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La chronique d'Henry Broncan

Comme chaque semaine, retrouvez la chronique d'Henry Broncan, le responsable de la formation au SUA. Il commente l'actualité rugbystique de ces derniers jours, marquée aussi bien par la H Cup ou le Pro D2 que par des tournois de jeunes.

 
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Mercredi 7 octobre

Je concède que mes deux Géorgiens déçoivent les espérances mises en leurs capacités certes plus physiques que techniques et je m’impatiente de les voir errer comme âmes en peine du Centre de Formation à la salle de musculation en passant parfois, trop peu souvent, sur les terrains d’entraînement. David, ce numéro 8 que mes amis de Tbilissi veulent transformer en trois quarts centre, traîne, depuis son arrivée dans l’Hexagone, une douleur chronique aux ischio-jambiers ; capitaine de l’équipe nationale des moins de 18 ans, il a, certainement en plus la nostalgie du pays, du Mont Chkahara, des plages de la Mer Noire, de ses parents, des amis. Son compatriote, Kote, seconde ligne dont je garantis le talent, comme beaucoup d’hyper doués, lambine, muse, piétine, devenu être en souffrance parce que starlette en son pays et en mal de reconnaissance chez nous. Ce soir, nous nous sommes réunis, entre responsables, pour parler longuement des deux garçons et j’ai pris, presque violemment, la défense de mes deux protégés ; depuis la Coupe du Monde 2007, aventure humaine exceptionnelle, il ne faut pas que l’on touche aux Géorgiens. Le Président de l’Union Géorgienne de rugby le sait, lui qui m’a invité, courant novembre, à fêter, là-bas, le 50e anniversaire de sa Fédération. En attendant, retenez bien ces deux noms, Losaberidze et Mikauladze ; ils seront du niveau des Gorgodze, Svelidze, Zirakashvili, etc…

Jeudi 8 octobre

Réunion : Autour de Serge Dupuis, Président de la commission scolaire, Stéphane Rongière, directeur financier et Christian Lanta, manager général de l’équipe 1. Devant nous, défilent sept joueurs du club, deux pros et cinq amateurs, grands espoirs du club, tous âgés de moins de 20 ans. Nous avons, tous les quatre, la ferme volonté de les pousser à continuer leurs études, le rugby pouvant s’arrêter brutalement, dès demain, pour cause de blessure. Par ailleurs, ils ne sont pas sûrs de réussir pleinement dans l’ovale tant les rebonds de ce monde sont aléatoires. Chacun de nos jeunes interlocuteurs s’exprime sur ses perspectives d’avenir. Des entretiens passionnants. Avoir entre 18 et 20 ans en 2009, pratiquer à bon niveau – la plupart appartiennent déjà à l’équipe 1 – ambitionner d’atteindre le plus haut niveau et réussir à travailler convenablement… à l’école : pas facile malgré les aménagements scolaires ! Un de leurs camarades, un peu plus jeune, en difficulté au lycée, n’a t-il pas été convoqué toute une semaine, plein septembre, c’est-à-dire au moment où s’ajustent toutes les mises en garde de l’année, pour une tournée au Portugal plus touristique que rugbystique ? "Nos coquelets" se sont régalés, infligeant une soixantaine de points aux Lusitaniens, notre protégé bien sûr aussi, appréciant davantage les plaquages manqués des locaux aux premières interrogations écrites du lycée de Baudre.

Réunion toujours, cette fois-ci dans le club le plus huppé du Lot-et-Garonne – une division au-dessous du SUA -. Ce club réussit parfaitement, invaincu à ce jour en Fédérale 1, et, légitimement, ambitionne la montée à l’échelon supérieur. Incontestablement, un gros effort est fourni par les éducateurs pour préparer des équipes Crabos et Reichel convenables car la qualité de ces dernières est indispensable pour figurer en D2. Or le SUA s’est "emparé", à l’intersaison, de trois minimes opérant jusque-là au pays des tomates. "Emparé" ? Si peu ! Pour le moment, ces enfants préfèrent opérer au sein de la "maison bleue" parce qu’elle leur semble plus attrayante, capable de rivaliser avec les plus grandes formations françaises. Eternel problème et je comprends la rancœur des formateurs perdant leurs meilleurs éléments... de plus en plus tôt ! Dans les années 60, Mirande prenait les seniors de Miélan, dans les années 80, le Lombez-Samatan Club faisait son marché parmi les juniors de l’Isle-Jourdain, autour de la fin du siècle dernier, Auch récupérait les meilleurs cadets de l’URBR et maintenant le SUA s’occupe des minimes de l’URMC... A quand le tour des moins de 7 ans ? Aval, signature, légitimité et orgueil garantis chez les géniteurs !

