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La chronique d'Henry Broncan

La saison a repris et le directeur du rugby agenais Henry Broncan a retrouvé le bord des terrrains, auprès des jeunes du SUA notamment. Dans sa chronique, il nous conte les premières émotions de ce début de championnat.

 
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Vendredi 21 août

Les Saracens sur Armandie : un cadeau du Président Tingaud pour des supporters du SUA venus nombreux - 5000 - découvrir les nouvelles têtes du Sporting. Seul N'Nomo, cuisse réticente, se morfond dans les tribunes. Les Anglais ne font pas dans la dentelle et abordent la rencontre comme un match de championnat. Bien rôdés par une tournée de trois semaines en Afrique du Sud, ils font admirer la rigueur de leur jeu : chandelles millimétrées, habileté dans le combat aérien, voracité dans les rucks, jeu au pied systématique dans leurs 50 mètres et accélérations brutales dans le camp adverse. Le capitaine Borthwick inspire la confiance absolue tandis que le talonneur Reynecke et l'ailier droit Cato démontrent des qualités de vitesse exceptionnelles. Face aux déferlements venus d'Outre-mer, le SUA ne lâche pas dans le sillage d'un Badenhorst exceptionnel –une paire Borthwick-Badenhorst ne manquerait pas de gueule ! – et d'un Fono des grands plaquages. Au final, l'Anglais remporte la bataille 33-23 mais le public s'en va ravi malgré la défaite.

En lever de rideau, nos Espoirs battent péniblement de vifs Fleurantins 19-12 et là, les vainqueurs, au coup de sifflet final, sont plus malheureux que les vaincus. Difficile de composer une équipe quand chacun tire la couverture à soi !

Samedi 22 août

Le Buzet'Seven, la 14ème édition, une vraie fête du rugby dans un cadre bucolique, quasi-moyenâgeux ; la démarche d'une bande de bénévoles guidée par un homme du terroir, Vincent Gérin. Du mal pourtant à regrouper un certain nombre d'équipes. Pourquoi ? Le 22 août devrait inciter à la redécouverte des rebonds de l'ovale ; le soleil et lez ciel invitent à la promenade entre Baïse et Garonne ; l'ambiance est bon enfant : pas de championnite aigüe sous l'envie indispensable de l'emporter. Neuf équipes chez les amateurs, la plupart de la contrée, sauf des Marseillais et des Manceaux qui, eux, ont compris comment rencontrer "le bonheur dans le pré". Péniblement, quatre formations dont une de Bellegarde – des voisins d'Oyonnax - dans le Tournoi Elite et pas de compétition féminine, seulement une démonstration des bleues du SUA si chères à Anne Galissaires, bien sûr présente auprès de ses protégées. En marge du sport, un mouvement de solidarité parrainé par les Italiens du Racing Lo Cicero et Andrea Masi au profit des sinistrés du tremblement de terre de l'Aquila, la ville où Jacques Fouroux s'est investi pour la dernière fois. Beaucoup de récompenses lors de la remise des prix regroupant, sur l'estrade, les différentes personnalités locales. Le club de Villefranche du Queyran si cher à l'ami Garin et une belle formation de Valence d'Agen montent sur le pavois ; des Agenais très jeunes, encore inexpérimentés n'occupent que les places d'honneur. Mes yeux d'éternel fouineur détectent plusieurs éléments de qualité chez les Villefranchois dont un... du FCAG ; à Colayrac, un ailier solide, idem à Valence et un troisième ligne parfois nonchalant mais épais et adroit à Aiguillon. Les deux premiers -19 ans- sont d'anciens cadets du SUA "chassés" par la concurrence mais qui ont bien rebondi ; le dernier est heureux d'évoluer dans son village, au milieu de ses copains : ce tournoi de Buzet est bien un superbe lieu de rencontre car il permet de retrouver les valeurs essentielles de notre sport.

