plus soin de l'état physique des joueurs. Mais ils sont en partie responsables de cette hausse de la violence sur les terrains. Le but, c'est de faire mal, très mal, toujours plus mal à l'adversaire. Sur l'action de Josua Tuisova, l'ailier toulonnais décida d'aller tout droit et de rentrer dans David Smith. Cela aurait été la même chose s'il y avait eu un mur devant lui. Pourquoi n'a-t-il pas essayé un crochet ou de le prendre de vitesse ? Est-ce l'évolution des mentalités dans notre championnat ? A ce rythme-là, on comprend pourquoi les spectateurs sont de plus en plus nombreux à regarder les matches de Super Rugby où l'évitement prédomine ainsi que la vie du ballon.

Que de déblayages agressifs !

Sur les terrains, ne faudrait-il pas aussi voir le corps arbitral être plus vigilant ? Ce week-end, nombreux ont été les déblayages agressifs, les plongeons dans les rucks. On ne comptabilise même plus le nombre de fois où on a vu un joueur venir sur le côté d'un ruck pour enlever le plaqueur adverse. Tous les moyens semblent bons. Sanctionner ces actes ne serait-il pas bienvenu ? Tout comme ces déblayages avec des joueurs qui ne restent en aucun cas sur leurs pieds. La règle n'est-elle pas de venir par l'axe du ruck tout en restant sur ses appuis ?

Romain Taofifenua (Toulon) face à Castres - 17 mai 2015

Romain Taofifenua (Toulon) face à Castres - 17 mai 2015Icon Sport

En y réfléchissant, si les arbitres sanctionnaient chaque faute, on boucherait nos oreilles tant les sifflets retentiraient. Et le jeu n'en serait plus un tellement celui-ci serait hâché. Que faire alors ? Le débat mérite d'être ouvert. Car là, on a dépassé les limites de la violence. Et ce sans bagarre générale. Un comble.

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