Vendredi 9 octobre

La magie des images nous conduit à Dublin où les cousins germains du Leinster et des London Irish, par temps d’Irlande, s’affrontent en nocturne. Sur un RDS Stadium venté et humide, une quarantaine d’Irlandais métissés d’Iliens de l’autre hémisphère se rentrent dedans, frénétiquement, catholiques et protestants associés, comme au bon vieux temps des guerres de religion : rucks diaboliques, plaquages "meurtriers", rythme décapant, ambiance provoquante, chacun cherchant à faire "dégoupiller" l’autre, le tout dans une agressivité continuelle, limite malsaine, parfois combat de rue, mais aucun geste fatal. Pas d’essai bien sûr, tellement les défenses restent organisées, 4 pénalités à 3, et pourtant aucun ennui, aucun moment de répit. Pour ma part, je reste rivé devant le poste, fasciné par cette "drôle de guerre" que les plus Anglais des deux remportent. Même un appel de ma voisine n’aurait pu me décrocher du fauteuil ! Mention à cet Armitage, formidable flanker gratteur élevé pourtant, comme son frère, dans la douceur de la Promenade des Anglais.

Samedi 10 octobre

Comme d’habitude, Michel Celaya accompagne les Crabos et les Reichel de Biarritz, sur Armandie. Le plaisir de revoir aussi, en sa compagnie, Vincent Azoulay, l’ancien arbitre reconverti dans l’optique et dans l’associatif du BOPB. Avant les matchs, nos invités font preuve de quelques certitudes contrastant avec les inquiétudes locales nées lors des déplacements ratés, à Mont-de-Marsan, il y a quinze jours. Aux coups de sifflets terminaux, le SUA s’impose 34–8 chez les plus jeunes, 38-10 chez leurs aînés. Déconfiture de Michel catastrophé par la léthargie de ses ouailles. Je lui confie mes états d’âme similaires lors du voyage landais. Les gamins que nous préparons, encourageons, soulageons, bichonnons, sont si décevants parfois au point qu’on se demande s’ils aiment vraiment le sport qu’ils ont choisi !

Cette question, Jacques Brunel doit bien se la poser ce soir. Venus pour l’emporter avec le bonus offensif à Trévise, ces Catalans dont nous apprécions tant l’enthousiasme, la générosité, la solidarité, regagnent leurs pénates dotés d’un maigre bonus défensif. La pluie, Venise, l’œil de Luciano Benetton, les vides des populaires, le pied de Goosen, les prises de Van Zyl, la mêlée transalpine... si loin d’Aimé Giral, encore plus loin de juin et de la soirée magique du Stade de France. Les Sang et Or reviendront, nous en sommes persuadés ; personne ne peut tenir le haut du pavé sans cesse, durant toute une saison et peut-être qu’une élimination prématurée en Coupe d’Europe ouvre plus grandes les voies du Brennus.

Dimanche 11 Octobre

Le SUA poursuit inexorablement sa marche en avant. Pourtant Laurent Marti avait bien préparé l’événement, 20 000 spectateurs à Lescure, Juppé à sa gauche et Tingaud à sa droite. Et Mamère ? Le CABBG l’aurait-il emporté à Musard ? Nous ne le pensons pas : la machine agenaise, sans être à plein régime, avance en toute sérénité alliant une stratégie sans faille, un coaching impeccable, une efficacité rebutante. Les ailiers marquent mais le pack aussi, inarrêtable sur un maul semblable à celui réussi contre Oyonnax, à l’automne 2008. Vous avez dit Oyonnax ? Un an après, voilà les nôtres dans la "Plastic Valley" mais également dans le pays d’Henri Romans-Petit. Entre-temps il y a eu cet outrage sur Armandie. Gageons que certains des nôtres aborderont la rencontre, le rouge au front.

