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Marie-Alice Yahé: "Ce ne serait pas aider le rugby féminin que de diffuser son championnat"

Yahé: "Ce ne serait pas aider le rugby féminin que de diffuser son championnat"

Mis à jourLe 07/11/2014 à 17:25

Publiéle 07/11/2014 à 16:16

Mis à jourLe 07/11/2014 à 17:25

Publiéle 07/11/2014 à 16:16

Issue d'une famille de rugbymen du côté du Creusot, Marie-Alice Yahé s'est tournée vers ce sport à l'université. Internationale depuis 2008 et devenue capitaine en 2011, elle a été contrainte de stopper sa carrière en mai 2014 après cinq commotions cérébrales. Reconvertie en consultante télé, elle a livré son ressenti sur le rugby féminin, ses projets et la renaissance de son mari, Lionel Beauxis.

Marie-Alice, quelles sont vos activités depuis votre retraite ?

Marie-Alice YAHE: A part commenter les matchs de Top 14 pour le groupe Canal + puis intervenir sur l'émission "Les Spécialistes" le vendredi soir sur Canal + Sport, je dirais pas grand chose d'autre.

Avez vous des projets en cours ?

M-A.Y.: Un projet plutôt familial... avoir un bébé ! Sinon, nous nous sommes mariés au mois de juin dernier mais pas de projet particulier professionnellement parlant.
 
Même pas devenir entraîneur du XV de France féminin ou intégrer le staff des Bleues ?

M-A.Y.: Non ce ne sont pas mes projets, c'est sûr. Et pas dans mes envies. En tout cas, pas maintenant. Je ne ferme pas la porte non plus car on ne sait pas de quoi demain est fait. Entraîneur, je n'en ai ni les formations ni les capacités. Et puis je suis encore trop sur le côté joueuse où j'étais insupportable, perfectionniste, caractérielle et autoritaire. Et je ne suis pas sûre de ne pas être la même en tant qu'entraîneur alors qu'il faut agir différemment. Pourquoi pas plus tard rejoindre le staff de l'équipe de France Féminines ou la Fédération pour aider ou donner mon avis mais entraîner, j'en suis incapable.

" Nous sommes davantage dans le jeu d'évitement, de contournement que dans l'affrontement même si il y en a évidemment. De ce côté-là, on savait que notre jeu plairait"

Quel magnifique coup de projecteur pour le rugby féminin que d'avoir organisé cette Coupe du monde en France (août dernier à Marcoussis et à Paris)...

M-A.Y.: Carrément ! Tout le monde a été agréablement surpris. On ne va pas cacher qu'au départ, nous n'étions pas euphoriques à l'idée de l'organiser en plein été en région parisienne car peu de personnes présentes dans la région en raison des vacances estivales. Et pas non plus de grands fervents spectateurs de rugby notamment féminin au point de se déplacer jusqu'à Marcoussis. Au final, c'est une belle surprise par rapport au nombre de spectateurs mais aussi de téléspectateurs (pics d'audience de 2 millions pour les matchs de l'équipe de France féminine, ndlr).

Il faut reconnaitre que nous étions très nombreux à être septiques. Au final, c'est la FFR qui a eu raison, nous qui avons eu tort et tant mieux !

M-A.Y.: Exactement. C'est totalement ça. Le lieu et les dates que nous ne pensions pas intéressantes l'étaient au final. Il n'y avait pas d'autres événements sportifs à ces dates-là et les championnats, à l'exception du football, n'avaient pas repris. Et le fait de l'avoir fait à Marcoussis a donné une certaine proximité avec les joueuses. Cela a aussi permis de présenter le Centre National du Rugby qui, à la base, est un lieu assez fermé au public. Tout cela a vraiment plu et a permis aux joueuses de se faire connaitre médiatiquement. Les résultats étaient là, certes, mais c'est la proximité des joueuses avec le public qui a donné de l'engouement. C'était donc un super choix de la FFR. En revanche, je ne suis pas étonnée que le jeu puisse plaire. De l'intérieur, on savait ce qui ne plaisait pas dans le rugby masculin, à savoir le manque de jeu, de mouvement, le manque de prises d'initiatives... et tous ces critères sont dans notre ADN. Même si nous devons respecter et intégrer les bases de ce sport comme le combat, les rucks, les groupés pénétrants... ces phases de jeu sont, chez les filles et notamment en équipe de France, des points sur lesquels nous nous attardons le moins. Nos gabarits ne nous l'imposent pas et nous aimons le jeu de mouvement. Nous sommes davantage dans le jeu d'évitement, de contournement que dans l'affrontement même s'il y en a évidemment. De ce côté-là, on savait que notre jeu plairait. Après, il fallait réussir à le mettre en place face à certaines équipes, ce qui a plutôt bien fonctionné.

