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La chronique de Villepreux

La chronique de Villepreux

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 21/05/2009 à 09:40
Le tournoi à 7 de l'Ecole Centrale et sa conférence sur la relation action individuelle-action collective a inspiré notre chroniqueur.
 

L"Ecole Centrale de Paris vient d"organiser son tournoi international de rugby à 7. Les matchs se sont déroulés sur le terrain de jeu de l"établissement, au sein même du complexe de vie et d"études des étudiants. Excellente initiative qui permet de ressentir l"engagement et la sensibilité de cette grande Ecole vis-à-vis du Sport et du rugby en particulier. Ouvrir cette compétition à des universités étrangères n"est pas neutre et relève d"un processus à la fois de communication et d"information, qui a bien sûr, via le rugby à 7, d"autres enjeux.

Les Centraliens, élèves de 2e année, avaient organisé pour l'occasion une conférence sur un thème captivant: "de l'individuel au collectif" à laquelle assistèrent tous les étudiants des huit équipes présentes et leur encadrement. Etaient conviés à livrer leurs réflexions sur ce thème qui touche le management sportif et celui de l'entreprise, des cadres d'entreprises de chez Thales et Altran, ex-élèves de l'école et pour le rugby, Pierre Berbizier, Henri Broncan et moi-même. Chacun a pu se faire une idée de la complexité de la relation action individuelle-action collective et de la synergie nécessaire et essentielle pour accéder à la performance et tout en même temps des similitudes existantes et/ou des potentialités utilisables dans le management rugbystique et celui en entreprise.

Les cadres abordèrent le sujet sur le plan de la culture d'entreprise, des valeurs et principes utiles, de la force d'une vision collective, pour manager dans un environnement qui comme le jeu n'est pas aussi stable qu'il n'y parait. Les techniciens approchèrent le thème plus spécifiquement. Le projet de club, sa cohérence la consistance de management qui va avec pour Pierre Berbizier; Henri Broncan le traita de manière imagée, plus anecdotique; quant a moi, je choisis de partir du jeu de mouvement pour faire émerger l'indissociabilité des deux concepts. La variété de la réflexion sur le thème n'en fut que plus intéressante et riche et n'a pas manquer de faire apparaître les nombreuses passerelles entre la gestion des hommes en entreprise et celle d'une équipe de rugby.

Mon choix et ma réflexion n'étaient pas neutres, puisque le jeu, son aspect tactique et technique, a toujours été pour moi la priorité dans laquelle, il me semble, s'inscrit la performance du joueur et de l'équipe, à condition d'accepter que le jeu doit être compris comme la résultante de l'action individuelle et du produit des actions individuelles (le collectif). Dit autrement, le jeu est la conséquence de "la confrontation de choix individuels dans le cadre d'un système collectif d'interdépendance."

Dans cet esprit , il s'agit alors de savoir comment chacun donne du sens à ce qu'il fait pour que les actions des uns et des autres se combinent entre elles, s'articulent avec pertinence au système global, celui qui unit, de manière "contradictoire" le mouvement d'attaque et de défense. Pour les utilisateurs du ballon, cette mobilisation collective prend du sens par rapport à la prise de décision du porteur de balle qui devient de fait le PDG de la situation. Peut-on concevoir au sein d'une entreprise de déléguer tout ou partie de ses responsabilités en laissant aux opérationnels suffisamment de liberté pour devenir l'acteur décisionnaire derrière lequel vont s'engager, sans ordre hiérarchique, tous les autres ?

En rugby, l'action du porteur de balle est référentielle, pas seulement pour les utilisateurs du ballon mais aussi pour les adversaires et chacun de son point de vue va envisager comment logiquement va évoluer la situation et si chacun lit bien le jeu avec les mêmes références, on entre dans une cohérence d'interactions qui est la clé de voûte de la performance collective. Cette compréhension de la situation (ce qui se passe) permettra de "se comprendre". Mais pour qu'il en soit ainsi faut-il encore que le joueur porteur de balle bénéficie de la liberté suffisante pour choisir l'option de jeu qui lui parait la meilleure. Ce degré de liberté que pense avoir le joueur va conditionner sa décision et la prise de risque qui va avec. Ce qui pose en rugby, comme en entreprise, le problème de l'autonomie que chaque joueur pense avoir compte tenu des contraintes qui sont imposées. Celles-ci en fonction de leurs importances freineront ou faciliteront les initiatives et le processus créatif.

Si le jeu actuel se révèle bien souvent monotone et monocorde, c'est qu'il se situe dans un carrefour alambiqué entre un système de contraintes qui limite tout en même temps, le "pouvoir de faire" tant individuel que collectif. Au moment où l'entreprise est à la recherche d'une nouvelle dynamique de management, le rugby s'embourbe dans un jeu de plus en plus programmé. Le nombre d'essais inscrits cette saison dans le top 14 diminue, c'est un symptôme qui ne trompe pas même si ce n'est pas évidemment la seule explication.

J'ai, une fois de plus, bien apprécié le rugby à 7 lors du tournoi de Centrale, c'est certainement aussi parce que ce jeu mobilise différemment les joueurs et leur rend une autonomie que le XV tend de plus en plus à leur faire perdre et ce n'est pas seulement un question d'espace disponible.

La victoire des "Barbarians" représentatifs de plusieurs universités parisiennes, (équipe sans réelles repères collectifs) contre la sélection nationale Universitaire d'Afrique du Sud super favorite fut inattendue mais fit apparaître les limites tactiques des Sud-Africains et un manque certain d'adaptation, dimension qui n'était pas apparue forcement dans les matchs précédents où le rapport de force étaient trop inégal.

 
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