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La chronique de H. Broncan

Henry Broncan, le manager du SU Agen, revient sur le premier match du Fidjien Rupeni Caucaunibuca depuis son retour, le week-end dernier à Lyon. C'est comme si vous y étiez...

 
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Samedi 6 décembre

Le LOU se tapit dans l'ombre de l'O.L de Benzema et de Govou. Ici, il est plus question du Président Aulas que du Maire Colomb, du Stade de Gerland que de la galerie de La Part-Dieu. Pourtant Vuillermet un peu restauré –une mauvaise langue dirait "rafistolé" - accueille une assistance plus dense que d'ordinaire. "Il" doit y être pour quelque chose. "Il", c'est, bien sûr, la vedette fidjienne…Dans le "Petit Bleu", Bertrand Chomeil, le nec plus ultra de l'ovale, a cité Christian Lanta parlant de "talent" à propos de Rupéni ; dans ma bouche, il aurait entendu "classe" et de son côté le journaliste au coeur greffé bleu et blanc écrit "l'artiste". De mon côté, je préciserai "acteur" car Caucau, si sollicité, si devant la scène, si exposé médiatiquement, est un remarquable cabotin.

Sa représentation débute dès son arrivée au stade car il sait tous les regards braqués sur lui ; avant son retour, l'adversaire mirait le bus ; maintenant il attend la perle noire ; même son échauffement est un spectacle : les pieds qui traînent et la tête aux Fidji…Par contre, les voyeurs ne se trompent pas, négligent l'en-but de leurs favoris et se massent côté Agenais d'autant que ce soir de décembre s'y dégagent les effluves alléchantes des saucisses grillées. A la boutique du SUA, il faut vite recommander des maillots portant le n° 11. Ici, les vendeurs de la buvette doivent refaire leur stock car autant se garnir l'estomac en mirant la vedette. Je suis sûr que Christian surveille son oiseau des îles au cas ou l'envie lui prendrait de sauter la barrière pour aller commander un cornet de frites !

Raphaël Saint-André et Mathieu Lazerge, les plus jeunes coachs de Lyon, n'ont pas fait dans la demi mesure pour contenir la star : c'est un ailier junior, totalement inconnu, vingt ans à peine, même pas professionnel, même pas inscrit sur les listes de la Ligue, même pas sur la photo officielle de début de saison qui s'y "colle". Un gamin, vous dis-je, l'insouciance et l'arrogance d'Hébé. Bon choix sans doute : du temps de la splendeur de Caucau, Remy Grosso, tout en "bricolant" l'ovale le dimanche après-midi, devait, le mercredi soir, pousser derrière l'O.L dans Gerland comble et, quand ses favoris étaient au Parc ou à Chaban-Delmas, il filait admirer les paniers des basketteurs américains de Villeurbanne. Alors, pour lui, Caucaunibuca ou Griffoul de Narbonne –son vis-à-vis du week-end précédent – c'est pareil ! Aussi, quand le gamin touche son premier ballon, à la 15', il défie le monstre, lui enfonce l'épaule dans le ventre et…le renverse ! Le public, un peu anesthésié par le froid, se réveille, s'emballe, s'extasie, encense son ailier, jette l'opprobre sur l'idole à terre : "Il est fini ! Pourquoi sont-ils aller chercher ce bouffon ?"

Le "bouffon" se relève en souriant, se replace, dos tourné au ballon, regagne son domaine des 5 mètres de large ; son regard semble se perdre une nouvelle fois par delà le Rhône. Le meilleur ailier du monde ridiculisé par un junior ! :Xavier Fiard se relève du banc où l'a expédié un carton jaune mérité pour un rucking-stamping –la merveilleuse nuance de l'IRB- sur Cyril Chavet. Le pilier gauche est un retors et malgré un physique pas très adapté au poste –trop grand, trop fin et dos voûté – il n'est pas une sinécure pour ses vis-à-vis. A 2' de la mi-temps, il est temps qu'il reprenne le jeu car ses partenaires, à 14, souffrent mille maux devant les coups de boutoir de la bande à Badenhorst.

Les coachs du LOU se débattent avec l'arbitre n°5 pour hâter le retour de leur numéro 1. Touche sur la ligne médiane. A la sortie, les Agenais enchaînent au milieu du terrain ; regroupement, Mathieu Barrau éjecte rapidement, Culine exécute parfaitement le leurre, ballon à Fonua…Depuis le début de saison, Opéti, maintenant privé de foie gras et donc quinze kilos en moins, explose régulièrement, à chaque charge, deux ou trois joueurs avant de passer par le sol sans passer son ballon ce qui lui vaut les critiques de ceux qui savent tout faire à partir du moment où ils sont assis dans les tribunes.

Pourquoi, cette fois-ci, va-t-il avant de tomber, servir, impeccablement, la vedette fidjienne ? Vous connaissez la réponse…Grosso oublie de garder son aile et "colle" au secours de son troisième ligne pour maîtriser les bras du Tonguien. Celui-ci parvient à les dégager malgré le double serrage et, aux 40 mètres, la Mitre est dans les mains de l'Evêque – les mêmes rondeurs que notre clergé au Moyen-âge- Reste à franchir le rempart de Fourie, cet arrière venu du Cap de Bonne Espérance, 1,90m, 105 kilos, deux grands pieds et des mains tentaculaires…

Je vous jure que j'avais rêvé, la veille, dans l'impeccable hôtel Ibis de Gerland, d'un essai marqué par Caucaunibuca ; au matin, j'avais cherché à comprendre les causes de ce songe ; explication presque logique : lors du déplacement, dans notre voiture qui servait de balai à Paul, le chauffeur n°1 des cars Pascal, François, le kiné et donc le confident –confesseur du joueur- m'avait lâché : "Rups m'a dit qu'il allait changer son jeu : au lieu d'esquiver ses adversaires, il allait leur rentrer dedans et les exploser". Dans la nuit, j'avais donc vu Caucau percuter violemment le dernier défenseur avant de s'affaler dans l'en-but. Je crois bien que Fourie a fait le même rêve car, bien campé sur ses cuisses, il attend fermement le choc. Celui-ci ne viendra jamais : feinte pour prendre l'extérieur, crochet intérieur et le "sud-af" se retrouve sur les fesses sans avoir seulement effleuré ce qu'il pensait être sa proie ; pas le temps de se retourner ; l'autre, princier, royal, fidjien, est déjà en train de glisser son ventre rebondi car gavé d'essais, dans l'en-but, celui où les saucisses continuent d'exhaler leurs odeurs. De dépit, un centre lyonnais jaloux, envieux, râleur, viendra essuyer ses crampons sur le dos de l'artiste s'attirant la colère immédiate du "logeur" Djalil Narjissi.

Pour les spectateurs neutres, le match sera fini : "circulez, il n'y a plus rien à voir "… Côté supporters d'Ovalie 47, il faudra attendre le trille final de Mr Gonthier pour enfin respirer tant la pression lyonnaise activée par l'entrée brillante de Brice Salobert sera pesante dans les dernières minutes.

Long retour, huit heures de rang, première victoire à l'extérieur, premier essai de Rups : un rêve ? Je me souviens de cette citation de je ne sais plus qui : "Il ne voulait plus vivre sa vie, il voulait vivre ses rêves". Merci Caucau…

 - Rugbyrama
 
 
 
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