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Les All Blacks ont perdu Carter, McCaw, Nonu et Smith ? Peu importe, ils sont toujours injouables !

Les All Blacks ont perdu Carter, McCaw, Nonu et Smith ? Peu importe, ils sont toujours injouables !

Le 16/06/2016 à 16:15Mis à jour Le 16/06/2016 à 16:20

TEST-MATCH - Face au pays de Galles le week-end dernier, la Nouvelle-Zélande l’a emporté. Rien de nouveau. Sauf que les All Blacks jouaient leur premier match depuis le sacre mondial et le faisait sans Carter, McCaw, C. Smith, Nonu… Mais comment font-ils pour rester injouables ?

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"Il faut que tout change, pour que rien ne change". La phrase quasi-dogmatique de Lampedusa colle bien à la problématique néo-zélandaise du moment. Quel pays pourrait faire oublier en un match les départs de Conrad Smith, Dan Carter, Richie McCaw, Ma’a Nonu ou Keven Mealamu ? Entre la finale de la Coupe du monde et ce test-match de très haut niveau contre le pays de Galles, 11 joueurs différents dans les 23 et 402 sélections en moins dans le 15 de départ. La Nouvelle-Zélande est décidément unique.

  • Manque d’expérience, petit défaut d’intelligence ?

L’image ne trompe pas. 20e minute de jeu : Malakai Fekitoa est sanctionné pour un hors-jeu sur une action relativement anodine du pays de Galles. Le centre se retourne vers son ailier. Incompréhension manifeste : Naholo a oublié de parler à son centre. Les All Blacks viennent de faire une erreur qu’ils auraient pu éviter. Cela fait seulement 15 jours que les doubles champions du monde travaillent ensemble. Et cela se sent.

Un manque de repères collectifs qui s’additionne à un manque de maturité. Et d’intelligence ? Peut-être un peu. Car face à une très bonne équipe du pays de Galles, la Nouvelle-Zélande "new-look" va mettre 60 minutes à comprendre le système défensif des Diables rouges. Une éternité pour une formation qui avait pour habitude de déjouer les systèmes adverses, souvent en moins d’une demi-heure. Pourquoi ? Parce que si Dan Carter et Conrad Smith n’avaient plus leurs jambes de 20 ans, ils restaient (et restent) probablement les deux joueurs les plus intelligents de leur génération. Deux cerveaux qui trouvaient les solutions plus vite que les autres.

Malakai Fekitoa (Nouvelle-Zélande) - juin 2016

Malakai Fekitoa (Nouvelle-Zélande) - juin 2016AFP

Une qualité, qui au passage, tend à disparaitre. Sans tomber trop facilement dans la complainte habituelle "le rugby, c’était mieux avant", force est de constater que cette notion d’intelligence est peu à peu occultée au profit de la toute puissance. Et même la Nouvelle-Zélande semble être tombée - au moins un peu - dans cette dynamique. Illustration avec le tout physique Naholo, incapable de prendre un ballon en l’air ou d’attraper un ballon en dessous du nombril… Mais qui inscrit un doublé et assoit ses adversaires à grands coups de cuisses.

Ce relatif manque de vécu collectif et d’expérience (uniquement deux joueurs en dessous des 15 sélections au coup d'envoi : Naholo et Fekitoa) est une problématique commune à presque toutes les sélections lors d’une année post-Coupe du monde. Cependant, la transition des All Blacks est, elle, légèrement différente. Tout comme le système défensif que la Nouvelle-Zélande a dû mettre en place.

  • Un nouveau système défensif moins gourmand

La Nouvelle-Zélande prévoit tout. Dans l’ombre de McCaw, Sam Cane grandissait tranquillement. Le brassard sur le bras de Kieran Read ne surprend personne : cela fait 4 ans qu’il accompagnait partout son prédécesseur. Nonu arrête ? Pas de souci, Fekitoa arrive à maturité. Comme pour les dents des requins, c'est un mouvement inexorable dans lequel les nouveaux joueurs, affutés, poussent les anciens, plus émoussés, vers la sortie. Retallick a remplacé Thorne, qui avait remplacé Jack, qui avait succédé à Brooke… Historiquement, la Nouvelle-Zélande a toujours eu un temps d’avance sur les départs et des solutions pour les compenser. Seulement, même quand les choses sont prévues, tous les joueurs ne sont pas remplaçables à l’identique.

