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La chronique d'Henry Broncan

Le manager agenais Henry Broncan, revient sur la fin d'année tonitruante du SUA et l'élection du nouveau président de la FFR, Pierre Camou.

 
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Vendredi 19 décembre

Soirée des Associés, c'est une coutume au SUA : chaque veille de match à domicile, les actionnaires du club sont réunis, salle Pierre Clerc, devant un des responsables sportifs, un joueur blessé et un dirigeant. Ce soir, c'est le tour du Président Tingaud en pleine forme, du troisième ligne Monribot –main cassée – et de votre serviteur. Foule des grands soirs : les victoires obtenues à Lyon et à Aurillac, la promesse des huîtres de Noël, la présence du Président ont grossi l'assistance mais je voudrais rendre d'abord hommage à ceux qui sont restés fidèles à ces réunions dans les temps difficiles et je reconnais qu'ils étaient bien sûr moins nombreux dans ces moments là mais nombreux quand même. J'aime bien Gilles André, l'animateur régulier de ces séances. Il sait, malin, coquin, presque gascon, de Sérignac, donc de la rive gauche mais avec un accent pas de chez nous, naviguer entre la question que tout le monde voudrait qu'il pose et la sensibilité de celui qu'il interviewe.

Dans la foulée, en compagnie d'un autre Président, celui de l'Association, Vivi Salesse, nous filons à Boé, salle François Mitterrand, accompagner nos internationaux juniors et universitaires ainsi que nos champions de France Espoirs à 7. Le Conseil Général du Lot-et-Garonne récompense les meilleurs sportifs de son département... et ils sont nombreux ! L'occasion de découvrir des athlètes très méritants, trop souvent méconnus, et même d'apprendre à connaître des activités ignorées par le profane, exemple ce water-polo pratiqué sous l'eau par le club de Boé bientôt accompagné par celui d'Agen. 3 arbitres se relaient au fond de la piscine pour surveiller l'évolution du palet et des compétiteurs : j'aurais du mal à diriger ce sport ! A noter aussi le nombre de plus en plus important de féminines parmi les as. Beaucoup de très jeunes champions aussi, de la bonne humeur et parfois une pagaïe sympathique. J'apprends que dans le Gers, le Président Martin, par souci d'économie, a supprimé les fameux et rutilants Gascons d'Or. Peut-être peut-il s'inspirer de ce qui se fait en Lot-et-Garonne : simple, sympa, pas de prise de tête !

Samedi 20 décembre

Francis au GPS, Jean-Bernard en sommeil à l'arrière, départ à 7 heures pour supporter les cadets du Périgord Agenais aux finales Taddéi, à Maurice-Trélut. Un moyen pour repérer les meilleurs joueurs de l'Hexagone. Le Comité Armagnac Bigorre qui n'a pu qualifier ses ouailles pour l'Elite – ils sont à Poitiers pour le Tournoi secondaire – a très bien organisé la chose ; avec Tony Marin à la tête, il ne pouvait en être autrement... L'occasion de retrouver avec beaucoup de plaisir des amis, anciens collègues de l'équipe que nous avions composée en 2001, toujours passionnés par le rugby et toujours prêts à participer activement et bénévolement aux rendez-vous de l'Ovale. Les matchs sont de qualité : des garçons costauds – de beaux piliers et de grands seconde ligne – techniques : des botteurs efficaces, de bons passeurs et quelques écarteurs de talent... Le P.A au banc un peu moins fourni que ses rivaux réussit convenablement. Pas moins d'une vingtaine d'Agenais dont 3 Lombéziens constituent l'ossature de l'équipe mais les deux Marmandais – un bon pilier - le Tournonnais, - un bon talonneur -, le Sarladais – bien en touche - et le Périgourdin – centre athlétique – qui la complètent ne sont pas les plus faibles. La formation de Côte Basque Landes me semble la meilleure et pourtant, elle sera battue en finale par le Languedoc moins brillant mais plus soudé. Chez les protégés de Pierre Camou, beaucoup de Bayonnais : un excellent ouvreur, un bon neuf buteur issu de Mauléon et copie de Benat-Arrayet, trois paires de chaussettes des Peyrehorade Sports – ils n'abandonnent jamais ceux-là – et un énorme pilier rejeton de Pueloto. En face de ce dernier, lors de Roussillon Côte Basque, le fils de Taofifuena, de la masse et du déplacement. De bons éléments aussi dans le Comité du Centre malgré un classement modeste. A Poitiers, j'apprends que c'est l'Alsace-Lorraine qui l'a emporté. Comme quoi, le rugby se développe malgré les critiques et sincèrement, je pense que les sélectionneurs des équipes de jeunes et les recruteurs des grands clubs disposent d'un vivier particulièrement abondant... dans l'Hexagone ! Il y a du bon travail en amont quoiqu'on en dise !

