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La chronique de Pierre Villepreux

La chronique de Pierre Villepreux

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 26/06/2008 à 09:27
A deux jours de la finale du Top 14, notre expert Pierre Villepreux revient sur le jeu et les résultats des finalistes cette saison.

La réussite sportive et donc rugbystique s"inscrit toujours dans la durée. La visibilité de cette réussite s"impose aux yeux de tous bien sûr et d"abord par les titres glanés ici et là. Mais pour tous les techniciens, compte tenu de la formule de notre championnat qui propose des phases finales, ce sont tout autant les résultats globalement acquis au fil du temps et de la saison en cours qui sont significatifs. Etre régulièrement dans les 4 premiers, avoir cette permanence dans la capacité à rivaliser chaque saison avec les meilleurs est déterminant et classe le club dans la catégorie Elite.

Ces résultats ne peuvent justement s'obtenir dans le temps que si le club écrit son histoire derrière un vrai projet. Ce dernier se met en place à la fois dans le projet de jeu et avec les joueurs, mais tout autant dans l'optimale structuration du club qui place tous les acteurs, ceux du terrain et les autres, en situation de synergie dans le cadre de structures adaptées. Le tout économique basé essentiellement sur le recrutement et le remplissage des stades avec un public de moins en moins socialement situé, logiquement attiré par le spectacle d'avant et d'après match, me semble être un leurre si on ne cerne pas où sont les priorités à entreprendre pour que la réussite ne soit éphémère, en tout cas plus difficile à préserver dans le temps donc forcément un peu factice.

Cette appréciation se doit bien sûr d'être nuancée car les clubs français recouvrent des inégalités de situations financières et contextuelles qui leur imposent des contraintes qui ne permettent pas à tous de jouer dans la même catégorie.

Ceci pour dire qu'entre Mont de Marsan qui accède à la pro A et les deux finalistes, les prospectives d'extension et les priorités pour continuer à surfer avec la réussite ne devraient pas et ne pourront pas se conjuguer sur le même temps et les moyens mis en oeuvre pour obtenir la présence d'un public fidèle, car il s'agit aussi de cela, seront différents.

Il faudrait sûrement, dans le système professionnel, faire une analyse sociologique pour cerner les grandes tendances qui mobilisent le spectateur afin de dégager, à partir du contexte de chacun, des perspectives d'extension donc de cerner les priorités à mettre en place dans le temps et dans le cadre du projet de club.

Ces perspectives d'extension sont dangereuses à gérer car elles peuvent conduire au succès mais aussi à la crise.

Toulouse est particulièrement représentatif de cette réussite résultats/ structuration du club qui s'est mis en place dans le long terme et bien sûr, c'est plus facile de le faire quand les résultats suivent, mais ce challenge est incontournable pour conserver cette efficacité de manière permanente.

Clermont n'en est pas à sa première finale mais les résultats précédents n'ont pas toujours été à la hauteur des ambitions de ce club. La gestion actuelle me semble aller dans ce sens et ce club a trouvé, me semble-t-il, sa cohésion à la fois dans le style de jeu choisi, dans le management et la structuration du club.

Cette saison, les résultats de ces deux clubs ont prouvé cette solidité, ils ont fait continuellement ou presque la course en tête. La qualité du jeu proposée par ces deux équipes ne s'est pas démentie et les quelques défaites ont pu être digérées sans inconvénients importants puisque ces défaites n'ont pas entraîné une remise en question du jeu choisi.

Le mot qualité de jeu ne doit pas être pris en terme de valeur mais bien d'affirmation de ses certitudes et convictions en matière de jeu, donc d'affirmation d'une image de marque qui s'impose naturellement aux spectateurs.

En ce sens les différences entre les styles de jeu ( au demeurant tous les deux très ambitieux) de Clermont et Toulouse devraient nous valoir une belle finale qui devrait ravir tout le monde.

Mais cela ne sera possible que si chacun ne baisse pas le niveau d'exigence que chaque style réclame pour ne pas dire impose, seule façon de valoriser le travail réalisé, car toute valorisation ne prend du sens que dans la sincérité.