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Frier: "Des gens préféraient voir Bourgoin mourir plutôt qu’exister sans eux"

Frier: "Des gens préféraient voir Bourgoin mourir plutôt qu’exister sans eux"

Par Rugbyrama
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Dernière mise à jour Le 01/07/2012 à 10:49 -
Par Rugbyrama - Le 01/07/2012 à 10:49
Julien Frier, ancien troisième ligne, fut l’un des capitaines emblématiques de Bourgoin. Il a passé plus de dix ans au CSBJ et y a fini sa carrière l’année dernière. Il revient le cœur lourd sur la situation du club isérois qu’il assimile à un désastre.

Julien, quel a été votre premier sentiment une fois la relégation du CSBJ confirmée mardi ?

J. F. : (Il soupire) J’ai été partagé entre plusieurs sentiments. D’abord la tristesse. La tristesse de voir le club auquel tant de monde est attaché couler de cette façon car il représente quelque chose de fort pour beaucoup de joueurs. Mais je suis moins triste pour les dirigeants car c’est de leur faute si le club en est arrivé là. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. C’est peut-être un peu rude ce que je dis mais je sais que beaucoup d’anciens doivent partager mon opinion ce week-end. Quand on gère aussi mal un club, il ne faut pas s’étonner des sanctions. Cela fait plusieurs années que c’est difficile.

Lorsque vous étiez encore joueur, vous sentiez que le couperet allait tomber ?

J. F. : Je le pressentais. Pourtant, j’avais envie d’y croire. Vous savez, il y a trois ans, j’étais capitaine et on nous a demandé de baisser nos salaires de 17% pour la survie du club. On a accepté mais, en contrepartie, on voulait un vrai projet, surtout avec l’économie d’un million réalisée grâce à la diminution de la masse salariale. Finalement, rien n’a été fait. Des solutions ont été proposées mais les gens en place, guidés par leur égo et leur envie d’exister ont continué à gérer le club à leur façon. C’était voué à l’échec.

Vous pensez à quels dirigeants précisément ?

J. F. : Je ne veux pas donner de nom. Ce serait leur faire de la pub, les mettre en valeur. Ce que je peux dire ce que des personnes préféraient voir le club mourir plutôt qu’il continue à exister sans eux.

"Avec Olivier Milloud, on s’est fait ‘flinguer’"

Vous partagez donc le sentiment de trahison qui anime des joueurs aujourd’hui ?

J. F. : Oui, les promesses n’ont pas été tenues. Le pire, c’est que les dirigeants ont communiqué pour clamer qu’ils avaient trouvé l’argent. Moi, j’étais toujours sur la réserve. Avant la commission d’appel de la FFR (qui s’est réunie mardi pour rendre sa décision, N.D.L.R.), ils ont organisé une soirée pour remercier les donateurs. Pour eux, c’était réglé ! Je suis donc déçu pour les joueurs mais en même temps ça fait trois/quatre ans qu’ils sont dans 'ce bordel', comment continuer à faire confiance à des dirigeants incompétents ? Ce qui est sûr c'est que c’est un désastre. J’ai peur que beaucoup de joueurs restent sur le carreau.

Même si la LNR acceptait d’allonger la période de mutation (close depuis le 15 juin) pour les Berjalliens ?

J.F.: Ce serait une très bonne chose mais beaucoup de clubs ont fait leur recrutement et les joueurs du CSBJ ont été pris en otage par leurs dirigeants. En plus, il y a des gens dans l’administration qui vont aussi perdre leur travail. Si tout le monde avait fait son boulot, on n’en serait pas là.

Selon vous, les problèmes ont commencé suite au désengagement de Pierre Martinet ?

J. F. : Oui, depuis, le club a vécu au-dessus de ses moyens, avec des déficits chaque année, sans que les passifs ne soient comblés. Les organisations qui se sont succédées, c’était tout sauf du professionnalisme !

Avez-vous proposé vos services ?

J. F. : Depuis que je suis parti il y a un an, non car je ne suis pas parti en très bons termes… Lorsqu’il a fallu baisser nos salaires, en tant que capitaine je devais faire passer la pilule au groupe et finalement, on s’est sacrifié pour rien. Avec Olivier Milloud, on a essayé d’apporter des solutions pour faire vivre le club mais on s’est fait "flinguer". On nous a dit au revoir la saison dernière en nous faisant comprendre que plus on resterait éloigné du club, mieux ce serait.

"Allez savoir si le club ne va pas déposer le bilan et se retrouver en Fédérale 3…"

 

Vous avez entamé une formation de management sportif. Vous voyez-vous entraîneur de Bourgoin prochainement ?

J. F. : J’ai rejoint Eric Catinot (son ancien coach au CSBJ) à Chalon. L’équipe vient de monter en Fédérale 1 et il y a un joli projet pour amener le club en Pro D2 dans les années à venir. Parler de moi à Bourgoin est donc prématuré. On verra plus tard. Penser au CSBJ, ça fait surtout mal au ventre en ce moment.

Comment imaginez-vous l’avenir du club ?

J. F. : Déjà, ce n’est pas encore sûr qu’il soit en Fédérale 1 la saison prochaine. Il va falloir proposer un budget. Mais avec quels joueurs ? Il y a des contrats à honorer. La Fédérale 1 serait un moindre mal mais allez savoir si le club ne va pas déposer le bilan et se retrouver en Fédérale 3...

Finalement, serait-ce une mauvaise chose pour le CSBJ d’évoluer en Fédérale 1 la saison prochaine après toutes ces années d’atermoiements. Vous avez joué à Grenoble qui a connu une relégation administrative en 2005 et vient de monter en Top 14.

J. F. : C’est vrai que descendre a permis au FCG d’identifier les erreurs commises et de reconstruire le club. Mais à Bourgoin ça va prendre beaucoup de temps car ce n’est pas le même potentiel économique que Grenoble. Alors, si le FCG a mis sept ans pour revenir en élite, imaginez pour Bourgoin…