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Finale Top 14, Toulon - Racing 92 - Goosen, Halfpenny, Kruger, Armitage : la revanche des oubliés

Goosen, Halfpenny, Kruger, Armitage : la revanche des oubliés

Le 23/06/2016 à 14:30Mis à jour Le 23/06/2016 à 16:03

TECHNIQUE - Des absents des deux côtés, des évolutions forcées au cours de la saison, ce duel entre le Racing et Toulon est une finale qui oppose deux équipes en perpétuelle adaptation. A quoi ressemblent les derniers ajustements, quels seront les joueurs clés de cette finale et les secteurs majeurs ? Analyse.

Si le cadre de la finale du Top 14 sera dépaysant (Barcelone, vendredi 21h), il n’est pas acquis que le grand air catalan bouleverse la donne et change les intentions. Tradition oblige, le bouclier de Brennus se gagne à la force de méthodes séculaires. La recette n’est pas secrète. Une grosse défense, un buteur de qualité, une conquête soignée. Trois secteurs qui, étrangement, sont animés cette année par des joueurs inattendus il y a encore quelques semaines.

Un système défensif reconsidéré ?

Les absents des deux côtés animent largement les échanges - parfois houleux - entres supporters. Impossible d’affirmer de manière péremptoire quels seront les blessés irremplaçables et les absents rédhibitoires dans la conquête du titre. En revanche, les problématiques plus sérieuses et concrètes qui agitent les staffs sont prosaïques : doit-on (ré)organiser un système connu lorsque les joueurs changent ? Une interrogation capitale notamment à propos du système défensif.

D’un côté, le système toulonnais est habituel depuis quelques années : un premier rideau dense (souvent 12 joueurs sur la même ligne, plus deux joueurs libres pour couvrir le jeu au pied et un arrière), un milieu de terrain très puissant (Nonu, Bastareaud, Vermeulen), une stratégie de contest organisée autour de quelques joueurs capables d’avancer au plaquage (J. Smith, Manoa, Guirado) et de gratter (Chilachava, Fernandez-Lobbe, S. Armitage, Bastareaud).

Steffon Armitage (Toulon) a été impérial contre Montpellier - 18 juin 2016

Steffon Armitage (Toulon) a été impérial contre Montpellier - 18 juin 2016Icon Sport

En dépit de leurs qualités évidentes, les absents ne changent pas fondamentalement les choses quant au système. Le RCT devrait s’appuyer sur les hommes qui ont fait le succès du RCT sur la scène européenne ces dernières saisons. Et si on peut évidemment comprendre que jouer une finale serait plus confortable avec Nonu et Vermeulen, les "doublures" ne sont rien de moins que des anciens cadres.

Un bémol malgré tout : Mathieu Bastareaud, probablement plus performant dans le jeu au sol que le double champion du monde Nonu, est en revanche moins mobile. Un point que le Racing 92 ne manquera pas de relever. Et que Laporte ne pourra pas ignorer. Pour éviter certaines situations délicates, un deuxième ou un troisième ligne pourrait parfois défendre plus au large qu’à l’accoutumée.

Ma'a Nonu et Mathieu Bastareaud

Ma'a Nonu et Mathieu BastareaudIcon Sport

Le Racing a, lui, revu une partie de son organisation au fil de la saison. Si le système reste le même et ressemble à ce qui se fait désormais un peu partout (défense agressive, consommation réfléchie dans les rucks, forte pression dans l’axe imposant le jeu au pied à l’adversaire), quelques changements ont néanmoins été nécessaires.

Première spécificité : Dan Carter n’est pas protégé en défense. L’ouvreur ne bénéficie pas du traitement de faveur que l’on réserve parfois aux joueurs de sa trempe sur les premiers temps de jeu. Une décision assumée qui permet à Carter de faire parler l’une des ses qualités : la défense sur l’homme. Ce choix offre la possibilité au Racing de solidifier son milieu de terrain avec un avant supplémentaire - Lauret, Le Roux ou Nyanga - en priorité. Cette organisation permet aussi de conserver une montée agressive sans fragiliser la ligne entre l’ailier et le second centre.

