Pro D2

Les pas perdus d’un coach

Retrouvez chaque mercredi "Les pas perdus d'un coach", la chronique d'Henry Broncan, l'entraîneur du FC Auch-Gers.

 
La chronique de H. Broncan - Rugby - Pro D2Midi Olympique
 

Jeudi 15 Février.-

Monté à Paris avec le Président Bernard Laffitte, pour la seconde fois, je suis conduit auprès d'un (futur?) partenaire... Un de ces immeubles à bureaux près de la bibliothèque Mitterrand. Service de sécurité, hôtesse classe, badges électroniques, cinquième étage, grandes baies vitrées sur Paris et moi, sans cravate, en jean mais rasé et sans casquette : à l'aise comme si je jouais goal, au Stade de France, devant Ronaldinho tirant un penalty.

Surprise ! Monsieur le Directeur de la communication est un amoureux du rugby ! C'était la même chose il y a huit jours, en Languedoc, avec le Manager Général d'une autre entreprise. Le rugby entrouvre de plus en plus de portes...

Paris, ce jour là, a sorti sa tenue de gala : ciel bleu et beau soleil d'hiver sur l'Arc de Triomphe. Deux chauffeurs de taxis sur trois comprennent que nous sommes du rugby. Ils nous parlent d'Auch et du FC Auch Gers. Avec Bernard Laffitte on se prendrait facilement pour d'Artagnan !

Déjeuner avec un ami, le radiologue B.R., de Lamazères, mon pays. Il insiste lourdement sur la prévention du dopage. Le cancer de demain ? D'aujourd'hui ?

Vendredi 16 Février.-

Retour de Paris et rendez-vous chez le Maire à 8 heures du matin. Je n'ai pas du tout apprécié une interview dans un quotidien local : à la question "Le FCAG, en TOP 14, bonne ou mauvaise chose ?", le premier magistrat répond : "Les deux". Colère ouverte. Je me souviens de mon LSC, de mon maire de Samatan. Je le devine répondre à la même question et délivrer un formidable message d'enthousiasme. Une citation de Villars à son Roi : "Je vais combattre les ennemis de Votre Majesté et je vous laisse au milieu de mes ennemis". Nul n'est prophète...

Entraînement de 17h30, après le travail : Thierry Brana, touché à la cheville avec l'équipe de France des moins de 21 ans, ne pourra pas jouer dimanche contre Oyonnax. J'aime beaucoup ce joueur talentueux et modeste. Prêté par le Stade Français, je voudrais le conserver dans nos rangs la saison prochaine. Hier à Paris, j'ai rencontré son agent jovial, ouvert. Bonne impression...

Samedi 17 février.-

Départ 7 heures pour le plus long voyage de la saison. Mon capitaine, Raphaël Bastide -auprès de moi depuis 1994 (une seule séparation d'une petite année) - râle parce qu'on n'a pas choisi l'avion et, bien sûr, il influence ses partenaires qui tirent la g... Moi j'aime le car. Combien d'heures de bus ai-je accomplies depuis le début de ma carrière ? J'y suis dans ma bulle avec les dirigeants que j'apprécie le plus, les joueurs et les entraîneurs que j'ai choisis. Pas de médias, pas de supporters, pas de parents, pas de copines : ils sont à MOI !! Les cartes, la lecture, les jeux vidéos, le visionnage de deux matchs d'Oyonnax, l'amitié de Mme le chauffeur, une maman pour moi. Pardon, une petite soeur!

Entraînement et déjeuner à Nîmes, au stade Kaufmann. A côté de nous, le rugby club prépare son déplacement à Chalon-sur-Saône, en play-offs de Fédérale 1. Revu avec plaisir les anciens de Montpellier : Valls, Tacchella, Saladié (formé à Auch... à Montesquiou !). Sur les murs du "DROP", des photos de Chabowski, Andrieu, Langlade, B.Vives... A part le dernier, ce sont les trois-quarts du coq, mes joueurs l'ignorent. Un ancien vient évoquer un Nîmes-Mirande en 1973 en Fédérale 3. Pour moi, le souvenir d'avoir affronté Popaul Dedieu, "la petite sentinelle". Rugby Eternel.

Arrivée en fin d'après midi à Nantua, camp de base sur le lac, paysages de mes TP d'étudiant en géographie... Mon manager toujours attentionné veut me faire changer de chambre, sans doute par crainte que je ne puisse pas gravir les trois étages. Mais le patron de l'établissement insiste : "A la 312, il y a un cadeau pour Henry Broncan". C'est un carton de Mac Vin, un floc de Haut Bergey laissé par Eric Catinot, l'entraîneur adverse de demain . D'habitude on partage le repas de la veillée d'armes ; cette fois il a décidé de partir avec son équipe dans le Jura, à Lons-le-Saunier, pour une mise au vert. Je lui adresse un texto ironique : "bonne nuit mon petit". Demain il recevra une bouteille d'Armagnac. Armagnac contre Mac Vin, je pense avoir gagné !

Dimanche 18 février.-

Réveil musculaire sur le stade de Nantua, les joueurs poursuivent les doléances : "P... de voyage en car, mal au dos, pas de jambes..." Si mauvais match, excuses avancées...

Charles Mathon est plein jusqu'à la gueule. France 3 et bandas, drapeaux rouges et noirs (tiens !), ici aussi, soleil et ciel bleu... Il pleut à Auch ! Bonjours aux anciens auscitains, Jérôme Baradat et Laurent Salies, hirsutes, yeux cernés, regards perdus, sourires crispés. Match âpre, rugueux, gros engagement, combat de mêlées et de touches, jeu au pied, rucks impitoyables... De la vraie Pro D2. Au milieu excellent arbitre même s'il nous refuse un essai valable de Nicolas Bontinck : la vue fatiguée d'un de ses assesseurs !

16 à 16 : s'il n'y avait pas la TV, on aurait pu croire à un match arrangé... En près d'un demi siècle de rugby, je n'ai pas connu un seul match arrangé!! Accolade d'Eric Catinot, l'ami. Par pudeur, je ne dévoilerai pas son texto envoyé le matin de la rencontre : il m'a fait chavirer le coeur ! Avec lui, je me revois avec vingt ans de moins, la même fièvre passionnelle pour comprendre notre sport. A propos si vous connaissez le rugby, donnez moi son adresse.

Lundi 19 février.-

Repas de midi avec deux dirigeants du TOP 14, deux présidents, l'un du monde du rugby, l'autre du monde de l'entreprise, unis pour faire avancer leur club : "De l'audace", mot clef, désir d'avancer, de se projeter sur trois ans. Discours ambitieux mais clair. Dans ma tête, je revois mon départ du LSC, il y a neuf ans : la perte d'amis très chers, des déchirures profondes jamais cicatrisées. A 63 ans, puis-je me lancer dans la dernière aventure sportive de ma vie ? Jeudi, j'irai réfléchir sous mon chêne de Theux.

P.S. : Ségolène sifflée par les enfants de Marcoussis ! Comment est-ce possible? Comment peut-on, dans son environnement, autour d'elle, commettre autant de maladresse? L'enfant est bon public... Ségolène a eu, je crois, quatre enfants. Quel gâchis !

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 - Rugbyrama
 
 
 
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