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Pierre Berbizier: "Les Italiens regardent vers la France avec une certaine admiration"

Berbizier: "Les Italiens regardent vers la France avec une certaine admiration"

Le 13/03/2015 à 15:05

Avant Italie-France, qui mieux que Pierre Berbizier pouvait apporter son éclairage sur cette confrontation, lui qui a été sélectionneur des deux équipes. L'ancien demi de mêlée du XV de France (56 ans, 56 sélections) s'est longuement confié. Première partie de cet entretien.

Italie-France se profile se dimanche. Vous connaissez bien les deux équipes pour en avoir été le sélectionneur, quel regard portez-vous sur cette rencontre ?

Pierre BERBIZIER: Ces confrontations entre ces deux nations sont toujours un peu particulières dans la mesure où pour les Italiens, les Français sont les meilleurs adversaires. C’est une équipe qui est très proche d’eux. De plus, ils ont souvent fait appel à des entraineurs français. Ils regardent vers la France avec une certaine admiration.

On voit une équipe italienne avec des moyens inférieurs à ceux des Français. En revanche, l’envie, le cœur et la solidarité semblent être du côté transalpin...

P.B: Il y a tout de même un certain savoir chez eux. Aller marquer trois essais en Angleterre, trois autres en Ecosse, ce n’est pas rien. Ils ont vécu une période assez difficile en enchainant les défaites mais ils ont su se remobiliser. Pour eux, le Tournoi des 6 nations reste un évènement important où ils ont besoin de montrer le meilleur d’eux-mêmes. J’avais constaté et j’apprécie de voir leur évolution. Pour le rugby italien, cette fenêtre internationale est primordiale afin d’exprimer et de montrer tout son potentiel auprès des médias et du grand public.

Que manque-t'il à cette sélection italienne pour être très proche des meilleurs nations de l’hémisphère nord ?

P.B: Il leur manque cette expérience internationale. Elle est rentrée dans le Tournoi en 2000 et rappelez-vous combien de temps il a fallu à l’équipe de France pour remporter son premier Tournoi. Aujourd’hui, l’Italie arrive à rivaliser avec les meilleurs mais battre ces nations à chaque coup, ce n’est pas évident. Après, ils sont en manque de joueurs avec un potentiel quantitativement limité (environ 10 000 seniors tous niveaux confondus) et la conséquence est qu’à certains postes, c’est assez restreint. Depuis la charnière Troncon-Dominguez, ils n’ont pas réussi à retrouver une charnière de haut niveau tout comme au poste d’arrière.

On pourrait rajouter une troisième composante avec l’absence d’un championnat national compétitif...

P.B: On parlait de leur manque d’expérience à haut niveau, cela en fait aussi partie. La Fédération italienne ne donne que cette expérience à ses joueurs pratiquement qu’au niveau de l’équipe nationale. Il ne reste plus qu’une équipe présente dans la grande Coupe d’Europe, une autre dans la seconde Coupe d’Europe et en Ligue celte, ce qui est maigre. Sachant que le club de Trévise a diminué son budget par deux alors que c’était l’équipe phare du rugby italien. Il en est de même pour les Zebre de Parme. Ils ont très peu de moyens et très peu de possibilités pour accéder au rugby de haut niveau.

Pierre Berbizier, du temps où il entrainait l'Italie - 2006

Pierre Berbizier, du temps où il entrainait l'Italie - 2006Icon Sport

" Le mal français, c'est que nous n’avons jamais fait le vrai bilan de la Coupe du monde 2011 et ni celui de 2007 d’ailleurs"

L’absence d’une compétition nationale digne de ce nom et le manque de couverture, de relais des médias transalpins ne jouent pas en leur faveur non plus...

P.B: Pour avoir ce championnat, il faut une médiatisation c’est évident mais celle-ci arrivera qu’avec des résultats. Dans les années 90, des stars internationales venaient jouer dans le championnat italien mais ce n’est plus le cas d’où sa faiblesse actuelle.

Abordons à présent notre sélection nationale. Dans toute l’histoire de l’équipe de France, pensez-vous que depuis trois-quatre ans, nous vivons la plus mauvaise période ?

P.B: Ecoutez, c’est sans doute une des pires périodes de l’équipe de France. Le mal français, c'est que nous n’avons jamais fait le vrai bilan de la Coupe du monde 2011 et ni celui de 2007 d’ailleurs. Le problème du rugby français au niveau des Bleus, c’est qu’à chaque fois, ce sont des coupures et non des transitions. Un des maux de cette équipe est indirectement lié à la dernière Coupe du monde où il y avait déjà eu des problèmes notamment de comportement me semble-t'il. A la fin, tout le monde disait que nous étions champions du monde sur la finale et on l’a cru car on aurait pu la gagner évidemment. Cependant, quand vous perdez trois matchs dans une telle compétition, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas et cela n’a jamais été analysé. Nous sommes restés sur cette finale de 2011 avec le souvenir que nous devions être champions car nous avions été volés. Nous sommes repartis avec un nouveau staff, une nouvelle équipe mais à chaque fois, on repart de zéro. Des états généraux avaient eu lieu juste après le Mondial où les derniers sélectionneurs (entre autres) avaient été invités et je pensais que c’était l’occasion de transmettre notre expérience mais on n'en a jamais parlé. Au lieu d’aborder les problèmes, traduire les expériences de chacun, il fallait faire une belle opération de communication. On a trop souvent tendance à penser que c’est la communication qui va nous faire gagner et j’ai toujours cru l’inverse en priorisant l’action et la concentration sur cette dernière. Ce qui débouchera sur de la communication.

On a beaucoup parlé de l’arrivée massive de joueurs étrangers dans nos championnats, jouant souvent à des postes clés et que cela pouvait être préjudiciable pour l’équipe de France. Partagez-vous ce sentiment Pierre ?

P.B: Sans doute que cela a une incidence. Maintenant, il y a 40% de joueurs étrangers donc je me dis que les 60% de Français restants, c’est la majorité par la logique des chiffres et que dans ces 60%, il y a quand même une base suffisamment solide de joueurs nationaux par rapport aux autres nations, exceptée l’Angleterre. Tout le monde dans sa communication vend le Top 14 comme le meilleur championnat du monde donc il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des joueurs étrangers qui viennent récupérer l’économie de ce championnat en grande partie. Après, ils viennent souvent en fin de carrière, joueurs comme entraineurs, afin de profiter de la qualité de vie en France et de son argent. On a aussi voulu cela donc il faut accepter les contres-parties. Toutes les autres nations se mettent des lois protectionnistes et récupèrent l’économie du rugby français. Nous, nous faisons l’inverse alors ne nous étonnons pas et acceptons.

Retrouvez ce vendredi après-midi la suite de l'entretien...

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