François Carillo - entrainement bayonne - 22 juillet 2012 - Icon Sport
 
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Carrillo: "Il y a eu un voile noir..."

Carrillo: "Il y a eu un voile noir..."

Par Rugbyrama
Dans cet article
Dernière mise à jour Le 04/01/2013 à 17:20 -
Par Rugbyrama - Le 04/01/2013 à 17:20
Victime d'un malaise cardiaque le 22 décembre à l'échauffement avant d'affronter Mont-de-Marsan, le flanker de Bayonne François Carrillo est rentré chez lui le 31 décembre après dix jours d'hospitalisation. Les causes de son malaise sont toujours inconnues mais l'homme va bien. Drôle, souriant, serein. Avant d'attaquer sa rééducation mardi, il raconte son accident.
 

Comment allez-vous ?

François CARRILO: Je vais bien. Je vais beaucoup mieux. Je commence à revivre normalement après une semaine mouvementée et atypique pour un joueur de rugby. Ce n'est pas quelque chose auquel on est préparé. Physiquement je me sens très bien. Je sens même que j'ai besoin de retrouver un effort physique.

Votre moral est-il affecté ?

F.C: Ça va. Je me pose des questions forcément. C'est la période qui veut ça. De toute façon, je ne suis pas maître de la suite des évènements. Je suis assez passif. Ce n'est pas moi qui décidera de tout: c'est surtout le corps médical. Je suis rentré chez moi le jour du réveillon. Et j'attaque la rééducation mardi à la clinique Paulmy: tous les matins avec une activité physique encadrée puisque les causes du malaise sont toujours floues.

Gardez-vous des souvenirs de votre malaise ?

F.C: J'ai tout en mémoire jusqu'au moment du malaise. Je n'ai rien senti venir. Je me souviens que nous faisions des touches avec les remplaçants. Je suis entre Marc Baget et Abdel Boutaty et puis je dis à Abdel que je ne vais pas trop bien. Ensuite, il y a un voile noir. Je n'ai pas l'habitude des malaises vagaux mais j'imagine que c'est pareil. Je n'ai pas souffert. Les souvenirs suivants interviennent lorsque je suis en réanimation le surlendemain: je vois les visages de mes proches. Après, pendant trois ou quatre jours c'est flou. Je pensais être bien, je répondais mais je ne m'en rappelle plus.

Aviez-vous eu des signes avant-coureurs ?

F.C: Non, je n'ai jamais rien eu. Rien qui pouvait laisser présager ça.

Comment imaginez-vous la suite ?

F.C: Je vais aborder les évènements les uns après les autres. D'abord récupérer. Pour l'instant c'est dur: je ressens un vide. Donc je suis content de recommencer la rééducation mardi. C'est un objectif à court-terme. Depuis que je suis petit, je n'avais jamais été confronté à une période de vide: l'école, les études, le rugby.. Mais je n'ai pas peur que ma carrière s'arrête. Je ne suis pas inquiet pour mon avenir. J'ai 25 ans. Avoir un capital santé c'est le principal. J'ai plein de choses à vivre encore

Avez-vous eu peur après coup ?

F.C: Non je n'ai jamais eu peur. Même en revoyant les images. Cela m'a fait quelque chose de me revoir sur la civière avec mon père à côté. Après le plus dur a été d'être confronté à mon réveil au regard de mes proches. Parce que même s'il y a de la joie et du soulagement, ce n'est pas quelque chose que j'imaginais vivre un jour. C'est dans leur regard que j'ai réalisé ce qui m'est arrivé. Et que j'ai senti leur soutien indéfectible.

Avez-vous lu les écrits sur votre malaise ?

F.C: Oui, j'ai regardé. C'était très positif, très chaleureux. Il n'y a pas eu de mauvaises choses de dites ou alors très peu. Des personnes se sont interrogées sur les causes de mon malaise se demandant si c'était dû à un produit que j'aurais pris... Je ne suis pas inquiet sur ça. Ceux qui ont pu se dire ça sont des personnes qui ne connaissent pas le milieu et ne me connaissent pas. Je me dis que j'aurais préféré briller autrement, pour d'autres exploits mais le soutien manifesté a été touchant.

Vous avez-eu de la chance dans votre malheur: le club avait organisé la veille un exercice "arrêt cardiaque" dans l'enceinte du stade.

F.C: Je leur dois tout. Si l'issue est positive et heureuse c'est grâce à la prise en charge immédiate. L'intervention des urgentistes, le Samu, le cardiologue, le suivi: c'est ce qui a fait la différence et qui fait que je suis là. Je n'ai pas de séquelles. Quand je me réveille, je cogite un peu mais ce n'est pas à propos de ma santé plutôt à propos de la suite.

Que le malaise soit toujours inexpliqué, est-ce perturbant ?

F.c: Non. Tout ne peut pas être rationnel. On ne peut pas tout savoir. On sait ce qui s'est passé dans mon cœur. On ne connait pas la cause mais on connait l'après: je n'ai pas de séquelles et c'est le principal.

Avez-vous été touché par la prière de Neemia Tialata ?

F.C: Je ne suis pas croyant mais j'ai été touché. Je suis un homme chanceux. Après comme je disais, ce n'est pas non plus un miracle quand on voit l'organisation médicale mise en place.

Avez-vous reparlé avec votre père présent au stade ce jour-là, de la façon dont il avait vécu l'accident ?

F.C: Tous les jours. Je redemande encore de me le raconter. J'en ai parlé aussi avec mes coéquipiers. Je reconstitue le puzzle petit à petit avec leur vision de choses. On en a parlé pendant une heure et demie. Après coup c'est un bon moment... Si j'en parle c'est pour reconstituer le fil. Mais maintenant il va falloir basculer sur autre chose. Ce sera le cas à partir de mardi.

Avez-vous des résolutions pour 2013 ?

F.C: Faire moins peur à mes proches. Pour le reste, j'ai besoin d'un effort physique: sentir mon corps et la souffrance de l'entraînement. Si poursuivre ma carrière ne devait plus être possible - je l'envisage aussi - ce serait un coup dur. Après cela doit arriver tôt ou tard. Ce serait comme une retraite anticipée. Il y en a à qui ça fait plaisir... Mais quand on est rugbyman et compétiteur, il y aurait forcément un goût d'inachevé. Je n'aurais pas fait tout ce que j'aurais aimé.

 
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