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La chronique de H. Broncan

La chronique de H. Broncan

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 20/03/2009 à 09:28
Comme chaque semaine, retrouvez la savoureuse chronique de Henry Broncan, le manager du SU Agen.
 

Mercredi 4 mars

Les giboulées de mars s'abattent goulûment sur le terrain de football et la poignée de spectateurs doit se rabattre dans les modestes et exiguës tribunes de bois. Nous sommes à Montanou, la plus grande des 4 cités agenaises. " Cité ", un bien grand mot même si près de 2000 habitants se tassent sur le bord de la route de Pont-du-Casse car nous sommes pourtant déjà à la campagne, aux pieds de la Serre. Ici, on pratique la danse, le judo, et le football.

J'apprécie le Président du club – le Agen.F.C – qui s'occupe de ses 3 équipes seniors et d'environ 70 licenciés jeunes. A 14 heures, 3 pros dont Mathieu Barrau et 3 jeunes du Centre de Formation ont dirigé une séance de rugby adaptée pour des sociétaires du ballon rond. C'est pas évident du tout pour des néophytes d'avancer en se passant le ballon vers l'arrière. Je pense à tous ces éducateurs des banlieues qui se battent pour apprendre le rugby sur des lieux où l'ovale est nouveau. Leurs alter ego du Sud-Ouest ont beaucoup de chance d'accueillir des enfants déjà marqués par la culture de ce ballon, familier dès le berceau. Christophe Deylaud et Jean-Jacques Crenca mènent la séance professionnelle. Les supporters habituels ont fait le déplacement pour suivre leurs favoris et l'ex-ailier du SUA, Jacques Lacroix, originaire de Montréal également ancien sociétaire de la SAC, suit avec attention la séance " rondement " conduite. Evocation nostalgique des grands moments des rouges et noirs. Aparté sur son frère Claude, 65 ans, toujours éducateur à l'école de rugby de la sous-préfecture. Et les autres ? Comment peuvent-ils laisser dépérir ce qui a fait leur renom et parfois, souvent leur réussite professionnelle.

A l'heure du thé, réception au Foyer de Montanou. Plusieurs joueurs professionnels ont pris le temps de faire le détour pour le plus grand bonheur de mon ami Président. Remise d'un maillot et d'un ballon du SUA et une émotion palpable pour les dirigeants de l'A.F.C, sensibles à l'attention du " grand frère ". Thierry Hermerel, longtemps docteur du SUA et de…l'équipe de France, Pierre Chollet, chirurgien et longtemps Président du SUA –secteur Asso – tous deux actuellement adjoints à la Mairie d'Agen, sont parmi nous. Souhaitons que cette approche soit suivie d'un partenariat plus important. Je sais que Francis Porte et Christian Lagarde, deux de nos éducateurs, à défaut d'être de bons joueurs à toucher, oeuvrent beaucoup par l'intermédiaire de l'association " Drop de Béton " pour implanter durablement le rugby dans les zones où il est pratiquement inconnu. A nous de les aider. Une pensée pour Alain Gazon et le travail accompli sur Massy. Une autre pour la formation de Bobigny et de St-Denis.

Jeudi 5 mars

C'est donc la " Maison Bleue ", le titre de ce projet sportif que nous représente le Directeur de l'école de rugby Eric Gleyze, entouré, salle Pierre Clerc, par une trentaine d'éducateurs du SUA, tous motivés par les arcanes de la Formation. L'enseigne est heureuse : une demeure blanche au toit d'azur dont les pierres, petit à petit, âge après âge, finissent par se garnir de savoirs acquis. Une charte énumère les mots clés : Respect, Assiduité, Engagement, Sécurité, etc…Onze au total. On aurait pu en trouver quinze. Les incontournables occupent la base du bagage technique :

-S'approprier le ballon (pieds, mains)
-S'approprier les trois espaces (petit, moyen, grand)
-Jouer debout en étant fort sur les appuis.

La discussion rebondit comme un ovale neuf, dans une ambiance sympathique. Aucun pontife, chacun sa pierre, la maison se bâtit. A peine puis-je me permettre une minuscule remarque : " Dans ce projet, où placez-vous la défense ou plutôt l'opposition pour utiliser le vocabulaire fédéral ? "

Sacrés Agenais si purs bleus et blancs qu'ils oublient toujours que Philippe Sella dont ils ne se souviennent que des longues chevauchées, était d'abord un plaqueur impitoyable. Très bonne soirée.