Dimanche 21 décembre

Albi et ses coachs immuables, fidèles malgré les sollicitations d'autres clubs, malgré la crise financière, amis et complices comme Lanta-Deylaud, comme Labit-Travers, etc... L'incontournable Béchu, renfrogné, tête des jours de matchs, son frère d'armes Blach élevé dans le levain et la boulangerie d'Astaffort chez le concurrent du Père Gardeil, leur fils Clément courroie de transmission sur le terrain de consignes d'avant match ; Albi et ses toujours grands et costauds, cette fois-ci Van Der Westhuizen et Guffroy – le Ribéracois Gady soigne un genou – mais aussi un ouvreur néo-zélandais intéressant, zélé comme un stewart d'un beau paquebot jaune et noir et puis, des jeunes Lakafia et Lapeyre en gros progrès sans omettre un pilier droit inconnu et dont l'entrée en jeu à la demi-heure ne pourra pas passer inaperçue. C'est un SUA déterminé et confiant qui coulera les ambitions tarnaises : Caucau débloque le score et déchaîne le public -12000 ? 14000 personnes ? – Duplessis, comme dans le Cantal, délivre un coup de pied gagnant et Sylvain Dupuy en progrès comme un demi de mêlée qui joue souvent creuse l'écart. C'est un petit côté d'école – Clément à l'aiguillage, Pages au service, Lapeyre au cadrage débordement et Lakafia à la conclusion – qui nous prive d'un bonus offensif qui nous tendait les bras au bout des doigts d'Edmond-Samuel – par ailleurs excellent- mésestimant Rupeni capable de finir une action à un contre deux ou trois. Public et vestiaires agenais en fête. Crabos, Reichels et Espoirs terminent l'année à la première place de leurs championnat respectifs : rien que du chocolat pour des fêtes au chaud !

Sortie officielle des joueurs sous les applaudissements des supporters survoltés. Issue plus discrète, côté pelouse, direction salle Pierre Clerc pour le repas prévu entre staff et joueurs avant de se séparer jusqu'au 5 janvier. Devant la tribune Ferrasse, sous la houlette de Djall, leur monsieur bons offices, nos trois Fidjiens sont réunis à l'écart du tapage. Rupéni et Saïmoni entourent Taniela de leur affection après le deuil cruel qui vient de le frapper. Le petit de Caucau, 2 ans, de grands yeux plus noirs que la nuit, déborde le fils Narjissi, plus lourd, plus première ligne ; pensée grand paternelle pour Leny : pourra t-il plaquer un jour le fils du phénomène des îles ? Un beau gaillard, calfeutré dans un poncho andin, bonnet enfoncé jusqu'aux orbites assiste aux ébats des enfants. Ma question paraît immédiatement idiote à mes interlocuteurs : "Et celui-là, il joue où ?" J'attendais comme réponse Villeneuve XIII, Marmande, Périgueux, voire Auch... et il n'y a aucun accent péjoratif dans mon propos. Djall éberlué dans l'ombre : "Mais Henry, c'est Delasau !"

Et moi qui me vante de connaître tous les rugbymen du Top 14 et de la D2 ! La conversation s'engage, adorable malgré les difficultés linguistiques mais il n'y a plus de barrière quand vous êtes heureux. Il me parle de son meilleur ami si touché par le décès de son père, de la réussite actuelle de Montauban ; nous évoquons son passé à Mont de Marsan, ce carton infligé au FCAG, sur le Moulias en 2002. Cette après-midi là, nous avions voulu jouer à la fidjienne et le trio Serevi, Satola, Delasau nous avait infligé 60 points ; je revois Romain Terrain, troisième ligne aile ce jour-là, en larmes dans les vestiaires du Moulias.

Au moment de nous séparer, le Gascon qui sommeille encore en moi, ne manque pas de le taquiner : "Mais qui est le meilleur : Rupeni ou Vilimoni ?" Un beau sourire sur les lèvres du premier marqueur d'essais du TOP 14. Réponse immédiate, instantanée, venue du fond du coeur : "C'est Rupéni ; moi, je ne lui arrive qu'au..." Et il m'indique son genou. Nous éclatons de rire.

Mardi 23 décembre

La FFR a donc élu dans une belle unanimité le successeur de Bernard Lapasset en choisissant la personne de Pierre Camou. Je n'ai jamais que très parcimonieusement croisé la route des Présidents de notre Fédération. Je me souviens d'une grosse colère d'Albert Ferrasse, au lycée St Christophe de Masseube, un après-midi de mai 86, à l'issue d'un match de propagande entre le Football Club Auscitain et le Lombez Samatan Club. Lors de la réception, il m'avait fait part de son humeur parce que, entraîneur des riverains de la Save, j'avais osé envoyer mon brillant arrière, Joël Dupuy, au Stade toulousain et non au SUA ! Avec Bernard Lapasset, une dizaine d'années plus tard, ce fut beaucoup plus calme : un repas simple mais convivial préparé par Lucienne, chez René Dauriac, alors Président du LSC, avant qu'il ne devienne maire et Conseiller Général de Samatan. Nous avions parlé du professionnalisme naissant et de l'avenir des clubs amateurs. A ce moment-là, nous ne savions guère quels chemins et surtout quelles ornières attendaient le rugby !

