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La chronique de H. Broncan

La chronique de H. Broncan

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 15/10/2008 à 17:35
Retrouvez la chronique toujours aussi passionnante d'Henry Broncan, manager du SU Agen, qui a meublé la trêve avec des balades et un titre de champion de France Espoirs de rugby à 7...

Lundi 6 octobre

Le soleil décline sur le chêne de Theux ; j'ai demandé à la vieille dame de m'y accompagner comme au temps des anciennes processions de St-Eutrope. Elle a vu plus de couchants que moi mais je suis heureux de la voir s'extasier devant le spectacle renouvelé ; ses yeux gardent cette acuité des vieilles paysannes pour qui la nature n'avait aucun secret : au Nord, ses presque 90 automnes distinguent la chapelle romane de Vicnau et malgré la brume qui enveloppe les Pyrénées, elle cite les principaux pics de la chaîne…Les Seychelles, les Marquises, les Iles sous le vent, le Kilimandjaro et la Tour Eiffel sont, parait-il plus beaux que nos coteaux et nos vallées, parce que j'en suis ignorant, ce soir, je ne peux pas le croire.

Descente vers St-Michel par la côte de St-Elix assombrie par la forêt dont les branches se joignent au-dessus de la route. Elle ne s'étonne pas : « Ici, on a toujours été dans le noir, dit-elle. Quand nous revenions la nuit, en vélo, des bals de Montaut ou de Ste-Dode, nous avions tous un peu peur. » Seuls les coureurs du Tour de France, l'été d'avant, avaient sans doute apprécié, malgré la dureté de la montée, sur leurs casquettes, la fraîcheur des ormes, des hêtres et des chênes.

Au village, le boulanger résiste aux industriels du métier. L'après-midi, sa sagesse l'autorise à n'ouvrir qu'à partir de 18 heures. Sieste et promenade constituent ses préoccupations jusque là. Elle lâche : « Qu'il sent bon, ce pain…Tu te souviens de Jean-Paul Baux quand il travaillait là ? « Bien sûr que je me rappelle de ce vigoureux talonneur, pilier droit qui avait débuté avec moi à l'US Mirande en juniors avant de se rendre au CA Lannemezan où il avait constitué avec Dumas et Rodrigues une terrible première ligne championne de France Reichel. Par la suite, lui aussi, est passé par Agen et par l'équipe de France. Je l'avais retrouvé, il y a une quinzaine d'années, du côté de l'Isle-Jourdain, toujours boulanger.

Sur la place du village, le crépuscule est consacré à la pétanque. Retrouvailles avec Louis, l'ancien arrière de l'USAM et de l'OM , un demi-frère » ; avec lui, un copain de lycée, jamais revu depuis l'adolescence et pourtant resté entre Miélan, St-Dode –un temple protestant qui intriguait les convictions religieuses de mon enfance - et Trie – le merveilleux marché des cochons - .

La douceur de mon pays, les mains qui parlent, les sourires qui taquinent, les yeux qui « malicent ».

Sur le retour, la forêt de Berdoues, paradis des champignonneurs, des cavaliers, des joggeurs et des amoureux ; le souvenir de rencontres avec Jacques Dufilho reprenant possession de son pays entre deux séjours parisiens.

Mardi 7 octobre

A midi, je rends visite au collège de Mézin où un professeur d'EPS, formé dans le 93, enseigne avec toute sa foi le rugby qu'il aimerait voir pratiquer plus tard. Ils sont près d'une vingtaine de gosses dont 2 filles à jouer en compagnie d'un surveillant, d'un professeur de Sciences Physiques et d'un professeur de mathématiques. Ce dernier m'est bien connu puisque originaire de Gimont, il est venu dans les années 90, au Lombez-Samatan Club pour remporter un titre de champion de France Balandrade contre Argelès sur mer. Chez les catalans, Thomas et Mathieu Lièvremont conduisaient la barque. Chez nous, Lacrouts tenait la mêlée, Michel Rieu dirigeait le pack, mon fils et Nicolas Roussel animaient en demis, Dulong remontait les ballons mais c'est le plus modeste d'entre eux, l'ailier Péres, qui, en suivant un coup de pied inattrapable qui nous donna le Bouclier. C'était une belle après-midi de mai sur le stade de Villefranche de Lauragais. La défaite fut amère pour les supporters méditerranéens qui s'en prirent à l'arbitre pyrénéen Mr Bakus. Les caméras de la TV régionale centrèrent leur reportage sur l'évènement au détriment du bonheur de nos petits du LSC.

