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Doucet : "Le rugby à un tournant"

Doucet : "Le rugby à un tournant"

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 13/07/2008 à 18:00
De retour de Vannes où s'est tenu le congrès de la Fédération Française de Rugby (FFR), Alain Doucet s’exprime sur la polémique qui agite actuellement le rugby hexagonal. Le secrétaire général de la FFR souligne des carences sportives et économiques, et s

Comment s'est passé le congrès de la FFR ce week-end à Vannes ?

Alain DOUCET : Tout était parfaitement organisé par nos amis bretons. Il y a eu une très forte participation, ce qui est une bonne surprise. Nous avons dressé un bilan de la saison écoulée et essayé de nous projeter sur l'avenir.

Au retour de la tournée des Bleus en Australie, Marc Lièvremont a vivement mis en cause le fonctionnement du rugby français. Avez-vous parlé de ses déclarations ?

A.D. : Evidemment, nous l'avons évoqué. Ces tournées sont inquiétantes. On peut légitimement comprendre le sentiment de Marc Lièvremont. Hormis la formidable aventure humaine que représentait ce voyage en Australie, la tournée n'a rien apporté sur le plan sportif. A part le jeune Palisson et deux ou trois autres joueurs qui se sont faits remarquer, on retient surtout que l'équipe de France a pris deux fois 40 points. C'est un échec sportif mais aussi économique. Imaginons que l'Australie vienne chez nous avec son équipe espoir. Beaucoup de problèmes se poseraient alors comme celui du remplissage des stades. Ce serait un vide aussi bien sportif qu'économique.

Existe-t-il des solutions pour remédier au problème ?

A.D. : Oui, certainement. Il est urgent de redonner plus d'intérêt à ces tournées. Franchement, il existe un monde entre les matchs des Tri-Nations, durant lesquels on voit de l'intensité et de l'incertitude, et ceux des Français en Australie. On y a été pour remplir notre contrat et signer une feuille de présence. Ce n'est pas normal. Il faut redonner de la valeur sportive à ces matchs en ayant la possibilité d'aligner la meilleure formation possible. Avec notre équipe type, nous pourrions inquiéter les nations de l'hémisphère sud. Avant, nous parvenions à remporter des rencontres lors de nos tournées.

Cela passe par une refonte du calendrier ?

A.D. : Bien sûr. Il faut que les différents acteurs du rugby français se mettent d'accord pour respecter tous les engagements. La Ligue n'est évidemment pas la seule responsable. Je comprends qu'elle défende ses intérêts et celui des clubs. Mais elle doit faire des concessions, tout comme nous. Toutes les parties doivent y mettre du leur. Nous devons alléger ce calendrier. Sinon, nous allons vers une situation catastrophique sur les plans sportif et financier.

Marc Lièvremont a également qualifié le Top 14 de médiocre...

A.D. : Et Serge Blanco a repris ses propos. Quelque part, il n'y a donc pas que du faux dans ces déclarations. C'est quand même dommage d'avoir un championnat où nous connaissons quasiment les demi-finalistes avant le début de la saison. Il n'y a que cinq ou six clubs qui ont le potentiel pour atteindre les phases finales. En plus, lors des grands matchs, certaines équipes font des impasses pour cacher leur jeu. Au cours d'autres rencontres, on assiste à des séries de pick and go ou de mêlées simulées. Ce n'est pas bon. On manque de valeur et d'ambition. Si l'on ajoute le calendrier et le niveau de la compétition, il y a effectivement un gros problème.

Certains avancent l'idée de réduire le nombre de clubs dans l'élite. Qu'en pensez-vous ?

A.D. : C'est une piste de réflexion. Avoir une élite plus resserrée donnerait plus de valeur et serait une bonne chose pour le calendrier. Mais il y a d'autres solutions comme un meilleur partage des ressources financières entre les clubs. En ce moment, on accentue la différence entre les équipes. A l'arrivée, on a uniquement quatre gros clubs. Et le problème du calendrier n'est tout de même pas posé par Dax, Albi ou Montpellier qui jouent la petite Coupe d'Europe. Mais par la grosse Coupe d'Europe qui rajoute une dizaine de dates pour seulement cinq ou six équipes françaises. C'est une globalité qu'il faut maîtriser.

Comment voyez-vous l'avenir du rugby français ?

A.D. : Il est à un tournant de son histoire. Il va y avoir un changement des deux présidences. Nous allons attendre celui de la Ligue mais nous aurons beaucoup de choses à nous dire. Nous sortons de la présidence de deux hommes forts sur le plan médiatique. On peut évoluer vers un rugby différent en s'appuyant sur une base plus élargie. Mais c'est juste une piste de réflexion. Après, je ne suis pas Madame Soleil.