Vendredi 6 mars

Rendez-vous des Associés. Les supporters solides sont là comme chaque vendredi de match à domicile. La large victoire à Bourg les a revigorés. Au micro animation, Thomas Léger remplace Gilles André muet mais présent néanmoins dans la salle. A mes côtés, le blessé, traditionnellement invité, cette fois-ci, Ace Tiatia, le Samoan réopéré d'une épaule qui l'oblige à vivre dans l'infirmerie du club depuis plusieurs mois. Avec lui, son fils aîné Manaaki, 10 ans, encore basketteur mais bientôt sur le pré. Sont restés à la maison auprès de maman, Solomona, Pyrénées –et oui, née à Pau – et Alesana la petite dernière, une vraie néracaise ! L'ambiance est à l'optimisme : on va se qualifier.

Samedi 7 mars

Réunion avec nos futurs professeurs des écoles du Lot-et-Garonne, au siège du Périgord Agenais. Devant moi, le tableau des Internationaux du Comité, certes un peu trop façon plaque commémorative des monuments aux morts même si pour la majorité, les inscrits sont toujours vivants. Le SUA est plus que largement représenté même si le dernier coq en date, Arnaud Mignardi, n'est pas mentionné. Côté Périgueux, il faut chercher Sylvain Meyer en 1960 et à l'US Bergerac, René Bernard en 1951.

C'est une opération séduction qui est organisé par Thomas Darracq, le fringant Conseiller Technique Régional. Toutes les précautions sont de mise ; ma voisine de table, Myriam Caumont, BE2, éducatrice à Bon-Encontre, également enseignante, porte brillamment la bonne parole ovale –elle embellirait certainement notre maison bleue -. Balle ovale ? Rugby Flag ? Foulard ? Toucher ? Gymnase chauffé ? Ne pas oublier quand même que notre discipline est avant tout un sport de combat qui se joue sous la pluie, parfois la neige, dans le vent et la boue et qui nécessite beaucoup de courage et d'esprit de sacrifice. Pas de publicité mensongère et pas de reniement de nos valeurs !

Comme au match aller, les " petits " - des gabarits moyens – Narbonnais nous appréhendent sans complexe et il faut que Vaka sauve à deux reprises sur des contres allègrement menés.

Côté SUA, on sent qu'en cas de danger, on peut accélérer ce diesel un peu marqué par les 7 matchs consécutifs et par le long déplacement de Bourg. Un essai d'Huget, plongeant à la sirène, sur une combinaison subtilement induite rend le score flatteur. Samedi prochain, le Grenoble de Franck Corrihons, Gilles Cassagne et de l'ami Bruno nous attend de pied ferme. L'occasion de retrouver Taniela Rawaqa, l'ailier fidjien qui a fait son nid au pied de la citadelle du Vercors. J'aime le cadre de Lesdiguières.

Dimanche 8 mars

Accompagnement des Crabos et des Reichels jusqu'à Biarritz. Fort amicale réception des Basques avec en figure de proue l'ami Celaya ; bonne surprise au moment du café de voir arriver les Espoirs du FCAG, Car Martet à l'heure, et famille au complet, Mike, Yann, papa Gilissen à la vidéo, papa Bernard à l'intendance et l'Anglaise la plus belle de notre République aux petits oignons. A l'arrivée au stade, on la joue modeste… " Il nous manque plein de joueurs, nous avons dû récupérer 2 Crabos au dernier moment…Nous allons charger ! " Ils ont droit au terrain d'Honneur d'Aguilera et à plusieurs équipiers premiers du BO. Deux heures après, réception commune. On la joue toujours aussi modeste : " Nous avons eu de la chance, nous avons gagné. "

Sacrés éternels auscitains !

Mardi 10 mars

Les images TV sont devenues impitoyables pour les arbitres… pour les joueurs aussi mais ces derniers ont l'occasion de se rattraper un peu plus facilement. Deux " en avant " non perçus, un essai accordé sans raison et déjà le bonus pour un club qui n'avait pas besoin d'un tel coup de pouce. Texto à l'entraîneur victime, un ami dont je vous transmets la réponse : " Il pleut toujours sur celui qui est déjà mouillé "…Le printemps est là dans douze jours !

Samedi 14 mars

Grenoble à 1 h d'Agen ! Sur Decazeville, Jérôme montre fièrement son pays, reconnaît Figeac, Capdenac, Aurillac…La France est encore plus belle vue du ciel ! Devant le Patrick Hôtel, Bruno nous attend. Daniel Dubroca lâche : " Celui-là, c'est un vrai ; il était déjà là quand je venais jouer ici en 1976. " Le fidèle bénévole des rouges et bleus m'offre " Vercors, Résistance en résonances " l'Harmattan 2008. ..Passionnant ! " Je me fends d'une casquette, c'est le minimum pour répondre à une si émouvante attention. Le rugby m'aura permis de connaître des internationaux et des notables mais ce sont les serviteurs de ce sport comme Bruno que j'affectionne le plus !