Johan Goosen (Racing 92) face à Pau - 21 mai 2016

Johan Goosen (Racing 92) face à Pau - 21 mai 2016Icon Sport

Mais l’ouvreur s’est imposé au centre grâce notamment à sa capacité à lire l’attaque adverse. Et c’est là tout l’intérêt. A l’image d’un joueur comme Bosch (Saracens) ou Slade (Exeter), Goosen va allier jeu au pied, animation et intelligence en défense. Un joueur complet mais un temps oublié dans la rotation du Racing et qui relèvera son plus gros défi en finale : rivaliser avec la puissance varoise.

Rien que pour cette légère différence concernant les automatismes et le vécu collectif, l’avantage est de peu toulonnais.

Duel de buteurs... n°3 ou revenu de nulle part

Mais c’est une tout autre qualité qui va conforter Laurent Labit et Laurent Travers dans leurs choix. Johann Goosen s’est de nouveau imposé dans le XV de départ notamment grâce à sa capacité à buter de loin. Le Sud-Africain pourrait s’avérer déterminant dans une finale où il semble - sur le papier - le buteur le plus régulier à 50 mètres ou plus.

Même scénario chez les Toulonnais où un autre joueur presque oublié cette saison aura un poids énorme dans cette finale : Leigh Halfepenny. Blessé avant le Mondial, l'arrière gallois a été auteur d’une demi-finale quasi-parfaite. Un retour qui permet de résoudre l’un des rare problèmes constants au RCT cette saison, à savoir la régularité des buteurs. Là encore, le duel des réalisateurs fera vraisemblablement basculer le match d’un côté ou de l’autre.

Dan Carter (Racing 92) - 24 avril 2016

Dan Carter (Racing 92) - 24 avril 2016Icon Sport

Et dur de rivaliser avec Dan Carter dans l’exercice spécifique du tir au but. Mais autant le dire clairement, les deux meilleurs buteurs du monde encore en activité seront sur la pelouse de Barcelone ce week-end.

Parce que Halfpenny n’a disputé qu’un match cette saison, et parce que Dan Carter est en réussite depuis quelques semaines, avantage au Racing.

Un alignement revu et corrigé

Duel aérien entre Romana Graham (La Rochelle) et Juan Martin Fernandez Lobbe (Toulon)

Duel aérien entre Romana Graham (La Rochelle) et Juan Martin Fernandez Lobbe (Toulon)Icon Sport

Un alignement qui pourrait aussi bénéficier de l’apport de Kruger, autre oublié de l’effectif francilien, et qui connait un retour en grâce depuis un peu moins de deux mois. Décisif face à Clermont, réputé pour ses grosses qualités en touche, le futur Toulonnais aura l’occasion de marquer les esprits pour son dernier match en bleu et blanc.

Wenceslas Lauret (Racing 92) - 1er mai 2016

Wenceslas Lauret (Racing 92) - 1er mai 2016Icon Sport

Difficile de tirer la moindre conclusion de ce duel en altitude. L’alignement en touche et la réussite de ses propres lancers dépendent de sa capacité à trouver un ou des joueurs performants dans les airs, mais tient aussi à la stratégie de l’adversaire qui préfère parfois défendre une fois le ballon au sol .

Les ajustements ne seront pas aussi aisés en mêlée fermée, un secteur qui devrait une nouvelle fois être relativement pénible pour les acteurs, spectateurs, entraîneurs et arbitres. Le manque de repères collectifs ne seront pas aussi flagrants que dans d’autres phases de jeu. Mais les mêlées étant ce qu’elles sont devenues, honni soit l’équipe qui voudra en faire une rampe de lancement correcte plus qu’une usine à pénalités. Malheur à celle qui sera dominée et qui devra regarder l’adversaire soulever le bouclier. Dans ce secteur, la lutte s'annonce formidable. A condition que les taupes barcelonaises apprécient le rugby hexagonal.

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