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Philippe Guillard: "Le cinéma, c'est comme un match de rugby"

Guillard: "Le cinéma, c'est comme un match de rugby"

Mis à jourLe 20/01/2015 à 15:32

Publiéle 19/01/2015 à 14:20

Mis à jourLe 20/01/2015 à 15:32

Publiéle 19/01/2015 à 14:20

Connu comme homme de terrain sur Canal+, Philippe Guillard l'est moins comme rugbyman alors qu'il fut pourtant champion de France avec le Racing en 1990. Co-créateur de la marque Eden Park, "la Guille" a ensuite perpétué à la télévision ses nombreuses facéties, puis s'est tourné vers la littérature et le cinéma. Rencontre avec ce touche à tout, plein d'humour et de sincérité.

Quelles sont vos occupations depuis la sortie "Le fils à Jo" en 2011 ?

Philippe GUILLARD: Après le film, je suis revenu travailler deux ans à Canal+ sur le bord du terrain. C'était ma première priorité car j'avais envie de revenir dans la famille. Cela me permettait de bien garder les deux pieds au sol dans ce milieu qui est dangereux pour la tête. En même temps, comme "Le fils à Jo" avait bien fonctionné (1 270 000 spectateurs NDLR) et que l'on m'a proposé de faire un deuxième film, j'ai commencé à ruminer, à penser au sujet de ce dernier. J'ai pris du temps notamment pour digérer mon premier film, ce qui était important pour moi. Il m'a fallu évacuer car je n'avais pas l'intention de refaire un film sur le rugby. J'ai resigné un deuxième film que j'ai écrit à partir de 2013 ("On voulait tout casser" sort le 3 juin 2015 NDLR). J'ai aussi fait plein de choses à côté comme apprendre à cuisiner japonais, faire des plats thaïlandais… j'essaie de faire des progrès en cuisine.

Vous aviez déclaré faire le tour de la Concorde "à poil" si vous dépassiez le million d'entrées avec votre premier film. Le pari a-t-il été tenu ?

P.G: (Rires) Bien sûr ! On l'a fait avec Olivier Marchal (réalisateur, acteur NDLR) devant 150 potes qui étaient à la fois les mecs du "Fils à Jo" et des mecs du rugby de Paris. Nous étions à une soirée Avenue Foch donc nous l'avons fait dans le quartier. A vrai dire, on a fait que la moitié car le tour de l'Arc de Triomphe fait trois cent mètres et il faut être en cannes ! Je ne m'en étais pas rendu compte et au bout de cent mètres, on était à la rue d'autant plus que nous venions de faire un peu la "bringue" (rires). Mais on l'a fait.

Avez-vous retrouvé des points communs entre le métier de journaliste et celui de réalisateur de cinéma ?

P.G: Oui parce que c'est un sport collectif et c'est aussi une activité collective. J'écris seul mais les comédiens, les techniciens et tous les gens présents sur le film apportent un peu leur patte et d'un seul coup, cela fait quelque chose de complet. Ça ressemble à un match de rugby où je retrouve les gros de devant qui portent la caméra, les travellings, les grues… des mecs souvent épais, costauds avec beaucoup d'abnégation. Et puis derrière, tu as les trois-quarts que sont les comédiens, les mecs un peu plus soignés que tu retrouves à la fin en très grand cinémascope sur le grand écran. Au cinéma comme au rugby, on est une équipe. Chacun a une petite mission mais chaque mission est importante et rend l'équipe solide ou pas. Il faut être bon individuellement pour le collectif. La principale différence entre les deux activités sont que si tu es mauvais un dimanche au rugby, tu peux te rattraper le dimanche suivant alors qu'au cinéma, si tu es mauvais sur un film, il faut attendre quatre-cinq ans avant de pouvoir en refaire un autre.

" Notre aventure en 90 était assez particulière avec des facéties lors des matchs comme boire le champagne à la mi-temps de la finale contre Agen au Parc des Princes"

Qu'est-ce qui a été le plus fort pour vous: lever le bouclier de Brennus avec le Racing Club de France en 1990 ou votre premier succès au cinéma avec "Le fils à Jo" ?

