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La chronique d'Henry Broncan

Comme chaque semaine, retrouvez la chronique savoureuse d'Henry Broncan, le manager du SU Agen.

 
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Vendredi 6 février

Une soirée inattendue, sans anticipation, sans fête espérée ; une nuit qu'on prévoit banale, pourquoi pas ennuyeuse ! On sait seulement que la table sera bonne puisque le meilleur cuisinier est aux fourneaux et parfois au bar avec quelques anecdotes aussi savoureuses que ses plats. C'était lui qui, il y a un an presque jour pour jour, m'avait soufflé : « On entend le fracas de l'arbre qui tombe et on n'écoute pas le bruissement de la forêt qui pousse. » Il voulait parler de l'effort que nous faisions pour promouvoir la jeunesse agenaise. Aujourd'hui, entre deux coupes, il compte les Espoirs qui évoluent en Equipe 1 du SUA -14 sur 23 joueurs inscrits sur la feuille de match dimanche face au TPR – Il y en aura autant 8 jours plus tard face au Racing.

Mais ce soir mon hôte ne tiendra pas seul la vedette. Il aura, dès l'apéritif, une compétition relevée avec le vigneron biologique du village. Sous les arceaux de la bastide, c'est là que nous débuterons la philosophie du vin. Je croyais celui-ci fils du soleil et j'apprends que la lune est sa mère. Une belle histoire que je vous conseille d'aller écouter avant d'aller manger.

Treize dans le grand salon puisque Roland retenu à Paris n'a pu relever l'invitation. Le ballon ovale est à l'honneur : on ne parlera que de lui tout au long de la soirée. Anecdotes du temps passé sans doute enjolivées, légendées mais la critique historique n'a pas lieu d'être dans ce type de réunion. Serge et le coup de pied de recentrage magique de 1962 a du mal à s'exprimer : les avants sont dominateurs. Le grand Benoît pourtant parfois peu loquace capte la parole comme le cuir d'autrefois et je bois ses récits. Ma mémoire retrouve sa première apparition dans un match amical disputé à Riscle par le Bataillon de Joinville au début des années 60. Ce grand poulet de St-Sever était, ce jour-là, rentré dans ma légende du rugby pour ne plus en sortir. Duo hilarant dans un minuit du XXIème siècle mais moins marrant sans doute dans les après-midi d'Armandie : Daniel et Jean-Louis relatent les mêlées des Octantes, la même complicité, les mêmes clins d'œil, les sourires parallèles…Seul leur nez a divergé. Par respect, on ne citera pas les noms des « victimes » :

- « Rentrez en mêlée ! »

- Mais Monsieur, je ne peux pas mettre la tête !...Ils sont collés l'un contre l'autre ! »

J'espère que nos jeunes Pros récolteront des récits similaires.

Retour par Nérac. Au panneau Montagnac sur Auvignon, on me raconte que pour rentrer sur Agen, il vaut mieux prendre par la côte, c'est plus court. En fait, c'est l'occasion de passer par ce village dont la table du Conseil Municipal est ovale depuis que Jean-Louis Tolot a été élu premier magistrat.

Dans la villa, un bureau, jardin secret. On y cherche en vain les portraits de Sarko ou de Ségolène. Ici, c'est la Galerie des meilleurs piliers de l'Hexagone et donc du SUA – place spéciale pour la 1ère ligne 100% agricole : les deux Jean-Louis et Daniel. A peine quelques ¾ célèbres parce qu'ils plaquaient fort et parce qu'ils ne perdaient pas le ballon en chemin. On devait pourtant accepter d'eux quelques en-avant puisqu'ils étaient l'occasion de faire des mêlées, les meilleures, puisque l'introduction était adverse. Au bout de la visite, le nec plus ultra, les images des expulsions : bras à l'horizontale des referee et sortie digne de l'éconduit : « Je donne, je paye »…

Parfois aussi émouvant qu'un éclair de Sella !

Samedi 7 février

Une trentaine d'éducateurs de Pont-du-Casse, du Passage, du RCBB, des Jasmins et bien sûr du SUA sont regroupés salle Pierre Cler dès potron-minet pour écouter une communication du Docteur Philippe Paule fils d'un grand supporter de notre club et lui-même très attaché aux couleurs « bleu et blanc ». Thème : « Cœur et Sport ». Cette intervention a pour objectif d'aborder tout particulièrement le problème de la mort subite à l'effort. Assistance marquée par des évènements tragiques récents et donc très attentive. La séance s'achève sur la mise en œuvre du défibrillateur semi-automatique, objet indispensable maintenant dans les locaux d'un club sportif.

A midi, avec Henri et Francis, en route vers Tyrosse. A partir d'Houeillès, après un court arrêt à Durance, paysage de désolation d'une forêt si belle maintenant déchiquetée, pins fracturés, toutes dents dehors. Pluie continuelle et averses de grésil sur le Stade de la Fougère. Comme à leur habitude, les locaux vendent chèrement leur peau et les nôtres l'emportent sans convaincre mais gagner là-bas n'est jamais facile, même en 2009. Réception d'après match toujours aussi sympathique. Quelques plaintes locales sur les rigueurs de cet hiver et attente angoissée d'une nouvelle tempête annoncée pour la nuit de mardi. Après Klaus, Quinten est prévu.

