Equipe d'Afrique du Sud - italie - 8 juin 2013 - Icon Sport
 
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Afrique du Sud: Des quotas, et des questions

Afrique du Sud: Des quotas, et des questions

Par Midi Olympique
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Dernière mise à jour Le 16/08/2013 à 16:15 -
Par Midi Olympique - Le 16/08/2013 à 16:15
L'Afrique du Sud a décidé de (re)mettre en place son système des quotas ethniques la saison prochaine pour son championnat des provinces. Alors, réminiscence des années 90, ou réelle avancée ? L'objectif en tout cas est de favoriser l'émergence de joueurs noirs au sein de l'élite.

3 sur 23. C'est le pourcentage de joueurs de couleur sélectionnés avec les Springboks pour affronter l'Argentine dans le cadre du Four Nations, ce samedi à Soweto. Un chiffre qui est appelé à s'accroître dans les années, voire les mois à venir. Le président de la fédération sud-africaine a en effet décidé d'instaurer des quotas ethniques, sorte de résurgence des années 90, afin de relancer l'émergence de joueurs noirs au plus haut niveau. Les règles sont simples, mathématiques même.

Toute formation engagée dans la Vodacom Cup devra aligner au moins sept joueurs, dont deux avants, de couleur sur la feuille de match. Cinq d'entre eux devront ainsi être titularisés. "Le but de ces quotas c'est de voir émerger un réservoir de talents noirs où les entraîneurs de Currie Cup et des provinces sud-africaines du Super 15, puissent puiser, a expliqué Oregan Hoskins aux médias britanniques. Ce qui fournirait, à terme, davantage d'options au sélectionneur des Springboks". Si l'idée en elle même semble noble, c'est la manière de procéder qui fait débat. Vouloir instaurer plus de disparité au sein des équipes sud-africaines n'est en soit, pas vraiment critiquable. En faire une règle intransigeante au détriment de la méritocratie sportive va cependant à l'encontre d'une certaine équité. Dans les années 90, un tel procédé avait déjà vu le jour avant d'être finalement abandonné. En 1999, le rugby sud-africain s'était encore doté d'un système de quota ethnique spécifiquement sur des joueurs "non blancs".

Un procédé pas vraiment nouveau

Preuve que la problématique ne date pas d'hier. Supprimés depuis 2004, les quotas n'avaient jusqu'alors profité qu'aux joueurs métissés. Un échec qui n'a pourtant pas refroidi les ardeurs de la fédération de rugby sud-africaine. Tel revirement ne fait-il pas figure de retour en arrière ? Difficile de répondre, mais la décision semble avoir été perçue favorablement par les principales équipes concernées. "Le sentiment, au sein de l'organisation, est que nous avons dû intervenir afin de faire participer plus de joueurs noirs. Les provinces partagent notre point de vue", appuie Oregan Hoskin dans le quotidien sud-africain Die Burger.

Si ce nouveau règlement soulève de nombreuses interrogations - les joueurs seront-ils, par exemple, alignés grâce à leur talent ou à leur couleur de peau- il confirme en revanche que les instances sud-africaines tentent de s'attaquer à un réel problème. En Afrique du Sud, le rugby demeure, encore aujourd'hui, difficilement accessible aux hommes de couleur. C'est pourquoi l'hypothèse de l'ajout d'une sixième franchise (conserver les Southern Kings de Port Elizabeth tout en promulgant les Lions de Johannesbourg, ndlr.) a fait son chemin au pays de Nelson Mandela. «Nous comprenons ce désir émanant de l’Afrique du Sud", reconnaissait Greg Peters, président de la SANZAR, il y a une semaine: "La région des Kings représente 32% des licenciés sud-africains, et 72% d’entre eux sont de couleur. Dans un souci de représentativité, nous comprenons le besoin de six franchises en Afrique du Sud".

