Jean-Luc Sadourny en 2007 lors de La Rochelle-Blagnac - Icon Sport
Top 14

Jean-Luc Sadourny: "Je trouve le championnat trop cadenassé"

Sadourny: "Je trouve le championnat trop cadenassé"
Dernière mise à jour Le 10/03/2015 à 11:56 - Publié le 10/03/2015 à 11:50
Par Sébastien Liebaut - Le 10/03/2015 à 11:56

Retiré du monde du rugby depuis quelques années, l'ancien arrière du XV de France et de Colomiers, Jean-Luc Sadourny (48 ans, 71 sélections) se fait très discret dans les médias. Le Toulousain de naissance mais Columérin de coeur, désormais restaurateur, a accepté de se confier sur le niveau du Top 14, l'USC et les Bleus avant le match en Italie. Première partie.

Jean-Luc, on vous a un peu perdu des radars depuis votre retraite sportive, que devenez-vous ?

Jean-Luc SADOURNY: Je suis restaurateur. J'ai monté une brasserie "Sadourny Café" depuis cinq ans à Colomiers (31). Et depuis un an, j'ai récupéré la concession du golf de Téoula (région toulousaine, ndlr).

Pour quelle(s) raison(s) vous ne vous êtes pas investi dans le milieu du rugby professionnel ?

J-L.S: Parce que j'ai eu l'occasion de monter cette brasserie et que je me suis lancé à fond dans cette aventure. Après, le rugby pro je le regarde de loin. Il y a quelques beaux matchs surtout en Coupe d'Europe mais je trouve le jeu, les matchs très cadenassés en championnat. Je comprends cependant les enjeux économiques et la pression énorme qui pèsent sur les clubs pour se maintenir en Top 14 mais hélas, l'obligation de gagner l'emporte sur la qualité du jeu de mouvement.

Qu'est ce qui vous plait dans ce Top 14 ?

J-L.S: C'est l'un des meilleurs championnats au monde. Il y a des matchs à enjeu à tous les niveaux, en haut comme en bas de tableau. On a l'impression cette année qu'il n'y a même pas de ventre mou tellement c'est serré entre les différentes équipes. Tu peux être parmi les formations du haut de tableau et en perdant trois matchs te retrouver beaucoup plus bas. Certaines équipes aussi auraient pu réussir leur championnat mais en perdant ces deux-trois matchs se retrouvent avec la pression de la descente et vont lutter jusqu'au bout. Il nous amène beaucoup de matchs à enjeu, à suspense et c'est beaucoup plus serré qu'auparavant.

A l'inverse, qu'est ce qui vous déplaît dans le championnat domestique ?

J-L.S: (Longue réflexion) Je vais me répéter mais je le trouve trop cadenassé en termes de jeu. La gagne à tout prix, d'accord, mais c'est au détriment du jeu malheureusement. Il y a quelques équipes qui produisent du jeu mais elles ne sont pas nombreuses et celles qui ne se lâchent pas se retrouvent tout le temps sous pression. Et cela devient encore plus difficile pour le faire et prendre des initiatives car la pression extrême du maintien ou de la relégation est très présente.

Jean-Luc Sadourny lors de France - Nouvelle-Zélande - 24 novembre 1995
Jean-Luc Sadourny lors de France - Nouvelle-Zélande - 24 novembre 1995 - Icon Sport
" Il faudrait alléger cette pression qui pèse sur les clubs"

Afin de remédier à cela et voir un jeu plus flamboyant, pensez-vous qu'il serait davantage bénéfique de revoir la formule du championnat en ne faisant descendre automatiquement que le dernier et faire jouer un barrage entre le treizième et le vainqueur de la finale de Pro D2 ou le second de la phase régulière par exemple ?

J-L.S: Peut être oui. Après, je ne suis pas dans les instances fédérales mais il me semble qu'il faudrait alléger cette pression qui pèse sur les clubs. Après, les montées et les descentes font partie du jeu. Quand tu descends en Pro D2, tu t'aperçois que tu n'as plus les mêmes moyens à tous les niveaux. Je vais parfois voir des matchs de Colomiers car il y a aussi des beaux matchs en deuxième division et c'est aussi compliqué de rivaliser car les équipes et leurs résultats sont également beaucoup tenus par l'aspect financier notamment pour revenir en Top 14.

La transition est toute trouvée en évoquant votre club de cœur, Colomiers. Comment jugez-vous l'USC depuis son retour en Pro D2 ?

J-L.S: Il végète un peu. Depuis 2004, Colomiers enchaine les montées et descentes entre la Fédérale 1 et la Pro D2. Là, le staff est en place depuis trois ans et on trouve une régularité dans le maintien. Ils sont cependant dans le ventre mou et il va falloir qu'ils se montrent un peu plus ambitieux et essayent d'accrocher une cinquième place pour au moins jouer une demie finale. Mais le club se maintient, ce qui est déjà une bonne chose.

Pensez-vous que nous reverrons un jour Colomiers évoluer à l'échelon supérieur ou cela relève de l'utopie?

J-L.S: J'espère bien même si ce sera très difficile car l'aspect financier joue un rôle prépondérant à cela. Après, quand on voit un club comme Oyonnax qui y parvient, on se dit pourquoi pas d'autres clubs! Oyonnax n'est pas mieux loti que Colomiers mais les Oyomen ont su travailler sur la formation, un équilibre, une continuité, un cycle avec les entraineurs. Le résultat, c'est qu'ils sont cinquièmes du Top 14. Mais la vérité d'aujourd'hui n'est pas forcément celle de demain. A un moment, nous ne verrons que les clubs des grandes villes.

Notre championnat national est reconnu comme le meilleur du monde mais on n'y arrive pas au niveau international avec l'équipe de France. Quelles en sont les causes selon vous?

J-L.S: (Rires) Il y a beaucoup de paramètres à commencer par le fait qu'il y a beaucoup de joueurs étrangers en France. C'est aussi ce qui relève le niveau de la compétition car ils amènent, globalement, beaucoup de professionnalisme, de sérieux. J'entends parler que nous avons de bons jeunes notamment au niveau des moins de 20 ans mais ont-ils les capacités à jouer en club, de tenir le championnat et la Coupe d'Europe ? Car il faut l'effectif pour tenir les deux compétitions. Sommes-nous efficaces sur la formation des jeunes joueurs ? Je n'y suis pas dedans donc il est difficile de me prononcer. Même si j'ai des idées, je n'ai pas la formule pour dire ce qui est bon ou mauvais. L'idée est de savoir quelle est la "bonne idée", la "bonne formule"?!

Retrouvez la suite de cet entretien ce mardi après-midi...

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