Au retour, la Sud-Radio nous relate Irlande-France…comme au temps de Loys Van Lee.

Dimanche 8 février

A l'instar de leur capitaine Adri Badenhorst, les Agenais démarrent pied au gazon et secouent le TPR proche du naufrage. Début peut-être trop facile mais aussi qualités de cœur du côté bigourdan. Les rouges de Martinez, Bérot et Bodin reviennent peu à peu dans le match derrière leur ouvreur Rory Teague suppléant idéal de Richard Apanui retenu auprès de sa femme dans une maternité tarbaise. Les visiteurs sont à 7 points et une interception manquée les empêche d'atteindre le nul. Ce retour vexe nos Agenais qui finissent la rencontre comme ils l'avaient commencée : en grandes trombes, inscrivant 6 essais dont 3 de Sylvain Dupuy dans un jour de lumière. Le petit écran nous montre de fringants Gallois rayonnants à Murrayfield.

Lundi 9 février

Premier rendez-vous de la saison aux Thermes de Casteljaloux. Christian et Christophe ont ressenti le besoin de faire souffler leurs joueurs après les longues chevauchées de la veille. Surprise de rencontrer à la tête de l'établissement un Samatanais pur-sang, Mr Gabarrot. L'occasion d'égrener des souvenirs sur la capitale du foie gras, ses vieilles familles, de relater l'ascension de ce L.S.C si cher aux deux interlocuteurs. On se remémore aussi les deux stages réalisés par les « petits rouges de la Save » à St-Christaud dans la vallée d'Aspe, établissement dirigé par ce même directeur. J'avais partagé un dîner avec Marcel Amont autre curiste et le lendemain, j'avais sollicité un de mes jeunes joueurs, alors étudiant en médecine et maintenant bien établi en tant que disciple d'Esculape : « Guillaume, j'ai mal à l'orteil ; j'ai dû me le casser à l'entraînement d'hier après-midi. » Examen par le futur carabin et sourire amusé : »Monsieur, ce n'est pas une fracture… c'est une crise de goutte ! » J'ai tout de suite pensé à Louis XVIII que je décrivais à mes élèves comme impotent à cause de sa maladie. Dans sa sépulture royale, je crois bien l'avoir vu sourire devant les nouveaux maux d'un professeur d'histoire qui avait osé se moquer de son état de santé.

Jeudi 12 février

Nouvelle réunion avec plusieurs enseignants des lycées de la ville : Palissy, De Baudre, Lomet et Jean Monnet. Comme d'habitude, Nelly a préparé crêpes, tourteaux aux fèves, cidre, et jus d'orange. Beaucoup d'échanges autour de Serge Dupuis maître d'œuvre et chef d'orchestre de la commission scolaire. Une nouvelle fois, on s'aperçoit qu'une méforme sur le plan sportif entraîne une baisse des résultats scolaires. Encore une fois, on s'aperçoit qu'il faut être très vigilant sur le moral vacillant de nos pensionnaires. C'est dur d'accéder au haut niveau.

Vendredi 13 février

Départ matinal pour Paris. Invitation par Sacha qui a réuni les folklos du PUC. Vêtements, voiture, tapisseries…ici tout est violet. Amour incommensurable pour le club de Haget, Hoche, Krottof…club maintenant en Fédérale 2, exilé de Charlety à la Cipale mais toujours « vivant » car il forme encore d'excellents jeunes que le Stade Français et le Racing viennent chercher au plus vite. Des chansons paillardes éternelles et je m'endors en craignant de me retrouver comme à St-Christaud.

Samedi 14 février

Me voici à Neuilly, au pays de Sarkozy, dans un laboratoire pharmaceutique, pour parler de rugby en compagnie de Jean-Jacques Crenca, à une douzaine de cancérologues réunis là pour échanger médecine mais aussi ballon de rugby. Contact avec des gens d'une grande simplicité, pour la plupart très jeunes, passionnés par leur fonction, quelques rides au coin de leurs yeux parfois assombris par leur mission.

Leur mission : les joueurs du XV de France vont l'accomplir péniblement certes mais la victoire était bien essentielle. Le Stade de France a du mal à exulter sauf lors de l'échauffement de Chabal. On s'ennuie un peu sur nos sièges car seuls les Ecossais relancent le ballon. C'est une déception après les espérances de Dublin. On fera mieux contre les Gallois d'autant que les critiques galvanisent les coqs.

Dimanche 15 février

Match de très haut niveau à Colombes. Trois essais magnifiques issus des « pattes » agenaises, des Agenais ambitieux comme des Rastignac, superbement insolents, mettant à mal la rigueur défensive des joueurs de Berbizier. La « mobylette bleue » enfin décalaminée s'enfile deux fois, une fois à toi Yohan, une autre fois pour griller Mehrtens qui revoit le « Petit Bleu » qui l'avait déjà mystifié, à Armandie, un peu plus de 365 jours auparavant. Deylaud et Lanta peuvent être fiers de leurs ouailles. Seul l'arbitre, M. Piraveau, sur ce match-là, a paru mal dans « ses crampons ».

Dans quarante jours, le printemps est parmi nous. Une hirondelle m'a promis le retour de ma voisine. Quarante jours de jeûne !

 - Rugbyrama
 
 
 
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