Serge Simon, président de Provale - Photo : Pressport/PROVALE - Other Agency
 
Top 14

Serge Simon: "Nous nous tirons une balle dans le pied si nous voulons copier le foot"

Simon: "Nous nous tirons une balle dans le pied si nous voulons copier le foot"

Par Thomas GOURDIN
Dernière mise à jour Le 07/07/2014 à 12:18 -
Par Thomas GOURDIN - Le 07/07/2014 à 12:18
Joueurs chômeurs, Jiff, commotions, statut des internationaux, dimension économique... Le président du syndicat Provale, Serge Simon, analyse les grands enjeux auquel le rugby professionnel est confronté. Avec le franc-parler que l'on connaît à l'ancien pilier international (2 sélections).
 

Quels sont les objectifs du stage Réactiv'Carrière, organisé chaque année par Provale pour les joueurs chômeurs et qui vient de se dérouler à Colomiers ?

Serge SIMON: Symboliquement, c'est le cœur de notre action. Par expérience, on estime qu'il permet de caser 10 à 20 % des joueurs présents. Mais il constitue surtout un moment de rassemblement, de réconfort, qui permet à ces joueurs de côtoyer un club et de sortir de leur isolement. Il faut aussi profiter de cette période où l'on est pas dans l'immédiateté de la performance, où les joueurs sont plus à l'écoute et touchent du doigt les possibles difficultés, pour aborder la question de la reconversion.

Comment évolue le nombre de joueurs chômeurs ?

S.S.: L'une des peurs du rugby professionnel est d'en compter de plus en plus. Nous sommes donc très attentifs à cette évolution. Le nombre s'est stabilisé à une dizaine depuis quelques saisons. Lors des tout premiers stages, nous pouvions constituer deux équipes... Nous avons noté aussi que des systèmes d’absorption parallèles se mettent en place, avec notamment les clubs de Fédérale 1 qui récupèrent certains joueurs sans club. Mais cette tendance ne doit pas nous dédouaner de nous occuper des rugbymen en difficulté.

Sur les neuf chômeurs qui ont suivi le stage Provale cette année, on note une part importante de joueurs étrangers. Est-ce à dire que le système des Jiff protège les Français ?

S.S.: Avant la mise en place des Jiff, une étude avait montré que la situation était moins alarmante que prévu. Et le système va de toute manière être renforcé. Ceci dit, oui, c'est une conséquence possible. Mais j'y vois aussi une explication mathématique : avec l'augmentation du nombre de joueurs étrangers dans nos championnats, proportionnellement il est logique d'en retrouver davantage qui ne trouvent pas de clubs à la fin de la saison.

La tournée du XV de France en Australie a tout de même ravivé le débat...

S.S.: Il revient régulièrement. On peut gloser sur la différence entre notre rugby et celui du Sud. En revanche, il existe des leviers comme le statut des internationaux, que l'on doit aider à être au top physiquement et collectivement. A Provale, nous sommes très inquiets sur ce groupe France de trente éléments. L'an dernier, sur une seule journée, il avait été demandé aux clubs de ménager les joueurs sollicités lors du Tournoi. Et l'on a vu ce qu'il s'est passé. Alors imaginez sur toute une saison...

" La machine s'est emballée en raison des pressions financières et médiatiques. Si on laissait faire, il faudrait jouer douze mois sur douze"

Comment le président du syndicat des joueurs juge-t-il la situation actuelle des rugbymen professionnels ?

S.S.: La convention collective offre une bonne protection, d'autant que le professionnalisme s'est construit dès le départ avec ce cadre. Par comparaison, dans d'autres sports, ces bases juridiques sont apparues après-coup. Il a été plus difficile d'y combattre certaines mauvaises habitudes. D'un point de vue global, la situation est donc plutôt bonne. Mais une fois que l'on a dit ça, il reste quand même de nombreux points à améliorer.

Lesquels ?

