Mourad BOUDJELLAL - Toulon agen - 13 novembre 2011 - Icon Sport
 
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Boudjellal: "Toulon a la particularité de dire des vérités à taire"

Boudjellal: "Toulon a la particularité de dire des vérités à taire"

Par Rugbyrama
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Dernière mise à jour Le 18/05/2012 à 14:07 -
Par Rugbyrama - Le 18/05/2012 à 14:07
Alors que Toulon s'apprête à disputer la finale du Challenge européen contre Biarritz, le président Mourad Boudjellal nous a accordé un long entretien où il balaye tous les sujets qui font son actualité. Dans cette première partie, il revient sur la finale mais aussi sur la sanction dont il a écopé.

Sentez-vous un engouement autour de cette finale ?

Mourad BOUDJELLAL: J’étais ce matin (mardi) à la billetterie. Oui, clairement les gens ont envie de gagner quelque chose. Si on remporte le Challenge, sans manquer de respect à Biarritz, la joie sera beaucoup plus forte ici. Pour une raison simple: les Biarrots ont été gavés de résultats. Ils restent sur trois titres en dix ans ! Le bon résultat est la normalité. Chez nous, ce n’est que l’exceptionnel. Donc si on gagne cette finale, ce sera la folie ici. Le feu.

Cela ressemble au destin de Clermont il y a encore quelques années…

M.B.: Sauf qu’eux étaient tout le temps en finale.

Une finale de championnat suffirait à vous satisfaire ?

M.B.: Je signe tout de suite. Aller au Stade de France, même si on la perd, j’estimerai que c’est un beau résultat.

Vous êtes tout de même en course pour un "petit doublé" qui lui non plus n’a jamais été réalisé…

M.B.: Là, on est dans le domaine de la science fiction. Même si, en bandes dessinées, j’en suis adepte, dans la réalité je n’y crois pas trop. En tant qu’éditeur, si on m’amène un tel scénario, je ne le juge pas crédible. Si toutefois cela venait à se produire, la victoire en Challenge pourrait nous servir à organiser la fête à Toulon. Une sorte de répétition générale pour savoir quel CD mettre, sur quelle musique les gens dansent. Tout cela ne s’improvise pas (rires).

N’y a-t-il pas un regret de jouer cette finale, franco-française, sur le sol anglais ?

M.B.: J’entends depuis des années, dans le Top 14, que nous représentons les clubs étrangers. On sera donc le club étranger du Challenge… Ce n’est pas franco-français. Et puis on aura tout de même des supporters sur place. Dont un particulièrement fervent: le Stade français ! Je vais d’ailleurs me faire la crête pour cette finale et j’espère que Thomas Savare, si on lui amène la H Cup, la fera aussi. Ce serait le minimum… (rires).

Justement, cette position d’arbitre entre les clubs pour la qualification à la prochaine H Cup, cela vous plaît ?

M.B.: Je m’en fous complètement. Je ne pense qu’à mon club. En soit, j’aurais préféré qu’il n’y ait pas de possibilité de septième place qualificative en championnat et que ce soit le finaliste du Challenge qui soit directement qualifié pour la prochaine H Cup. Cela m’aurait arrangé.

La plaie de la finale perdue en 2010, alors que vous étiez à domicile, est-elle refermée ?

M.B.: Les matchs décisifs au Vélodrome, cela ne se passe jamais très bien pour nous. Peut-être que cela se passera mieux à l’extérieur. Mais ce match laisse une grosse cicatrice. Bien sûr. Parce qu’on n’aurait jamais dû le perdre. Et puis le déroulement… D’ailleurs, j’aimerais bien rencontrer un jour Cardiff pour savoir s’ils mettent David Guetta à la fin du match quand ils viennent de perdre. Nous, on l’a fait…

Vous dîtes que le Vélodrome ne vous porte pas forcément chance. Est-ce pour cela que vous avez décidé de ne pas délocaliser le barrage face au Racing-Métro ?

M.B.: Non. C’est surtout qu’une délocalisation en barrage n’a pas une énorme influence sur le plan économique, puisque la LNR récupère presque 90 % des recettes ! Surtout, le sportif passe avant tout. Sur un match comme celui-là, jouer à Mayol sera important. C’est un chaudron. Et puis, c’est chez nous. Je crois même que si on avait joué le match à Berg (centre d’entraînement du RCT, N.D.L.R.) on l’aurait fait.

Une victoire installera-t-elle Toulon dans le club des "équipes qui gagnent" ?

M.B.: Si on gagne ce match, on nous dira: "C’est une coupe perlimpinpin". Donc une victoire de second plan. Si on le perd, ce sera la défaite de Toulon et d’un système. Donc un échec de premier plan. Dans les deux cas, on est perdant. C’est ainsi. Toulon a la particularité de dire des vérités à taire. Et il semblerait que la vérité soit une insulte dans le rugby. On le paie.

Vos en revenez à vos sanctions récentes: ne payez-vous pas plutôt la forme de vos paroles que le fond ?

M.B.: Il n’y a qu’une façon de dire les choses: cela s’appelle la vérité. Mais quand on le dit, beaucoup se sentent insultés. La réussite c’est du talent, certes, mais c’est aussi de l’argent. Et il ne faudrait parler que du talent.

Regrettez-vous de vous être à nouveau exprimé sur cette sanction, récemment, alors que Pierre-Yves Revol envisagerait de vous gracier ?

M.B.: Honnêtement, je ne savais pas qu’il envisageait une telle chose. Mais qu’ai-je dit ? Que si on assassine quelqu’un, il peut y avoir une remise de peine, mais que ce processus n’existe pas dans le rugby. Apparemment, j’avais tort, et je m’en félicite. Il faut aussi repenser à ce que j’avais dit initialement… Premièrement, j’ai employé le mot "sodomie", qui n’est pas une insulte. Ce n’est tout de même pas ma faute s’il y a, dans le rugby, des gens à l’éducation judéo-chrétienne que leur morale de vie pousse à ne coucher que pour procréer. C’est leur façon de voir les choses. Cette partie du rugby est "catho intégriste". Je n’avais pas perçu tout cela au début. Si on va dans ce sens, alors on va interdire à la télévision des émissions comme Groland, Les Guignols… La société française est laïque et accepte tout cela. On me sanctionne ensuite pour un mot: c’est donc la sanction des idées. Cela, il n’y a que les états totalitaires qui le font. Inconsciemment, c’est ce que le rugby met en place. Dans un état libéral, on sanctionne les actes, pas les idées. Cela veut dire que des gens ont estimé que leur façon de voir les choses, de voir le rugby et la vie, est la vérité. Le bon. Et que face à cela il y a le mauvais. Moi, je n’ai pas la prétention de représenter ni la vérité, ni le bon. La différence essentielle est là. Et tout cela dit poliment. Non ? Ma sanction, je n’ai compris qu’après qu’elle voulait dire que face au bon, je représentais le mal. C’est un processus qui existe, aussi, dans les dictatures islamiques, pour étendre le problème à toutes les religions.

Retrouvez la suite de ce long entretien sur rugbyrama...ainsi qu'une autre partie dans Midi Olympique.

 
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