Other Agency

21 ans, pilier droit et potentiel JIFF : en 40 minutes de jeu, Toma Taufa a affolé le marché

21 ans, pilier droit et potentiel JIFF : en 40 minutes de jeu, Taufa a affolé le marché

Le 01/12/2016 à 17:23

TOP 14 - Après une première chez les Pros particulièrement remarquée, le pilier droit de Bayonne, Toma Taufa (21 ans) a attiré les convoitises. Ce qui agace particulièrement son entraîneur, Vincent Etcheto.

Crédit photo : M. Mittoux - Aviron Bayonnais Rugby Pro

Pour son déplacement à Paris, l'Aviron bayonnais n'emmenera pas Toma Taufa (1,78 m, 123 kg) ce samedi (18h30). Le jeune pilier droit tonguien de 21 ans a été la révélation de la dernière journée de championnat, mais le club basque ne veut pas aller trop vite avec ce jeune joueur. Il était entré un peu avant la mi-temps pour suppléer Iguiniz alors en grande difficulté face au Toulousain Steenkamp. Taufa a réussi à caler l'édifice bayonnais, permettant ainsi à l'Aviron d'être en mesure de remporter son troisième match de la saison.

Etcheto : "Des clubs lui ont proposé un salaire de joueur confirmé. C'est tellement ridicule que ça me fait rire"

Jeune, pilier droit, bientôt JIFF, Toma Taufa est un profil rare et recherché. Alors à peine avait-il pris sa douche après le match contre Toulouse que déjà la machine du rugby professionnel s'était mise en marche. Vincent Etcheto raconte : "Quelques vautours, présidents de clubs, grands recruteurs l'ont vu jouer quarante minutes et lui ont fait des propositions de joueurs... (il marque une pause) On a l'impression que c'est le meilleur joueur de la planète. Je remercie ces présidents de club, qui connaissent bien le rugby, de s'être intéressé à notre joueur. Ça nous a obligés à lui faire un contrat très vite pour le garder, et a bien le payer. C'est très bien pour ce jeune qui travaille avec nous depuis un an et demi".

Et l'entraîneur en chef de continuer son propos : "On n'a pas recruté, et ce n'est pas Carl Hayman, mais il y a des présidents de Top 14 qui l'ont pris pour Carl Hayman. Ces pratiques me font rire. Ceux qui les font, c'est ceux qui les critiquaient il y a quelques années. C'est ridicule. Un joueur que personne ne connaissait il y a trois mois, il fait quarante minutes contre Toulouse... Il a été très bien et que vous vous intéressiez à lui c'est normal. Mais qu'il cristallise comme ça l'attention... Je ne lui souhaite pas, mais dans deux mois, tout le monde peut l'avoir oublié. Il travaille, il est chouette. Il faut qu'il fasse encore des progrès en communication, dans le rugby, et des clubs lui ont proposé un salaire de joueur confirmé. C'est tellement ridicule que ça me fait rire. Ce sont les mêmes présidents qui râlent après sur le salary cap. Ils se reconnaîtront" .

Vincent Etcheto (Bayonne)

Vincent Etcheto (Bayonne)AFP

Etcheto : "Pas envie de perdre un joueur qu'on a fait venir et qu'on a formé"

Toma Taufa est arrivé à Bayonne pour intégrer l'effectif Espoir durant l'hiver 2015 en provenance de son île d‘Eua, l'une des 150 îles du royaume des Tonga. Il ne parle presque pas Français, et pas beaucoup plus l'anglais. Même si ses coéquipiers pensent qu'il comprend plus qu'on peut le penser en raison de sa grand timidité, le jeune homme semble démuni pour faire face à ce monde professionnel. Mais à des milliers de kilomètres de son île et de sa famille, il semble avoir quelques soutiens de confiance.

"Il est armé pour faire face à tout ça, mais avec les requins qu'il y a autour...", s'interroge Vincent Etcheto. "On a vu qu'il y avait des requins qui passaient à travers les cages, donc il faut faire des murs barbelés. Je connais son agent qui est quelqu'un de bien, qui a l'habitude de travailler avec ces joueurs des îles, et qui nous a bien sûr avertis sur les propositions qu'on lui faisait. On a réagi et c'est normal. On n'a pas envie de perdre un joueur qu'on a fait venir et qu'on a formé. A son agent, à nous dans le club, à ses coéquipiers de l'entourer".

Aretz Iguiniz, le pilier de Bayonne

Aretz Iguiniz, le pilier de BayonneAFP

Iguiniz, le conseiller

Et Etcheto de confier : "Aretz Iguiniz lui a même étudié ses propositions. C'est un conseil et je trouve ça génial que ce soit Aretz qui le fasse. Il le fait gratuitement et par le lien qui unit la fratrie des piliers. Bien sûr que c'est un joueur professionnel et qu'il doit faire sa carrière, mais il ne peut pas passer à huit mille euros comme ça. Si toutes les quarante minutes, on prend huit mille euros, le salary cap va vite être dépassé. Tant mieux pour lui, mais je n'aime pas tout ce qu'il se passe autour. Après, je ne suis pas naïf, moi aussi je vais chercher des joueurs dans d'autres clubs. Mais là, c'est quelqu'un que personne ne connaissait avant Toulouse, à part ses parents et son agent".

Au delà du cas de son jeune pilier, le manager bayonnais pose la question de ces piliers droits si courtisés : "C'est un poste tellement difficile à trouver avec des joueurs parfois surpayés par rapport à ce qu'ils font sur un terrain de rugby. J'espère que notre nouveau président de la fédération en tiendra compte. Est-ce normal ces mêlées qui sont toujours instables, qui font perdre quinze minutes de temps effectif par match, qui ne sont pas souvent bien arbitrées car elles sont difficiles à arbitrer ? On va éclaircir ça et peut-être que les piliers seront des joueurs côtés mais pas surcôtés. L'activité d'un deuxième ligne dans un match est souvent plus importante que celle d'un pilier. Toma est un pilier droit, une denrée rare, en plus ça peut devenir un pilier droit JIFF. Bien sûr, on est content de ça. On est dans le système et je ne vais pas cracher sur le système. Mais il ne faut pas faire n'importe quoi. Il faut préserver ces jeunes sinon on fera venir des containers des îles. Il ne faut pas que ça devienne ça".

0
0