Kieran Read, le capitaine de la Nouvelle-Zélande - 11 juin 2016

Kieran Read, le capitaine de la Nouvelle-Zélande - 11 juin 2016AFP

Aujourd’hui, le système est plus classique et surtout moins gourmand. Face au pays de Galles, les montées sont restées agressives mais les contests sont devenus bien moins fréquents. Le but n’était pas de provoquer des turnovers au sol, mais de pousser les Gallois à rendre les ballons au pied sur du jeu de pression - ou d’occupation. Une stratégie payante sur l’essai de Naholo. Une approche plus délicate quand Crotty et Fekitoa ont du mal à se comprendre, que la ligne peine à synchroniser ses montées ou quand J. Savea et Naholo multiplient les erreurs en un contre un (5 plaquages manquées à eux deux).

  • Toujours une longueur d’avance

Malgré un nouveau système, 15 jours de vécu collectif et une myriade de joueurs sans expérience (Taminuvalu, Harris, Tuipulotu, A. Savea, Naholo), à la fin, les All Blacks l’emportent de 17 points et par 5 essais à 2. Dur de rivaliser, dur d’exister. Dans le droite ligne de ce que la Nouvelle-Zélande fait depuis près de 10 ans, ce collectif est impressionnant du justesse et de profondeur.

Waisake Naholo (Nouvelle-Zélande) - 11 juin 2016

Waisake Naholo (Nouvelle-Zélande) - 11 juin 2016AFP

Et si l’impression de toute puissance, voir d’invincibilité qui se dégageait de la génération précédente n’est plus tout à fait la même, les Kiwis viennent d’enchaîner… une 39e victoire de rang à domicile ! Et perpétue une invincibilité à l’Eden Park vielle de 22 ans. Il existe un tel écart avec le reste du monde que cette victoire face au XV du Poireau ne rapporte aucun point au classement World Rugby au vainqueur. Les Blacks sont simplement sur une autre planète.

  • Et la France dans tout ça ?

Quel cheminement tortueux ai-je emprunté pour partir de la Nouvelle-Zélande et terminer ma route sur l'équipe de France ? Tout simplement parce que le mètre étalon invite toujours à la comparaison. Où notre rugby se situe-t-il face à la référence ? Réponse sans ambages : loin.

Le plus effrayant n’est pas la domination néo-zélandaise sur le monde, y compris quand elle pourrait être vulnérable. Mais c’est bel et bien le retard évident du XV de France sur le Top 8 mondial qui se révèle vertigineux. Le week-end dernier a été riche en matches : l’exploit irlandais en Afrique du Sud, la performance majuscule du XV d’Angleterre en Australie et cette fameuse victoire néo-zélandaise face au pays de Galles. Aucun des matches ne semblait être à la portée du XV de France et de ce qu'il a produit depuis 5 ans.

La déception de Virimi Vakatawa, l'ailier du XV de France

La déception de Virimi Vakatawa, l'ailier du XV de FranceIcon Sport

Certes, on peut difficilement présumer de la qualité à venir de cette équipe pour une tournée qui se veut expérimentale. Mais il apparait que les Bleus sont à des années du rugby qui fait référence, aussi bien en termes de rythme que de technique individuelle. Cette évidence est trop criante pour se perdre en un débat interminable et stérile : oui, le Top 14 dessert l’équipe de France.

L’équipe nationale pointe à une logique 7e place mondiale. Un XV de France sous la menace directe de l’Ecosse et du Japon. En cas de défaite en Argentine et d’une victoire écossaise au Japon, les Bleus pointeraient à la 9e place au classement World Rugby dès la semaine prochaine. Le plus mauvais résultat pour l’équipe de France depuis l’instauration de ce classement. Une chute inexorable dans la hiérarchie mondiale qui pourrait prendre une ampleur encore plus considérable ce samedi, à Tucuman.

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