De l'émotion, le SUA va nous en fournir en soirée. Grenoble entreprend beaucoup surtout à partir de son alignement mais Anthony Vigna, de retour sur des terres où il a su s'illustrer pendant plusieurs saisons, détruit avec l'aide des copains la mêlée alpine. Djall et Jean multiplient les plaquages. L'excellent Best, le meilleur grenoblois, par ailleurs capitaine, charge mais la ligne blanche ne rompt pas. Pourtant, à l'entrée de la seconde mi-temps, une belle combinaison des lignes arrière expédie l'ailier Terchi au milieu de nos poteaux. 6-10, mais l'heure de Caucau va sonner avec un peu d'avance : 8' exactement. A la 52' ils sont 3 devant lui, confiants dans leur nombre, négligeant la vedette fidjienne jusqu'ici hors sujet ; ils vont payer cher cette désinvolture ; les 115 kilos vont passer. Où ? Sous le bras de l'un, sur les côtes de l'autre et le dernier ne pourra même pas l'effleurer. Les érudits du SUA se rappelleront qu'il avait marqué le même par le passé, contre l'ASM. Qui dans notre championnat peut réaliser semblable exploit ?

Le temps passe et les deux formations semblent se contenter du match nul.

A 2' de la fin, Rupeni omet de se baisser et sa défense jugée trop haute permet à Garnier, nouvel entrant, des 45 mètres en coin, de signer une probable victoire locale. C'est au retour sur la ligne médiane que j'ai ressenti la force de notre équipe. Coup de renvoi impeccable de Miquel, juste au-delà des 10 mètres, récupération, avancée dans l'axe et l'ouvreur frappe un drop goal que l'on peut croire réussi. Le ballon frôle le poteau droit, Gengenbacher s'amuse dans l'en-but, croit gagner du temps. Un de ses camarades s'époumone : " Le ballon a été touché… ! " Mêlée à 5 mètres ordonnée par M. Gonthier et forte poussée agenaise. Autour de Fonua, on pilonne dans l'axe à deux reprises. En fin de ruck, Sylvain ignore Jérôme et l'égalisation possible, ovale direction Caucau positionné au centre ; cette fois-ci, les ¾ isérois sont bien décidés à ne pas le laisser passer mais le Fidjien sait tout faire : malin comme un gros chat, il écarte d'une longue passe sur Sofiane Guitoune délaissé sur l'extérieur. L'enfant de Vierzon retrouve les vertiges de la terre promise.

Victoire pour un groupe qui sait rester modeste dans la performance. Cet esprit forgé par Christian et Christophe nous donne beaucoup d'espérances.

Dimanche 15 mars

Des espérances, l'équipe de France ne nous en a guère donné dans le temple de Twickenham. Que s'est-il passé lors de cette humiliante première mi-temps ? Des Anglais survoltés certes comme à Poitiers et Azincourt et Martin Johnston dans le rôle de Nelson ? de Wellington ? mais de là à subir autant, à reculer sans cesse, à commettre autant d'en-avant, à buter à côté des poteaux et du ballon…Le fameux jour sans que toute équipe et tout entraîneur connaissent dans une histoire ovale et que la mémoire des glorieux anciens se refuse souvent de retenir. J'ai eu mal pour les bleus et pour leurs coachs, livides d'impuissance devant la tornade blanche. J'entends les haros des bons penseurs ! Championnat inadéquat, formation tronquée, trop d'étrangers, projet de jeu inapproprié !...On ferme les écoutilles, on serre les boulons et on bat l'Italie !

Hier, au Stade de la Méditerranée, en une petite demi-heure, l'ASBH avait déjà concédé sur ses terres 4 essais et 30 points contre le LOU. J'ai quelques amis qui porteront toujours ce club dans leur cœur. Une pensée pour leur tristesse incommensurable : " Les grandes équipes ne meurent jamais ! " Rendez-vous samedi soir à Armandie. J'espère que les glorieux anciens de l'ASB sauront se retrousser les manches et venir vite se mettre au service d'un club qui leur a quand même beaucoup donné aussi.

P.S La si belle kiné anglaise des Espoirs du FCAG s'appelle Rosa ; ça ne s'invente pas : une rose sans épine et à déclinaison latine, les cheveux blonds, une peau de bébé hostile au soleil, deux fossettes qui ajoutent à l'humour et un texto qu'elle a retrouvé chez Carling : " Good Game. "

 
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