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Rugby - Analyse technique: Pourquoi maîtriser le rythme, c'est maîtriser le match

Pourquoi maîtriser le rythme d'un match, c'est en contrôler l'issue

Mis à jourLe 24/02/2016 à 13:18

Publiéle 20/01/2016 à 14:54

Mis à jourLe 24/02/2016 à 13:18

Publiéle 20/01/2016 à 14:54

Article de Pierre AMMICHE

Les équipes en font une quête absolue. On la cherche, on la veut, on veut la garder… Mais au fond, qu'est-ce que la "maîtrise"? Et plus encore, comment faire du rythme une arme? Aussi redoutable quand on le dompte que dangereux quand on le subit, le rythme du match est un allié précieux et un ennemi absolu.

"Le plus nécessaire et le plus difficile dans la musique, c'est le tempo". Wolfgang Amadeus Mozart, qui n'a pourtant jamais pu être un amateur de rugby, mettait sans le savoir et près d'un siècle avant la création du notre sport, le doigt sur la difficulté majeur de l'ovalie: le rythme. Savant amalgame de plusieurs facteurs (vitesse de libération, temps de jeu effectif, discipline) la première question est simple: qu'entend-on réellement avec la notion de "rythme"?

  • Impression visuelle, sensation réelle

De manière caricaturale, on peut définir le rythme comme étant le témoignage de la vitesse d'un match. Il ne s'agit ni d'un algorithme scientifique, ni d'un instrument de mesure, ni même un synonyme d'intensité, qui lui se rapproche d'avantage d'une impression de puissance physique. Ainsi, un match peut être très intense mais sans aucun rythme (exemple avec les phases finales de Top 14, où l'importance du combat et de la défense prennent outrageusement le pas sur les volontés offensives). A l'inverse, le rythme peut exister sans véritable intensité, comme dans certains matchs du Super Rugby ou de l'ITM Cup.

Maitriser le rythme peut donc être assimilé à l'idée de contrôle de la vitesse d'un match. Nous sommes assez éloignés de la notion de possession ou d'occupation, deux statistiques habituelles mais finalement inintéressantes. Là encore deux exemples: lors du match entre la France et la Nouvelle-Zélande (13-62), les chiffres sont équilibrées (52% d'occupation et 51% de possession seulement en faveur des All-Blacks). A l'inverse, malgré ses 60% de possession, l'Afrique du Sud s'incline face au Japon lors de cette même Coupe du monde (défaite 34-32).

Aaron Smith (Nouvelle-Zélande) face à la France lors du Mondial
Aaron Smith (Nouvelle-Zélande) face à la France lors du Mondial - Icon Sport

Le rythme est donc davantage une sensation liée directement à la vitesse de libération de la balle, au faible nombre de fautes et/ou de mêlées et au seul critère objectif et quantifiable: celui du temps de jeu effectif. "Contrôler" le rythme, c'est maîtriser la délicate et inévitable alternance entre temps forts et temps faibles.

  • Maître du temps, maître du match

En réalité, contrôler la vitesse d'un match est déterminant. C'est pouvoir faire durer ses temps forts le plus longtemps possible, empêcher l'adversaire d'être décisif sur les siens en réduisant la "fenêtre de tir", c'est être capable de ralentir le rythme après un carton, d'en insuffler quand l'équipe en face est en difficulté… Maîtriser le temps, c'est maîtriser le match. Ni plus, ni moins.

Kieran Read (Nouvelle-Zélande) face à l'Argentine lors du Mondial
Kieran Read (Nouvelle-Zélande) face à l'Argentine lors du Mondial - Icon Sport

Illustration avec, encore une fois, la meilleure équipe du monde. Face à l'Argentine, la Nouvelle-Zélande va réussir ce que personne d'autre n'aurait été capable de faire: à 14 contre 15 pendant 17 minutes (et même à 13 contre 15 pendant 3 minutes!), les Blacks ne vont encaisser que… 6 petits points. Comment? En appliquant, la stratégie la plus simple et la plus adaptée: occupation, discipline et conservation.

  • Comment maitriser le tempo ?

Si l'on part du postulat qu'avoir la maîtrise du rythme d'un match est en avoir la clef, il est primordial de tout faire pour dicter le tempo d'une rencontre. Pour cela, plusieurs instruments. D'abord, le jeu au pied. L'arme idéale pour changer le rythme d'un match. D'un côté, le jeu au pied de pression (chandelles, box-kick) pour accélérer le tempo du match. De l'autre, le jeu au pied d'occupation pour tenter d'en ralentir la cadence. Logique implacable: sortir le ballon du terrain est un bon moyen de stopper le fil d'une rencontre.

Luke Marshall (Ulster) - janvier 2016
Luke Marshall (Ulster) - janvier 2016 - Icon Sport

Deuxième moyen de maitriser la vitesse: avoir le contrôle sur le rythme… des sorties de balle! Ralentir les sorties adverses sur un moment faible et accélérer ses propres libérations sur un temps fort, prendre tout son temps sur les ballons chauds qu'il faut contrôler et pousser l'équipe adverse à sortir les ballons dans la précipitation quand elle est en difficulté. En somme: faire du ballon une arme à double tranchant, utile quand on le possède et redoutable pour l'adversaire quand il croit le maîtriser.

Enfin, dernier moyen de garder le contrôle du rythme: la discipline. Se mettre à la faute, c'est perdre la maîtrise à la fois du ballon et du tempo. En revanche, pousser l'adversaire à concéder des pénalités et une bonne manière d'avoir la mainmise sur la vitesse. Et d'imprimer celle de son choix.

  • Bilan

L'exemple pour comprendre et résumer au mieux la notion de maîtrise est le dernier match de Toulon face aux Wasps. Dépassé dans le jeu et dans l'intensité pendant près d'une heure, le RCT n'est pas le roi de la Coupe d'Europe par hasard. Au moment fatidique, Toulon va mettre le pied sur l'accélérateur: l'entrée de Sébastien Tillous-Borde, plus frais, la capacité du RCT à conserver la balle sur de longs temps de jeu sans se mettre à la faute et le raté total de Simpson et son très mauvais jeu au pied direct en touche qui précipite la chute des Abeilles… Le RCT gagne sur un "braquage". Mais suite à une fin de match où Toulon a su maîtriser le rythme et forcer la décision.

Frédéric Michalak (Toulon) - 17 janvier 2016
Frédéric Michalak (Toulon) - 17 janvier 2016 - Icon Sport

A l'inverse, Clermont va perdre un match qui va lui échapper petit à petit. L'ASM va dominer en termes de possession et d'occupation mais ne maitrisera jamais ce match. En grande partie à cause de la discipline (15 pénalités), de la conversion des temps forts en points (24e, 45e, 52e, 75e) et d'un jeu au pied parfois incertain (35e, 49e).

En somme, dicter le rythme n'est pas une garantie absolue de victoire. Mais celui qui donne le tempo d'un match se donne le droit d'en contrôler plus facilement l'issue. Subir la vitesse d'un match est un cauchemar, qu'aucun joueur n'aime vivre et qu'aucun staff ne peut accepter. En revanche, imposer son propre rythme est un plaisir. Une joie fragile, liée à la fragilité de cette maîtrise. Car comme certains matchs, quand on croit le tenir, il s'échappe.

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