Aujourd'hui les enfants sont loin de ce genre de confrontation : d'abord à toucher, puis à tenir, ils prennent du plaisir sous l'&oeligil bienveillant du Principal et d'un supporter inconditionnel du SUA : « J'étais à Aiguillon, à Pau, à Tarbes et je serai demain à Nérac…mais pourquoi y a-t-il autant de coups de pied ? Avant, on jouait beaucoup plus à la main ! « … Les deux filles quittent précipitamment le « match » : Mme X la professeur d'anglais- ne veut pas que nous arrivions en retard « les autres participants dépassent un peu le temps de la récréation. Tant pis – tant mieux ?- pour le cours de Maths et celui d'Histoire…On se croirait quelques années plus tôt au Collège de Samatan avec les Pierdona, Gendre…ou bien au collège Carnot avec les Peyrusse, Seron etc…

Ce soir, je suis à Tahiti…ou presque c'est-à-dire à Sérignac à deux pas du canal et à l'ombre de ce clocher torsadé enjeu d'une confrontation légendaire entre St Pierre et le Malin. Le SUA par l'intermédiaire de Georges et de Gilles a recruté deux jeunes tahitiens. Le père de l'un d'eux est de passage dans la métropole ce qui me vaut après le IAORANA collier de coquillages, le He'ipupu puis une douce mélopée sur le ukulélé, une chanson tendre sur cette fleur, la Pu'a dont la bise fraîche du matin disperse le parfum dans la vallée, et l'invitation pour un séjour en Polynésie « si tu viens chez nous, tu n'en repartiras jamais ! « Maururu et Vana !

Le maître des lieux, l'autre Gilles, l'interrogateur préféré de nos multiples rendez-vous, bien aidé par son épouse, a mis les grands plats et un bon Pellehaut ; je découvre Anania, jeune voisin aux yeux brûlants, déraciné certes mais déjà accroché aux rêves de Garonne, études d'abord mais rugby tout proche, de l'ambition mais beaucoup d'humilité, oncle parti des îles jusqu'en Suisse, découverte de tonnes de neige aux vacances de Noël…Dehors, les trombes d'eau tambourinent sur les roses d'octobre.

Mercredi 8 octobre

Entraînement décentralisé – le deuxième- au pays d'Henri IV. Installations sportives remarquables. A l'accueil Olivier Campan encore plus vert qu'à l'époque où son engagement semait la terreur sur les arrières de l'hexagone. A 14 heures, Narjissi, Carabignac, Monribot, Dupuy, Miquel et Cabarry encadrent l'école de rugby locale. Cette dernière est réputée comme la meilleure du Lot-et-Garonne tant et si bien que le SUA a tendance à venir y puiser, parfois sans vergogne, beaucoup d'espoirs. C'est avec intérêt –presque de la fierté- que je note l'investissement de mes 6 joueurs auprès des enfants. A 15h30, avec l'aide de Pat et de Gilles, je retrouve pendant 90' les joies du terrain ; la peur de blesser un équipier premier limite mon temps d'intervention mais je ne peux résister au plaisir de faire affronter les premières lignes convoquées…comme au bon vieux temps ! Ce petit Synaeghel va bientôt faire mal !

Jeudi 9 octobre

Beaucoup d'anciens du Sporting sont là sur l'estrade devant plus de 600 supporters qui ont bravé le froid vif d'Armandie : Lacroix, Hiquet, Mericq, Fort, Bénésis, Plantefol…pour citer quelques-uns des plus anciens – tous magnifiques – mais aussi Delage, Vivies, Buzzighin, Erbani, Béguerie, les 3 Tolot, Dupont, Dubroca…pour les presque actuels. D'autres n'ont pu se déplacer, quelques-uns n'ont – à tort- peut-être pas voulu venir. Dans ma cervelle défile le film de tout ce qui m'a fait aimer le rugby. Mes yeux incrédules retrouvent des rêves.

Des rêves, les jeunes toulonnais pourtant tous de qualité –Maestri, Giaccobazzi, Imbert, Agnesi, Sourice, Falconetti, etc…- n'ont pas le temps d'en faire devant Northampton ; leur bonheur de porter le muguet sur la poitrine, en Challenge européen, tourne vite au vinaigre devant une équipe d'une autre dimension. Cela fait mal de voir ces minots renforcer les convictions de ceux qui pensent qu'on ne peut jouer au rugby de haut niveau qu'avec des étrangers dans l'équipe.

La suite de la chronique demain jeudi...