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JO 2016 - Rugby : revenu bredouille de Rio, le 7 français va devoir se poser les bonnes questions

Rentré bredouille de Rio, le 7 français va devoir se poser les bonnes questions

Le 12/08/2016 à 14:42Mis à jour Le 12/08/2016 à 15:06

RUGBY A 7 - Si près mais si loin du dernier carré, les Bleues et les Bleus du 7 n'ont pas réussi l'exploit de ramener de Rio une petite breloque dont ils rêvaient. Pour améliorer la compétitivité des deux sélections et le développement de la discipline en collaboration avec le XV, des discussions sont nécessaires. Petit état des faiblesses du rugby à 7 français, le tournoi des Jeux désormais fini.

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A l'identique. Avec des larmes. Beaucoup de larmes. De chaudes larmes... A trois jours d'intervalle, même scénario et mêmes scènes pour les Bleues et Bleus du 7 en quarts de finale des Jeux Olympiques. Les premiers du rugby à 7 qui à Rio n'auront donc pas vu de Tricolores sur le podium. Logique respectée à la vue des classements mondiaux respectifs de la saison. Mais immense déception. Ou frustration plutôt.

Si près du dernier carré, mais au final si loin de la médaille tant rêvée... Exploit envolé. Contre le Canada côté féminin comme face au surprenant Japon pour leurs homologues masculins, tous ont eu la place. Mais ils ont finalement manqué l'opportunité. Cruelle désillusion. Triste élimination.

Les larmes de Camille Grassineau

Les larmes de Camille GrassineauIcon Sport

Mercredi soir pourtant, Terry Bouhraoua et sa bande de gros bosseurs ont tout donné. Comme les filles de David Courteix dimanche, leur détermination à tout épreuve, leur rage même, n'a pas suffi. Ancien entraîneur des Bleus Sevens, Thierry Janeczek n'a pas trop compris comment ce quart de finale a échappé aux Français. "Ça ne se joue à pas grand chose", embraye ce pur spécialiste.

"En deuxième mi-temps, on ne réussit pas à sortir de notre camp, on tient en défense mais on subit trop, on manque un peu d'agressivité et on ne récupère pas de ballon au sol. Mais avant cela, je regrette ce ballon de récupération tapé en touche avant la mi-temps, où il aurait peut-être fallu enfoncer". L'ancien septiste Jean-Baptiste Gobelet rebondit : "Il y a eu quelques erreurs tactiques et de coaching qui coûtent cher".

Les sélections tricolores à 7 sont-elles limitées ?

Trop nombreuses imprécisions techniques pour les filles, choix stratégiques parfois plus que discutables côté garçons, les causes sont multiples et seront disséquées. Mais en vain, puisque les deux sélections se sont laissées endormir, avant de terminer aux 6e et 7e places. Leurs limites ? Alors qu'une breloque des Bleus aurait pu donner un élan nouveau au développement (en cours) de la discipline, ce résultat illustre plutôt les faiblesses des sélections tricolores et donc du 7 national.

Les larmes de Stephen Parez

Les larmes de Stephen ParezIcon Sport

Parce qu'au final, les Français(es) sont à peu près au rang qui est le leur à l'année. "Cela reste un très belle aventure malgré tout, mais il faudra en tirer les conclusions", résume Thierry Janeczek, à l'aube d'un nouveau cycle de quatre ans, et les changements qu'il implique.

Le désormais responsable de France Développement nuance : "Même si ce résultat ne valide pas tout, la croissance du 7 ne va pas s'arrêter pour autant. Ce jeu a largement sa place, encore plus en France où on a l'esprit du jeu. Et il prend, le tournoi Paris a été un vrai déclencheur. Mais on doit maintenant réussir à utiliser les meilleurs jeunes à 7".

Optimisme mesuré. Niveau compétitivité, le cœur du débat se situe notamment sur le niveau des acteurs actuels. Les deux équipes de France qualifiées pour les Jeux, l'objectif du premier projet olympique fédéral a pourtant été validé. "Mais maintenant", ajoute Janeczek, "il faut essayer d'aller plus loin". Avec quel type de rugby(wo)men alors, même si la jeunesse du groupe (créé en 2014) limite le débat chez les filles ?