Lundi 12 octobre

Lecture M.O avec un article élogieux signé Georges Duthu sur le Lombez Samatan Club ; me voilà enfin rassuré : le Président Jean-Pierre Laffontan affirme que si l’occasion se représente, il ne refusera pas la montée en Fédérale 1 ; les "petits rouges" de la Save retrouvent donc cette ambition qu’une formidable école de rugby – une des meilleures de France : je vous le garantis – leur permet de mettre en avant. Récemment, ils ont atomisé les voisins gimontois et des amis présents au spectacle n’ont cessé de me vanter l’enthousiasme des lignes arrières entièrement formées au club. En face d’eux, les Bastide et Gendre, anciens baroudeurs du Top 14, n’ont pu que constater les avaries. Comme le tam-tam gersois m’annonce une superbe génération de cadets, le LSC a de belles heures à vivre et c’est une juste récompense pour le travail accompli par une belle équipe de... bénévoles.

Mardi 13 octobre

Retour matinal sur Garonne, épais brouillard et première fraîcheur automnale associés. Oreille sur une radio régionale : Sarkozy fils succède à Miterrand neveu sous les feux des médias. Appel aux auditeurs et chacun d’entre eux d’affirmer des opinions bien trempées. Le présentateur explique que le rejeton a quand même été élu conseiller général au suffrage universel et qu’il est donc un représentant légitimé par le peuple. Réponse abrupte de l’interlocuteur : "Elu dans le fief de papa, OK... mais aurait-il été élu conseiller général dans un canton du... Gers ?"

A propos de Gers, mon ami Roland Pujo a jeté l’éponge après le nul à domicile de Colomiers contre Aix. Nous avons été associés pendant trois ans à la tête du FCAG et je n’ai eu qu’à me louer de sa compétence technique et de sa fidélité dans les moments difficiles. Au printemps 2008, il a conduit brillamment la Colombe jusqu’au titre national de Fédérale 1 et, la saison dernière, l’USC s’est comportée correctement en Pro D2, assurant son maintien ce qui n’est jamais évident pour un promu. Il m’est difficile d’admettre que son message n’ait pu continuer à passer parmi ses joueurs alors que la majorité d’entre eux sont de purs Gersois... Roland rebondira très vite.

Mercredi 14 octobre

L’UNSS Lot-et-Garonne organise la 2ème édition du Challenge "Caminade" lycéen décédé à l’issue d’un match de rugby en 2007. Sont présents deux lycées de Dordogne, tous deux des environs de Bergerac, le lycée de Marmande si cher à Jean Escouteloup, et enfin nos agenais de De Baudre et Palissy, drivés d’œil et de voix de maîtres par Bernard Sotton et Marcel Maniaval. En général, les matchs scolaires d’aujourd’hui tombent souvent dans une désagréable récréation, les potaches se demandant parfois ce qu’ils font sur le terrain tant ils y apparaissent blasés comme des corvéables. Est-ce la volonté de respecter la mémoire du disparu ? Sans doute ; toujours est-il que nous avons l’agréable surprise d’assister à des rencontres de qualité disputées avec non seulement beaucoup de sérieux mais aussi la volonté de s’imposer loyalement tout en ne sacrifiant pas au plaisir de relancer, de se faire des passes et de se démarquer sans ballon. A ce jeu, De Baudre l’emporte logiquement.

Dans l’après-midi tombe une étrange nouvelle : le vendredi 20 et le samedi 21 novembre, nous devons disputer, à Pantin, avec les Espoirs, le championnat de France dont nous détenons le bouclier. "Détenons", doux euphémisme car, après le triomphe de Bayonne, à l’automne 2008, et surtout après une soirée légèrement démentielle, nous avons perdu le Trophée et il nous faut en recomposer un semblable. En attendant, nous apprenons qu’un stage regroupant une quarantaine des meilleurs Français de moins de 20 ans aura lieu toute la semaine du 16 au 22 novembre. Comme nous avons la chance de posséder une génération 1990 assez exceptionnelle, nous allons être privés de cinq à huit de nos meilleurs éléments de... .rugby à 7. Comment se fait-il que la FFR ne puisse pas harmoniser son calendrier et permettre aussi aux deux sports de ne pas se marcher sur les plates-bandes respectives ? Assiste-t-on à un début de conflit entre les deux disciplines ? Autre désagrément : le regroupement des moins de 20 ans se tiendra en pleine période scolaire. Pense-t-on aux études de ces enfants ?