Dimanche 23 août

Les résultats et les rediffusions du Top 14 mettent en lumière la croissance de la nouvelle vague symbolisée par les deux lutins du B.O, Couet-Lannes et Lesgourgues, mais c'est la performance de Benoît Paillaugue que je retiens surtout. Le poids plume de La Rochelle passé par le Centre de formation du Stade Français et révélé dans la difficulté au FCAG la saison passée, a crevé l'écran contre les champions de France. Je devine la joie du grand-père dans son antre d'Houilles, ce grand-père avec qui je me battais dans les années 60, chaque fois que son club, les Cadets de Casteljaloux et le mien, l'USA Mirande, se rencontraient. Nous avons eu l'occasion de nous retrouver, fortuitement, près d'un demi-siècle plus tard, chez l'ami de... Montréal, le dernier restaurant de France où... tout est possible.

Lundi 24 août

Sur M.O, la carrière – elle débute ! – de Marc Andreu, cette boule de nerfs qui jongle le long des lignes de touche chaque début de saison. Entraîneur d'Auch, j'avais appris, lors d'un match à Toulon, que le feu follet avait fait ses premiers ravages au sein de l'A.A.Nogaro et j'en avais conçu quelque dépit car je n'avais pas su le repérer. J'apprends aujourd'hui, grâce à la plume d'Olivier Bouisson qu'il est en fait originaire du Lot-et-Garonne, de Mézin exactement, qu'il est passé par le football – il n'y a pas de sot sport – au pays de l'escadron galant (auprès d'un certain Chamack !) avant de prendre le chemin de l'Armagnac. Mince consolation : il aurait été si bien, au Moulias, frôlant la piste d'athlétisme, déchaînant l'enthousiasme de la tribune marathon.

Mardi 25 août

Justement, un des plus assidus, un des plus "rouges" de la rive gauche me lit un extrait du quotidien local dans lequel le Président de la SASP demande la démission de son collègue de l'Association. En fait, l'article est beaucoup moins virulent que ne le laisse supposer le chapeau. Un linge surtout pas sale qui aurait mérité d'être repassé... en famille. Grégory Patat saura trouver dans l'algarade des arguments de motivation.

Mercredi 26 août

Trois étrangers – deux Géorgiens et un Fidjien – viennent d'être intégrés, pour la saison 2009-2010, au Centre de Formation du SUALG. J'ai repéré les deux premiers, un seconde ligne et un centre, lors de la dernière Coupe d'Europe des moins de 18 ans, l'îlien, un ailier, a participé à la Coupe du Monde des moins de 20 ans, à Dubaï et c'est un agent qui me l'a recommandé. Adieu maman, papa, frères et soeurs, Mer Noire et Pacifique, bonjour la Garonne et sa maison bleue, civilisation nouvelle, langue pleine de mystères, coachs inconnus. Les voilà en errance sur la zone d'Armandie à la recherche de nouvelles identités. Heureusement pour eux, Anton Peikrishvili d'un côté, Simoni Vaka et Rupeni Caucaunibuca de l'autre, n'oublient ni leur pays d'origine ni les difficultés qu'ils ont pu rencontrer lors de leurs arrivées en France. Imaginons nos enfants tricolores, la majorité à peine atteinte, partir pour Tbilissi ou Suva.