S.S.: La machine s'est emballée en raison des pressions financières et médiatiques. Si on laissait faire, il faudrait jouer douze mois sur douze. Et sur ce point, la convention collective ne suffit pas toujours. Voilà pourquoi ce sujet est au cœur des discussions. Le New Deal voulu par la Ligue pour faire évoluer le rugby professionnel contient beaucoup de bonnes choses... Mais il n'y avait aucune ligne sur les joueurs ! Nous nous sommes battus pour en rajouter une, concernant la reconversion.

Serge Simon durant le match France-Italie - 9 février 2014
Serge Simon durant le match France-Italie - 9 février 2014 - Icon Sport

Il manque donc un volet sur la santé des joueurs ?

S.S.: Comment les préserver ? Les équipes devront-elles compter 250 joueurs dans le futur ? Comment penser le joueur de demain ? Ces questions doivent être prioritaires. Nous savons que le rugby est un sport traumatique. Il faut donc une réflexion générale. Le New Deal comporte une partie dédiée au développement durable. Les économies d'énergie sont importantes, mais il serait aussi bien de ne pas consommer et broyer les joueurs.

" A mon époque, c'était le K.-O. de papa : un peu d'eau sur la figure et on repartait"

Justement, toujours sur le plan de la santé, les commotions sont au cœur des discussions en ce moment...

S.S.: Tout le monde est au courant du risque. Du danger immédiat, mais aussi à moyen et long terme. On voit que des anciens sportifs de 45 ou 50 ans sont victimes de pathologies neurodégénératives. Il faut donc faire respecter les règles. Le cas Florian Fritz a montré que parfois, ça foire. Une enquête est toujours en cours, cela prouve en tout cas que les mentalités changent. La France a d'ailleurs été pionnière en la matière. A mon époque, c'était le K.-O. de papa : un peu d'eau sur la figure et on repartait. On se rend compte que les décisions médicales sont de plus en plus sujettes aux pressions sportives. Voilà pourquoi nous souhaitons qu'un médecin indépendant soit là pour évaluer les commotions. Cela déchargerait la pression qui pèse sur les médecins des clubs.

Quels sont les autres réflexions prioritaires à mener sur le rugby professionnel ?

S.S.: On ne parle que de développement économique. Cela fait un moment que nous tirons la sonnette d'alarme et nous n'allons pas lâcher. Ce qui a fait la force de notre sport, c'est une certaine image du joueur, généreux, solidaire, qui en a dans la tronche. Je vais être cynique : ce n'est pas forcément vrai, mais c'est en tout cas ce qui porte le rugby. Nous nous tirons une balle dans le pied si nous voulons copier le foot professionnel. Même ceux qui raisonnent purement en termes marketing devraient comprendre qu'il faut préserver l'image de leur produit.

Toujours sur ce volet économique, la situation financière des joueurs évolue-t-elle à la même vitesse que celle du rugby en général ?

S.S.: Oui, les salaires progressent proportionnellement aux revenus de notre sport. Mais la guerre économique ne doit pas servir uniquement à payer davantage les joueurs, à se lancer dans une course à l'armement. Elle doit permettre de construire un rugby à hauteur d'homme. C'est d'ailleurs un important levier de notoriété. Le rugby doit rester un spectacle mais il doit aussi permettre aux joueurs de s'épanouir et de rester à l'abri des problèmes physiques, des ennuis financiers, ou même du chômage.

Pour conclure, quelle est votre position sur les accusations de dopage de Laurent Bénézech et son actuel procès pour diffamation ?

S.S.: Nous allons attendre le délibéré. Notre objectif était de forcer Laurent Bénézech à se dévoiler, pour que l'on voit qu'il n'avait rien de concret.

Serge Simon - 11 fevrier 2012
Serge Simon - 11 fevrier 2012 - DPPI
 
  commentaire(s)
Ajoutez le vôtre !
  commentaire(s)
Ajoutez le vôtre !
 
×