Nicolas Bézy (Brive) sort pour subir le protocole commotion contre le Stade français - 29 août 2015 - Icon Sport
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Top 14 - Le protocole commotion adopté mais pas tout à fait adoubé

Le protocole commotion adopté mais pas tout à fait adoubé

Par AFP
Dernière mise à jour Le 29/03/2016 à 09:35 - Publié le 28/03/2016 à 14:12
Par AFP - Le 29/03/2016 à 09:35

SANTE - Le protocole de détection des commotions cérébrales chez les rugbymen de haut niveau s'est largement répandu, même s'il se heurte encore à quelques obstacles lors de son application pratique ou à des critiques sur son efficacité.

Voir un joueur quitter dix minutes la pelouse pour se soumettre à un questionnaire est devenu monnaie courante dans le rugby moderne. L'objectif: identifier toute commotion subie sur un terrain et empêcher le joueur de prendre des risques en le contraignant à un retour progressif à son activité, en fonction de ses symptômes. Sachant qu'une commotion ne se traduit par une perte de connaissance que dans moins de 10% des cas, l'exercice n'est pas toujours simple.

En pratique, cela se traduit par trois formulaires intitulés HIA ("head injury assessment", évaluation neurologique), mis en place en France sur les matchs de Top 14 et Pro D2. Le premier (HIA 1) est à passer en cours de partie, dans un laps de temps de dix minutes. Le médecin du club soumet le joueur touché à une batterie d'exercices et de questions du type: "Dans quel stade sommes-nous aujourd'hui ?" ou "Dans quelle période sommes-nous ?". Même si le joueur passe le test avec succès, il se soumettra trois heures plus tard au HIA 2 puis, 48 heures après, au HIA 3, qui déterminera s'il peut reprendre ou non la compétition normalement.

38 sorties en Top 14

Durant la saison 2014-2015, 38 joueurs sont ainsi sortis définitivement des terrains de Top 14 en raison d'un choc à la tête, selon l'observatoire médical de la Fédération (FFR) et de la Ligue (LNR). Mais l'efficacité du protocole commotion est contestée en France par le Professeur Jean-François Chermann, spécialisé en neurologie du sport à Paris. "Pour moi, le protocole commotion tel qu'il est aujourd'hui n'a aucune validité scientifique, il est même dangereux", assure le neurologue. Selon lui, "au moins 20% des commotions ne sont diagnostiquées que le lendemain ou le surlendemain".

Un joueur peut ainsi réussir les HIA 1 et 2 mais échouer au HIA 3. Entre-temps, il aura donc fini son match et risqué de subir des dommages plus importants au cerveau. Deux cas ont posé question récemment. Celui du troisième ligne du XV de France Antoine Burban, sorti dix minutes pour une suspicion de commotion face au pays de Galles fin février, revenu ensuite sur la pelouse du Millennium Stadium pour une vingtaine de minutes de jeu.

Depuis, il n'est plus réapparu sur les terrains et le site de son club, le Stade français, le déclare à l'infirmerie sous ce motif: "KO". Il y a deux semaines, le match de Pro D2 Mont-de-Marsan - Perpignan a aussi provoqué la polémique. On y a vu le troisième ligne montois Vassili Bost s'assommer sur un adversaire après 40 secondes de jeu. Pourtant, après avoir a priori répondu avec succès au HIA 1, il est revenu sur la pelouse... avant de subir un deuxième KO juste avant la mi-temps.

Médecins supporters

"On a du mal à faire appliquer systématiquement le protocole commotion", convient Jean-Claude Peyrin, président de la Commission médicale de la FFR, sans remettre en cause l'efficacité des questionnaires. "Le problème, c'est que trop de médecins de clubs regardent encore les matchs comme des supporters", déplore-t-il encore.

Ces médecins sont aussi parfois soumis à d'importantes pressions, des entraîneurs, qui souhaitent conserver leurs joueurs sur le terrain, ou des sportifs eux-mêmes, qui ne veulent pas sortir. Dans un environnement où les enjeux sont forts, il n'est pas toujours aisé de prendre ses responsabilités. Ces questions se posent aussi chez les féminines, où les médecins ne sont pas systématiquement présents. Plus généralement, la saison dernière, la FFR a recensé quelque 1.400 commotions dans le secteur amateur, où le protocole HIA n'est pas appliqué. Preuve de l'étendue d'un phénomène qui inquiète.

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