Jeudi 27 août

Une longue table garnie de victuailles arrosées des meilleurs vins du Lot-et-Garonne, le tout orchestré par un des sublimes cordons bleus du Confluent : un repas digne des Ducs d'Aiguillon, dont le château transformé en lycée, nous domine à peine. Tous les étages et mêmes les âges du rugby sont là : deux juniors, carrière à venir, l'un très solide mais que le SUA n'intéresse pas parce que c'est sympa de passer les samedis après-midi et surtout le samedi soir parmi les copains ; l'autre venu de chez les Catalans pour rejoindre nos Reichel un peu inquiet : "Vont-ils m'adopter ?" Autour d'eux, le secrétaire général, le trésorier et l'éducateur (des minimes aux juniors) du club local : pour le premier, c'est le renouvellement des licences qui pose problème, le deuxième ressemble à tous les trésoriers de France ; quant au troisième, il craint, après le bond de la dernière Coupe du Monde, une part de désaffection parmi les nouveaux licenciés : trois équipes cadettes auraient disparu dans le 47 ! Deux représentants de la presse locale s'inquiètent, eux, des difficultés que connaît leur quotidien, un quotidien très attaché, ne serait-ce que par sa couleur, au bleu de la maison agenaise. Au bout de la table, un trio quasi magique. D'abord, un ancien joueur de haut niveau, entraîneur remarquable, toujours excellent éducateur du 47, c'est la mémoire du SUA, le complément idéal de l'excellent ouvrage de Christian Delbrel "Un siècle, des Hommes, Un club...", un envers du décor, des secrets de vestiaires, presque d'alcôves. Un jour, nous écrira t-il son livre sur la grande famille. Osera t-il ?

En face de lui, même si sa licence est dans le village des hauts du canal, il a tout fait, encore plus complet que le précédent car il a été secrétaire général de la maison bleue avant d'être démissionné dans une guerre de clans. Il aurait très bien pu être Camou car sa carrière fédérale est aussi longue que celle qu'il a accomplie dans son club de coeur. Toujours par monts et par vaux, par Paris, Londres et Sydney, on se demande comment il a pu prendre le temps de s'asseoir parmi nous !

Le troisième est un ancien grand coach, titré au plus haut du niveau, celui du Brennus, à la tête du SUA. Un long engagement, dans un petit club voisin, les montées des séries jusqu'en Fédérale 2, puis la grande aventure agenaise, les plus grands noms du rugby français sous ses ordres, la consécration suprême en 1988. Des lendemains difficiles et le rebond favorable dans l'Isère où il construit un grand club dans une petite agglomération de 30 000 habitants.

Demain, je vais chercher sa page sur le Grand livre et je vais chercher en vain : une modeste photo pendant une interview, quelques lignes. Pourquoi ce presque oubli ? Que ce club si beau est compliqué !

Un peu amer, dans la fraîcheur enfin venue de la nuit, il nous lâche : "J'aurais été peut-être l'entraîneur du dernier titre de Champion de France (l'élite) de l'Histoire du club !"

Samedi 29 août

Tournoi à 7, phase de qualification à St-Médard en Jalles. Pour la première fois, je découvre les installations de ce club de la banlieue bordelaise ; elles sont dignes de la Fédérale 1, division dans laquelle, à cause de la rétrogradation de Cergy-Pontoise, le SMRC va évoluer la saison prochaine : une accession gagnée à la sauvette mais que les dirigeants n'ont surtout pas refusée et j'ai une pensée pour un club cher qui avait conquis ce droit sur le terrain et qui s'est rétracté !

Peu de monde pour assister aux différentes rencontres et c'est vraiment dommage. A quelques mètres de nous, le championnat du monde de roller acrobatique fait le plein ! Sure le terrain, nous assistons à des rencontres inégales : on ne s'improvise pas joueur de 7 ; Dax mieux préparé par Jérôme Daret, bien guidé par les jeunes coachs Chevrier et Duberger – tout un programme pastoral – s'impose en finale devant le SUA des frères Bourdheil ; pour la troisième place, le B.O fort de Bolakoré, Tranier, Geledan et Watremez – ces deux derniers sont des piliers mobiles – bat largement Mont-de-Marsan. Pour la Bowl, Auch s'impose devant Tarbes et remporte donc le titre Armagnac-Bigorre : je connais encore tous les jeunes Auscitains car c'est moi qui les ai fait venir au pied de l'escalier monumental ces dernières années ; toujours autant d'émotion en les voyant évoluer même si cette discipline ne convient pas tout à fait à leurs qualités guerrières.

