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PRO D2 : La savoir-faire de Didier Faugeron

La savoir-faire de Faugeron

Le 06/10/2017 à 16:51Mis à jour Le 06/10/2017 à 17:12

PRO D2 - Didier Faugeron, manager de Massy, retrouve dimanche le Biarritz Olympique qu'il a dirigé durant 18 mois entre décembre 2012 et juin 2014. L'occasion de revenir sur le parcours d'un technicien au parcours atypique.

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"Aujourd'hui, on est dans le faire-savoir, pas dans le savoir-faire." Cette phrase, c'est Didier Faugeron qui l'avait balancé il y a quelques années alors qu'il était en fonction au Stade français. L'actuel manager de Massy évoquait alors le positionnement de certains entraîneurs, très médiatiques. Chez lui, le verbe est rare, les mots sont comptés. Le regard supplée souvent la parole. Il est de la race des taiseux.

"Je n'aime pas trop la lumière" souffle-t-il. Pas le genre à se répandre dans la presse, ni pour se mettre en avant, ni cracher dans la gamelle. Le grand barnum médiatico-rugbystique, il l'a vu naître, grandir. Didier Faugeron est l'un des plus anciens entraîneurs encore en poste dans le monde professionnel. Cette carrière, il l'a embrassé sans le vouloir. C'était en 1995 chez lui, à Brive.

Le pompier de service

Propulsé du jour au lendemain à la tête d'une équipe qui remportera cette saison-là le challenge Yves-Du-Manoir et finira finaliste du championnat, battu par le Stade toulousain (20-13), Faugeron enfile déjà le costume de "pompier de service" en s'alignant sur la feuille de match en demi-finale et finale, faute de joueur valide. "C'était l'idée de Moscato", se souvient-il avec le sourire. Cette étiquette va lui coller à la peau. Sur les sept clubs qu'il dirigera, trois fois il débarquera en cours de saison (Stade français, Bayonne, Biarritz) pour "sauver les meubles". Aujourd'hui, il s'en accommode, tant bien que mal.

" J'ai été torpillé de l'intérieur"

Mais dans tous les clubs où il est passé, Didier Faugeron a marqué un peu de son passage. Il est toujours en contact avec de nombreux joueurs croisés ici ou là. A Paris, Julien Dupuy dit qu'il est "l'un des meilleurs techniciens" qu'il a connu. Faugeron est un adepte de jeu de mouvement. Et souvent, ça plaît. Mais le Corrézien traîne une blessure au fond de lui. Elle date de la saison 2006/2007 et son passage a Agen.

L'ancien Parisien Hugo Bonneval, aujourd'hui à Toulon

L'ancien Parisien Hugo Bonneval, aujourd'hui à ToulonGetty Images

A deux journées de la fin, il est remercié par le président Tingaud. "Je peux en parler librement désormais, mais c'est François Gelez (ouvreur du SUA à l'époque, ndlr) qui s'est trouvé des talents d'entraîneur et qui a tout fait pour me faire virer, confesse Faugeron. Aujourd'hui, les gens peuvent juger ses talents d'entraîneurs... (Il a été écarté de l'USAP au cours de la saison dernière, ndlr). J'ai été torpillé de l'intérieur." La blessure est vive, les mots sont au diapason.

" Je dois beaucoup à Didier"

Il a donc pas mal bourlingué, Didier Faugeron. Il a même connu le championnat Honneur à Malemort (1997-2001) où il vivra quatre montées en quatre ans pour atteindre la Fédérale 1. Puis, retour à Brive pour cinq années durant lesquelles il lance de nombreux jeunes et replace le CAB parmi l'élite. Le premier match de Damien Chouly au plus haut niveau, c'est lui. Il lance aussi des garçons comme Valentin Courrent ou Yves Donguy. Faire confiance aux jeunes, c'est sa marque de fabrique. Lors de son passage au Stade français (2009-2011), il permet à Hugo Bonneval de faire ses premières armes. Un exemple parmi d'autres. "Je dois beaucoup à Didier", répète souvent l'arrière du RC Toulon. A Biarritz, il sera également le premier à faire confiance à Teddy Thomas, futur international...

Faugeron, formateur dans l'âme

Le Biarritz Olympique, justement, parlons-en. Dimanche, "La fauge" fera face à l'un des clubs dans lesquels il a exercé durant plus de dix-huit mois (2012-2014). "J'en garde un bon souvenir malgré la descente, dit-il. On avait fait avec les moyens du bord. Beaucoup de joueurs avait quitté le club à l'intersaison et on s'était appuyé sur de nombreux jeunes."

Là encore, il aligne régulièrement des gamins sur ses feuilles de match : Alban Placine, Mathias Marie, Romain Ruffenach, Geoffrey Sella, Yann Lesgourgues, Tanguy Molcard... "C'est quand même plaisant d'accompagner des mômes vers le haut niveau", se réjouit-t-il. Faugeron est un formateur dans l'âme. Puise-t-il une fierté à contempler la carrière de certains de ses anciens poulains ? Il souffle puis rétorque : "Disons que j'ai le sentiment d'avoir servi à quelques-chose." Et d'ajouter : "Tout est question de dosage. Faire jouer des jeunes juste pour les faire jouer, c'est inutile et dangereux. Il faut le faire à dose homéopathique. Ne lancer que des jeunes dans une équipe, c'est les mettre en danger."

Didier Faugeron

Didier FaugeronIcon Sport

A Massy, avec qui il a retrouvé le monde professionnel à l'issue de la saison dernière, il poursuit son œuvre. Son goût pour la formation colle parfaitement au projet sportif, mais aussi social du club de l'Essonne. "Certains gamins de banlieue écoute mieux l'entraîneur que d'autres formes d'autorité, glisse-t-il l’œil amusé. C'est donc un régal de les voir grandir et progresser." Dimanche sur la pelouse d'Aguiléra, son équipe affichera encore une moyenne d'âge inférieure à 25 ans en comptabilisant les 23 joueurs de la feuille de match.

Objectif : faire un coup à Biarritz

Même en première ligne, il s'appuie sur son jeune talonneur Youri Delhommel, seulement 21 ans, et déjà quatre titularisations en six journées. "Je regrette simplement qu'on ne puisse pas les garder, peste Faugeron. On sait que les gros clubs vont nous piller en fin de saison." En attendant cette échéance, le RC Massy Essonne de Didier Faugeron entend bien poursuivre sur sa lancée. Quinze points lors du premier bloc de six matchs ont placé le club francilien à la sixième place du classement. Et Didier Faugeron qui connaît bien le contexte basque pour s'être assis sur le banc du BO et de l'Aviron par le passé, de conclure : "On peut faire un coup à Biarritz, je suis bien placé pour savoir qu'ils ont déjà tous la tête au derby qui se jouera le week-end d'après."

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