Les hautes instances tentent donc comme elles peuvent de faciliter l'accès au rugby. Notamment aux personnes de couleur, dans un soucis d'équité et de mixité sociale. Le système des quotas portera t-il pour autant ses fruits ? Pas sur au vu du procédé employé. Brian Mujati, le pilier du Racing-Métro, avait par exemple mis un terme à sa carrière internationale en raison des faits évoqués. Las de ne devoir ses sélections en équipe nationale qu'à sa seule couleur de peau.

 
 

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  • leblon_asm28/09/2013 13:10

    Les quotas n'ont jamais marché, partout où on a tenté de les appliquer, que ce soit dans le sport, les universités, les entreprises, la politique, etc. Comment expliquer à un adolescent blanc qui travaille d'arrache-pied pour réaliser son rêve de gosse de devenir rugbyman professionnel qu'il a le niveau mais qu'il leur faut un noir à ce poste? Et pensez-vous vraiment que ce soit rendre service à un noir parmi les meilleurs à son poste d'être regardé avec défiance comme le produit d'un système démagogique alors que son talent et son travail justifient plus que largement sa place. En disant que les noirs ont besoin de quotas pour intégrer les équipes du rugby de haut niveau, le législateur sans doute bien intentionné envoie pourtant le message qu'ils ne le peuvent pas si la compétition n'est pas biaisée. Un autre problème qui profitera aux autres nations est la baisse du niveau. La catégorie favorisée par les quotas est incitée à fournir moins d'effort pour arriver au top car des places lui sont réservés. L'autre catégorie éprouve envers les instances dirigeantes ressentiment et se décourage de voir qu'il en faut bien plus pour en arriver au même point, et que chaque heure de travail après les entraînements procurent beaucoup moins de résultat selon la couleur de sa peau. La volonté d'aplanir les différences que ce soit pour le baccalauréat ou les équipes du rugby se fait toujours par le bas. Je mets au défi quiconque sur ce forum de me montrer un exemple réussi de quota basé sur des critères raciaux, sociaux, de sexe ou d'origine géographique. Il y a pourtant une façon d'y parvenir : valoriser le talent, le mérite, le travail. Le sport n'a absolument pas à être une sorte de jolie vitrine du pays qu'il représente. Je n'ai aucun problème avec une équipe composée exclusivement de noirs, un gouvernement de femmes, si les membres doivent leur place à leur compétence, à leur vertu, à leur courage, leur abnégation qui leur ont permis de se hisser au-dessus de ceux qui se battaient pour cette place et jouir d'un succès noble et mérité qui ne souffre aucune contestation.

  • Apa6617/08/2013 00:47

    Avant de parler de "racisme antiblancs" faudrait se renseigner sur l'histoire de l'afrique du sud, notamment l'héritage de l'apartheid. Il est stupide de comparer ce pays au notre.

  • DH9616/08/2013 08:22

    Ill manque une info importante qui explique le "pourquoi pas le foot ?" qu'on peut lire ici. Parce que le foot et le cricket, les 2 autres grands sports populaires du pays n'ont jamais été instrumentalisés en tant que représentation de la supériorité de la race blanche par le régime de l'apartheid. Alors que le rugby le fut, lui et que ça reste malheureusement inscrit dans ses gènes. Le rugby sud-africain s'est imposé dès les premières heures de l'AfSud comme le sport, même pas des Blancs mais des Boers. Par opposition aux Anglais et aux Noirs africains. Les Anglo-Saxons ont pu se faire une place tardivement dans les équipes. Les métis, ça peine alors imaginez le temps que ça va prendre pour les noirs. Le rugby en Afrique du Sud est aussi politique que sportif. Même plus qu'en Nouvelle Zélande. Et ce n'est pas comparable avec les autres pays, comme la France, ou ce n'est qu'un sport (pro mais juste un sport) Donc cette histoire de quotas est stupide sportivement, on est d'accord, mais pourquoi les clubs locaux sont-ils pour dans ce cas ? Parce que le contexte sud-africain n'est pas compréhensible avec notre vision française. L'Afrique du Sud actuelle n'a que 20 ans, ne l'oublions pas.