Dimanche 30 août

Hier, l'équipe première a pris ses quartiers à Dax, pour mieux préparer ses débuts en championnat. De son côté, les Espoirs privés de leurs joueurs à 7 et donc complétés par des Reichel et Crabos se rendent à Cénac, en Dordogne. Le GPS des cars Pascal a décidé de prendre le chemin des écoliers. Fumel, Cazals, Salviac... Nous jonglons entre Lot-et-Garonne, Lot et Dordogne.

A lui seul, le cadre du stade de l'USC vaut le déplacement : assis sur un plateau, à ses pieds la Dordogne devinée dans le vallon, sur la tête, une haute colline logeant des demeures troglodytes. Vaillance des locaux animés par deux Géorgiens dont Gigauri, un trois-quarts centre que j'ai apprécié lors de la dernière Coupe du Monde. On se croirait d'ailleurs dans le Caucase puisqu'en plus de ces deux joueurs, nous déplaçons nos trois Géorgiens et que quelques-uns de leurs compatriotes évoluant à Figeac ou à Tulle ont pris rendez-vous à Stéphane-Branchat. Parmi eux, l'ouvreur ou arrière de l'équipe nationale, l'ex-Palois Kvirikashvili. C'est avec beaucoup de plaisir que je me fais une petite place dans ce groupe. Un essai du jeune Mirande nous donne une difficile victoire 20-17 dans les arrêts de jeu. Nous apprenons la courte défaite de la 1, 16 à 13 à Maurice-Boyaud : un début difficile mais un bon final qui entretient l'espérance.

Lundi 31 août

Autres retrouvailles sympathiques avec le club de Villefranche-du-Queyran. Dans le passé, nous avions tissé, grâce à Jean-Claude Pourcet, des liens solides entre ce bastion du rugby qui n'est pas sans rappeler le Lombez Samatan Club même s'il évolue un large cran en dessous, et le Football Club Auscitain. Ici, on produit toujours des joueurs de qualité car il y a régulièrement une école de rugby, des cadets et des juniors avec un encadrement compétent et dévoué, sous l'égide du maître des lieux Jean-Marc Garin. De notre côté, nous avons déplacé les cadets 2ème année et les Crabos. Avec les éléments du cru, ce sont 80 rugbymen qui vont s'ébattre sous le soleil pendant une partie de la journée. Nos deux Géorgiens et le Fidjien découvrent et apprécient ce rugby des villages qu'il est impératif de ne pas laisser disparaître. Une très belle rencontre sportive agrémentée d'un succulent déjeuner concocté par une maîtresse cuisinière : un long moment de bonheur.

Mardi 1er septembre

Entraînement dirigé à Bon-Encontre, entre l'équipe 1 de la banlieue agenaise et nos Espoirs ainsi qu'entre la II locale et nos Reichel. En tout, une centaine de joueurs répartis sur les deux terrains du RCBB. Nous comptons bien nous rendre, à plusieurs reprises, auprès des clubs de l'Agglomération pour améliorer davantage les rapports entre eux et le SUA. Au niveau de l'entraînement principal, l'engagement est vif : peu à peu les plaquages se durcissent et les rucks s'intensifient. Quelques-uns des protégés de Jeannot et de François se plaignent des rigueurs des affrontements. Mon entraîneur pilier qui aime bien ses troupes et qui donc les châtie bien leur demande s'ils ont bien choisi leur sport en optant pour le rugby.

Mercredi 2 septembre

De mon côté, j'ai filé en juillet vers la Méditerranée ; du sien, elle est partie sur l'océan et ce matin, elle est enfin de retour. Hâlée, reposée, détendue, souriante, ma voisine n'a jamais été aussi belle. Samedi, les filles de La Rochelle n'auront qu'à bien se tenir.

 - Rugbyrama
 
 
 
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