Jeudi 15 octobre

A propos d’études, voilà notre second rendez-vous avec la commission scolaire dirigée avec doigté mais fermeté par un extraordinaire Serge Dupuis. Il n’y a certes qu’une quarantaine de jours passés depuis la rentrée mais pour le moment, la satisfaction des enseignants est quasi-unanime. Seuls deux ou trois cadets font les chiens fous, mais l’ensemble est largement positif. Pourvu que ça dure comme disait Laetizia !

Vendredi 16 octobre

Des Catalans affamés étranglent une pourtant créative équipe de Nothampton mais la mêlée a retrouvé du sang et vaut de l’or . A partir de là, les hommes de Jacques Brunel construisent leur succès. Cette semaine, le joug d’Aimé Giral n’a pas dû se reposer ! Belle performance des centres Mermoz et Marty, une sacrée paire, la meilleure de l’Hexagone ?

Hier au soir, un énorme Van Niekerk a conduit les Toulonnais vers la qualification. Quel potentiel sur la Rade !

Samedi 17 octobre

Temps magnifique sur Dax et Marcel-Boyaud où nos Reichel et Crabos s’imposent petitement. Prestations en partie décevantes mais il paraît que les victoires suffisent au bonheur de nos "embourgeoisés". Doit-on s’en contenter ? Excellente réception de Philippe Celhay, Président de l’Association : nous avons passé un excellent moment autour de la table d’après-match, le seul de l’après-midi !

En soirée, rediffusion du BO fringant de l’après-midi et si N’Gwenya crève trois fois l’écran, la bonne surprise vient du retour gagnant d’Arnaud Mignardi. Voilà enfin le nouveau départ ?

Dans la nuit, j’ai eu presque en direct les pleines satisfactions de mes anciens Auscitains européens. Décidément, ils ne s’ennuient pas sur la Côte.

…/…

Dimanche 18 octobre

Ce matin, moment d’émotion avec l’apparition du petit-fils aîné (3 ans) sur l’étrange lucarne. L’arrière grand-mère (90 ans) en est toute retournée, elle qui n’a jamais eu cet honneur durant une vie pleine de labeur. Lény, timide comme son grand-père... paternel ne maîtrise pas encore les exigences de la communication mais ça viendra.

Dans la matinée, tournoi du Fair-Play regroupant plus de 1000 gamins répartis en moins de 15, moins de 13 et moins de 11 – j’ai déjà dit que je détestais tous ces moins – sur Armandie. L’équipe des éducateurs agenais est parfaitement organisée et l’ambiance est à la fête. Avec émotion, je découvre une remarquable formation auscitaine de benjamins. Stéphane Graou, l’ancien pilier international la dirige et son fils tient les rênes à l’ouverture. Avec émotion encore, je retrouve Andrée Forestier, cette ancienne internationale du rugby féminin, formatrice depuis plus de 20 ans au niveau des poussins : la modestie au service de la compétence.

L’après-midi, invitation au derby du Haut Lot-et-Garonne : Villeréal accueille les voisins de Monflanquin ; la bastide d’Alphonse de Poitiers contre celle... d’Alphonse de Poitiers, le fécond frère de St-Louis. Outre leur géniteur commun, les deux cités sont étroitement unies au niveau des cadets et juniors au sein de l’équipe des quatre cantons, championne de France Philiponneau en 2004 puis Balandrade en 2007. D’ailleurs, l’essentiel des deux formations opposées aujourd’hui est composé par des joueurs ayant acquis ensemble ces deux titres. Alors pourquoi un jeune arbitre du Comité du Limousin sans doute mal au fait des amitiés existant entre les protagonistes et craignant de diriger un derby sulfureux, a-t-il cru bon de nous infliger jusqu’à l’écœurement une litanie de pénalités ? Son intransigeance a tué la fête promise.

Oyonnax reste donc invaincu sur Charles-Mathon : 22 victoires consécutives ; le record de la D2 appartient toujours au FC Auch Gers : 29 succès au Moulias entre 2002 et 2004 mais la menace des Oyonnaxiens grandit. Le SUA perd, après la sirène, sur une pénalité de 55 mètres. Beaucoup de frustration et du bleu à l’âme. Narbonne, énorme face à Grenoble, en profite pour prendre la tête. Narbonne moribond la saison passée, Narbonne et ses bambins de la Clape : Griffoul, Beaux, Madaule, Chevtchenko, Algisi, Raney, Ruiz...

Le suspense reste entier. Vivement Pau samedi soir.

 - Rugbyrama
 
 
 
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