P.G: Le bouclier, sans problème. Quand on voit la difficulté pour l'obtenir... Et puis notre aventure à cette époque était assez particulière avec des facéties lors des matchs comme boire le champagne à la mi-temps de la finale contre Agen au Parc des Princes. Nous avions fait dix ans ensemble et c'était le couronnement d'une bande de mecs. Tout cela mis bout à bout amène un poids affectif très costaud.

Philippe Guillard (Racing) face au Stade toulousain - avril 1988
Philippe Guillard (Racing) face au Stade toulousain - avril 1988 - Icon Sport

Ne pas avoir goûté au maillot du XV de France après votre saison et votre titre avec le Racing en 90, est-ce une déception pour vous ?

P.G: J'ai été retenu pour les sélections France Universitaires et France Militaire car j'étais au Bataillon de Joinville. Je me suis rendu compte très rapidement que, vu les ailiers qui étaient en équipe de France, le peu de matchs à l'époque et le faible turn-over, j'avais le niveau en dessous des Bonneval, Lagisquet, Lafond… J'étais à ma place en fait. Au Racing, c'était déjà miraculeux pour moi d'avoir ma place. Je venais de petits clubs et j'ai signé au Racing à 21 ans. Pour moi, le Racing c'était l'équipe de France ! J'arrive en première division après avoir connu les échelons inférieurs donc c'était le bonheur et j'étais au "taquet". Et puis, je n'ai pas fait tous les efforts nécessaires et même en les faisant, je n'aurais pas joué. Nous avions quasiment les meilleurs ailiers de France et du monde.

Si vous deviez changer une chose dans votre parcours, quelle serait-elle ?

P.G: Rien ! Mes amis m'appellent "le Truman Show" (film américain de 1998 NDLR). J'ai l'impression que tout est écrit pour moi. Je suis un miraculé et je ne sais vraiment pas ce qu'il s'est passé dans ma vie. J'ai joué au rugby dans un grand club, j'ai fait de la télé, je fais du cinéma… et il y a un moment où je me dis que des mecs vont venir me voir en me disant "c'est fini, tu peux rentrer. Le jeu est terminé, on remballe. C'était très marrant mais maintenant on a choisi quelqu'un d'autre". Je ne peux rien changer et ne veux rien changer dans mon parcours… si ce n'est le décès de ma mère quand j'avais 19-20 ans. J'aurais tellement aimé qu'elle soit vivante. Elle m'a inculqué beaucoup de choses mais elle n'en a pas profité. Ah si, après réflexion, ce que je regrette dans ma carrière, c'est d'avoir appris trop tard que pour récupérer, il fallait se mettre dans une poubelle à glaçons. Nous, à l'époque, les glaçons ne servaient que pour l'apéro. Le lendemain du match, on nous enfermait une "plombe" dans un sauna en nous disant "ça fait partir les toxines". Et nous, on se demandait toujours pourquoi à l'entrainement suivant, on se sentait "mou" du quadriceps. Si j'avais su qu'après les matchs, il fallait se mettre dans un congélateur au lieu de rentrer dans un four, peut être que j'aurais été plus fort… Ça tient à peu une carrière, juste à des glaçons (rires) !

Est-ce utopique de vous voir vous investir dans un club de rugby professionnel ?

P.G: Ah non, j'aimerais bien. Il faudrait m'inventer un poste en fait (rires) car je n'ai aucune connaissance du rugby d'aujourd'hui. S'il fallait me donner un rôle, ce serait faire la "colle UHU" c’est-à-dire que si ça part en cacahuète, j'aimerais bien arriver pour recoller les morceaux. Il y a un petit côté que j'aime bien dans les rapports humains. Alors pas dans les ressources humaines car le DRH (Directeur des Ressources Humaines) est très mal vu dans les boîtes. Je me verrais mieux dans la peau d'un "Directeur des Réserves Humaines". Au départ du "Fils à Jo", Lanvin et Marchal étaient fâchés et j'ai donc recollé les morceaux. Je ne vais pas rentrer dans tous les détails mais j'aime bien quand deux mecs ne s'aiment pas mais sans savoir pourquoi. J'aime bien être au milieu, que l'on se parle tous ensemble afin de recréer une dynamique. Je le fais à travers les films et j'aime ça. L'aventure humaine de mes films compte autant pour moi que le résultat final.