La déception des Bleues à Rio

La déception des Bleues à RioIcon Sport

Sur quels joueurs baser le projet 2020 ?

Parmi les joueurs et joueuses actuel(le)s figurent certains des meilleurs spécialistes nationaux du 7. Sont-ils suffisants ? Faudra-t-il pour 2020 aller chercher les meilleurs rugbymen français ? Les discussions ne devraient pas manquer, alors que les brefs essais de quinzistes n'ont jamais été assez concluants. "Mais on ne pourra pas avoir les meilleurs", coupe néanmoins court Janeczek.

"Peu choisiraient le 7, et la Fédé ne peut pas être un 15e club de Top 14, rival des grosses cylindrées. En revanche, les jeunes de notre formation ont parfois une période d'attente avant d'intégrer les pros en club, et c'est là où il faut que l'on cherche pour les intégrer à un groupe fixe de 8 ou 10 cadres". Une proposition intéressante dans le contexte actuel et devant la formation folle qu'offre le circuit mondial. Pour un avenir à 7 ou 15.

En parallèle, l'ensemble de la croissance du 7 qui doit continuer à prendre une nouvelle ampleur. La belle médiatisation des JO devrait dans la foulée du tournoi de Paris attirer de nouveaux pratiquants, mais le reste de la pyramide devra suivre. "Le réservoir du Sevens est creux, avec une élite professionnelle et une base très réduite en terme d’éducateurs et formateurs mais surtout de joueurs, par manque de détection et de compétitions", décrypte Gobelet.

Le jeune Sacha Valleau, plein d'avenir

Le jeune Sacha Valleau, plein d'avenirAFP

Il propose : "Une détection dans les milieux scolaires - à travers l'UNSS - et d'autres sports comme l’athlétisme devrait être prépondérante". Pour grandir à 7, le rugby français doit se repenser dans son ensemble. Pour se développer en collaboration avec le XV. La discussion lancée par la piètre Coupe du monde 2015 doit ainsi l'intégrer.

Comment construire une collaboration avec le XV ?

Si elle n'a pas permis de monter sur un podium au JO, la situation du 7 s'est déjà grandement améliorée depuis le début du projet olympique, voilà plus de six ans. "A mon époque, c'était très dur de constituer une équipe, qui se faisait souvent par défaut, au prix de grosses négociations et concessions auprès des clubs", se souvient l'ancien sélectionneur. "Et le premier stage qu'on a pu faire en rassemblement, c'était en 2005 pour une Coupe du monde à Hong Kong. Là, le staff a des joueurs à disposition, tout a vraiment évolué. Et ça continuera forcément, le 7 sera de plus en plus pris en compte parce qu'il amène au rugby". Faut-il que tout le monde le voit ainsi, alors que d'autres nations olympiques arrivent rapidement au premier plan à 7.

Julien Candelon (France 7) - 11 août 2016

Julien Candelon (France 7) - 11 août 2016Icon Sport

Désormais joueur de San Diego, Gobelet joue la comparaison : "Les Etats-Unis ont fait l’inverse de la France en structurant une base solide et en injectant une grande partie du budget dans la formation dans le milieu scolaire et universitaire, tout en finançant l’élite professionnelle avec le secteur olympique".

Le danger vient de là. Avec un groupe sous contrats et des salaires de septistes parmi les meilleurs du circuit, la France n'est pas en retard. Mais il faudra une vraie réflexion dans les mois à venir pour que les Bleu(e)s intègrent avec régularité le haut du tableau. Qu'ils ne soient plus seulement des outsiders ou des équipes à (rares) exploits. "Et pour trouver des solutions, il faudra composer avec les clubs et la Ligue, le faire intelligemment, en partenariat", répète Thierry Janeczek. Alors, le 7 de France et le XV de France, même combat ?

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