Quant à Pierre Camou, j'avoue que son patronyme – le Comité Côte Basque Landes qu'il dirigeait est un des plus célèbres de France – ne m'était pas inconnu mais, jusqu'à peu, j'étais incapable de mettre un visage sur le nom pourtant célèbre. La preuve, au mois de juin dernier, pensionnaire pour une nuit de Marcoussis, dans la perspective de l'obtention du D.E.S.S rugby, au lever du soleil, j'avais croisé un voisin de chambre en pyjama et je m'étais fendu, devant cet inconnu, d'un simple et peut-être impoli hochement de tête. Mon vis-à-vis m'aurait alors dit : "Je suis le futur Président de la F.F.R", je n'aurais pu m'empêcher de sourire en pensant à l'histoire de ce garde-barrière à qui Deschanel, tombé du train présidentiel, s'était présenté au milieu de la nuit, également en pyjama mais ensanglanté : "Je suis le Président de la République".

Pierre Camou est donc de Garazi ; j'eus préféré qu'il fut de Baïgorri tant j'ai de l'admiration pour ce village fabriquant de piliers. Idieder n'est-il pas le meilleur pilier droit français si l'on s'arrête au domaine de la mêlée pure ? Et je me souviens pour les avoir vus à l'oeuvre de la terrible association professionnelle et sportive des maçons de St-Etienne, Aristoy et Bidondo encadrant leur talonneur Trounday qui travaillait dans leur entreprise en semaine et poussait comme un forcené au milieu d'eux le dimanche. Je pardonnerai donc à Pierre Camou de ne pas être de Baïgorri d'autant que de part et d'autre des vins d'Irouleguy et entre les passages des vols de palombes, on a décidé de s'entendre et de s'associer sous le label de Nafarroa. Je pardonnerai d'autant plus facilement que, dans sa liste, le nouveau Président que l'on annonce fidèle en amitié a choisi mon ami Jojo Duzan, l'ancien entraîneur secrétaire général - Président des Baïgorrois, exilé lui aussi à Mussidan, en Périgord Agenais. Des bruits ont couru avant "l'élection" comme quoi Bernard Lapasset ayant "désigné" son successeur, ce dernier ne serait qu'un homme lige qui obéirait au doigt et à l'oeil à son prédécesseur. Ce serait oublier que Peio Camou est Basque et que par essence, il est donc viscéralement indépendant. Demandez au directeur sportif du B.O., Laurent Rodriguez, si Gonzalez, son entraîneur pourtant si taiseux, si discret en apparence si timide, lui fait allégeance ! Je suis persuadé qu'une voie nouvelle va s'ouvrir en particulier dans le domaine de la formation. Maintenant, le vieil acariâtre qui se réveille en moi a réagi après l'interview accordée il y a une quinzaine par M.O au nouveau Président. A plusieurs questions sur l'arrivée des étrangers dans notre Ovalie - 41 % des effectifs du Top 14 ! – les réponses ont été, dans l'ensemble, conformes à celles que j'espérais. Un gros bémol, Pierre Camou a tapé sur les seuls Géorgiens et, parce j'ai un souvenir merveilleux de mon passage parmi les Caucasiens lors de la dernière Coupe du Monde, je me sens choqué par ces allégations : les Giorgadze, Zukarashvili, Gorgodze, Magrakvelidze, Svelidze, etc... se comportent magnifiquement dans notre championnat : bosseurs, humbles, efficaces... presque Basques ! Et je suis d'autant plus surpris que les Basques seraient, d'après de nombreuses sources, des parents des Géorgiens, puisque originaires des contrées caucasiennes... Sans rancune !

Jeudi 25 décembre

La neige sur Gruissan ! Elle recouvre le Massif de la clape et Notre-Dame des Auzils n'en est que plus belle. Sur les étangs les flamants et les cormorans n'en sont que plus nombreux et plus actifs alors que le touriste n'en est que plus rare et discret. Au café de la Paix et au Joffre, les habitués se serrent le long des comptoirs et ironisent sur les voisins catalans encore plus mal lotis. Beltran, le Narbonnais de toujours, même s'il s'est promené du côté de Castres, Perpignan et Bayonne, est annoncé chez le meilleur ennemi de l'Hérault, mais comme disait le sage Olivier depuis son lieu de retraite (?), tous ces étrangers savent-ils dans quel camp ils se trouvent ? En attendant le R.C.N.M. réussit très convenablement et joue très bien avec beaucoup d'éléments et... d'entraîneurs du pays.

Bonne année à tous... Beaucoup de bonheur donc beaucoup d'essais... Si vous rencontrez ma voisine, transmettez lui mes meilleurs voeux et dites-lui bien que malgré toute sa classe, même Caucaunibuca ne parvient pas à la remplacer.

 - Rugbyrama
 
 
 
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