Philippe Guillard en compagnie de Thomas Castaignède - octobre 2008
Philippe Guillard en compagnie de Thomas Castaignède - octobre 2008 - Icon Sport
" Lafond, c'était un surdoué du rugby, un mec génial sur le terrain mais également dans la vie"

Vous avez rencontré et côtoyé tous les joueurs du rugby français: quel est celui qui vous a le plus marqué par sa personnalité globale ?

P.G: Si je prends en compte tous les critères, je pense qu'il s'agit de Jean-Baptiste Lafond. C'était un surdoué du rugby, un mec génial sur le terrain mais également dans la vie. Et il l'est toujours. C'était un fou furieux. J'ai habité avec lui pendant trois ans et ça marque. C'est un des premiers mecs que j'ai vu en signant au Racing et il m'a gentiment pris sous son aile comme on fait avec un petit frère.

Quel est votre jugement et votre regard sur le Top 14 ?

P.G: Déjà, je ne le juge pas, je le regarde. Je pense qu'il a tellement évolué que je ne peux pas me reconnaitre dans ce rugby-là. J'adore quand je connais les joueurs, leurs parcours mais depuis deux ans, je suis moins assidûment qu'auparavant. Je ne suis pas ébloui si ce n'est par le jeu des All Blacks. J'espère que l'aventure humaine des joueurs est aussi forte que la nôtre sinon il ne leur restera plus que l'aventure sportive. Ce n'est pas un jugement car j'aime regarder le rugby mais parfois, j'ai l'impression qu'ils jouent tous un peu de la même façon. Et si je devais jouer à l'aile à notre époque, je serais obligé de manger des épinards car les ailiers sont trois fois plus costauds et rapides qu'à notre époque. De notre temps, c'était le "pinard", aujourd'hui, ce sont les épinards (rires). En revanche, je déteste entendre, comme certains anciens, dire qu'à leur époque, ça jouait davantage ou mieux… ce qui n'est pas vrai. De nos jours, un ailier touche plus de ballons en un match que nous en une saison. Et encore, j'avais la chance de jouer dans une équipe qui pratiquait beaucoup de jeu. Donc, à cette époque, on aurait joué dix fois plus et le problème pour certains anciens comme d'autres d'ailleurs, c'est qu'il aurait fallu défendre dix fois plus et ça… on aurait bien rigolé.

Le Racing-Metro 92, votre club de coeur, de retour sur le devant de la scène, cela doit être une grande joie pour vous...

P.G: Oui c'est super de voir ce club en haut de l'affiche et de voir ces couleurs faire partie de l'élite du rugby français. Évidemment que sa position me réjouit et que je me sens très solidaire d'eux.

A l'échelon international, que vous inspire l'équipe de France ?

P.G: Beaucoup d'inquiétude. Quand les mecs vont partir trois mois pour se préparer à cette Coupe du monde, ils en reviendront avec un appétit important et une forme physique s'approchant de celles des nations du sud. A ce moment-là, on ne pourra parler de l'équipe de France que quand les acteurs seront dans cet état de forme optimale. Pour l'instant, les mecs ont du talent mais ne sont pas au top physiquement pour rivaliser avec les grandes nations. Des mecs blessés, d'autres qui jouent trop car symbole de leur équipe, ceux qui ne jouent pas ou peu car limités par la présence des joueurs étrangers en club… La dernière fois, je rigolais car dans un journal sportif datant des années 80, il y avait déjà des titres "Où va l'équipe de France?". Depuis ce temps-là, trente-cinq années se sont écoulées et on en est toujours là. Mais on arrive toujours à s'en sortir car quand on est dos au mur et quand les acteurs de ce jeu sont en pleine forme physique, on peut aller en demie-finale, finale et après sur un match… Mais il est vrai que cela me laisse beaucoup d'inquiétude car nous n'avons pas encore trouvé la régularité anglo-saxonne. Nous sommes encore un peu trop romantique mais c'est aussi ce qui fait notre charme. On pourra toujours faire du professionnalisme total et totalitaire mais il y aura toujours un petit côté romantique français qui fera que nous serons capables de perdre contre les Tonga et de gagner les All Blacks. Ça toujours été ainsi avec notre équipe nationale. Et quand une tendance se répète, elle devient une vérité.

Philippe Guillard avec le président du Stade français, Thomas Savare
Philippe Guillard avec le président du Stade français, Thomas Savare - Icon Sport
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