" Il y a un monde d'écart entre le championnat féminin, le Top 8 et le niveau international"

Qu'a-t-il manqué aux filles pour aller au bout de cette Coupe du monde ?
 
M-A.Y.: Quelques petits détails mais surtout du réalisme. Notamment face aux Canadiennes en demi-finale. Les filles ont probablement subi un peu l'évènement car elles se sont mises à jouer trop tard. Il y eu de la fatigue également car le XV de départ, à l'exception d'un match, était quasiment le même. Les Canadiennes nous ont dit après coup qu'elles avaient récité une analyse de match parfaite. Elles ont très bien analysé le match des Bleues et se sont préparées en conséquence. De notre côté, nous avons eu du mal à nous adapter car la façon de jouer des Canadiennes était inattendue. Et elles ont très bien exploité les contres. Nous avons bien réagi notamment au cours de la seconde mi-temps mais c'était trop tard. Sur ce match, elles étaient plus fortes physiquement et tactiquement que nous. Enfin, davantage de cohésion entre le staff et les joueuses aurait été nécessaire.
 
Pensez-vous que les médias notamment les chaines de télévision (les plus puissantes en terme de médiatisation) vont continuer à contribuer à l'essor du rugby féminin ?
 
M-A.Y.: Ils vont continuer car ils ont vu l'engouement suscité et que le rugby féminin avait de l'intérêt aux yeux des gens. Maintenant, on va dire que le manque de compétitions intéressantes, à l'instar des garçons, va faire que la médiatisation va s'atténuer. On le voit depuis la fin de la Coupe du monde Féminines déjà. Cela va malheureusement régresser car la prochaine grande échéance pour les filles, ce ne sera qu'en février prochain lors du Tournoi des 6 Nations. La grande différence avec le rugby masculin, ça ne s'arrête jamais chez eux. Ils enchainent les différentes compétitions et peu importe les résultats, il y a toujours une visibilité. Les filles, on ne les a pas revues depuis la fin de l'épopée Coupe du monde. On ne les reverra que pendant le Tournoi et celui-ci terminé, on ne les reverra pas de si tôt. En connaissant bien le championnat féminin pour y avoir joué pendant des années, il n'est pas assez intéressant pour être montré. Le championnat est tellement faible par rapport au niveau international que les gens seraient trop en attente de voir les matchs qu'ils ont vus cet été et seraient déçus. Il y a un monde d'écart entre le championnat féminin, le Top 8 et le niveau international. Si on me demandait mon avis, je dirais que ce ne serait pas aider le rugby féminin que de diffuser le championnat. Mis à part certains matchs de phases finales où les grosses écuries se rencontrent. Tout cela réuni fait que l'exposition sera moindre.

Marie Alice Yahé contrainte de mettre un terme à sa carrière en mai 2014
Marie Alice Yahé contrainte de mettre un terme à sa carrière en mai 2014 - Icon Sport


Le rugby à 7 féminin obtient de très bons résultats malgré un statut amateur jusqu'à présent. Un effort du côté de la FFR a été fait en proposant des contrats semi-professionnels car l'objectif ultime, c'est la qualification pour les JO au Brésil en 2016. Quel est votre regard sur cette discipline ?
 
M-A.Y.: Il se porte bien. Les filles comme le staff ont eu besoin de se rendre compte qu'il fallait changer de statut. Notamment de voir que des nations en-dessous de leur niveau ou inconnues étaient semi-pros voir pros. En France, il n'y a pas de championnat à sept donc elles sont obligées de rester sur le quinze. Elles doivent combiner avec les deux disciplines. La Fédération a réagi et c'était prévu même si cela a pris un peu plus de temps. La Coupe du monde à 15 était prioritaire. Celle-ci étant finie, on a basculé sur les Jeux Olympiques car c'est le plus important maintenant. D'où l'accélération de la FFR à ce sujet, qui a laissé le choix aux filles de leur statut concernant le 7. C'est plutôt bénéfique car elles réussissaient sans cela. Elles se sont rendues compte de leurs qualités rugbystiques pour rivaliser avec les meilleures nations mais elles n'étaient pas à la hauteur sur le plan physique. Elles manquaient d'entrainement, n'étaient pas assez armées pour enchainer les tournois. Le statut de joueuse semi-professionnelle plait aux filles. Le staff était aussi pour ce statut. Ils souhaitaient que les filles gardent un pied dans la réalité car après les JO, certaines arrêteront pour diverses raisons, redeviendront des femmes lambda. On ne peut pas vivre de ce que l'on gagne avec le rugby. Et cela permet aux filles de penser à autre chose que leur sport et surtout, de préparer l'avenir plus sereinement notamment grâce à certains aménagements. Car il ne faut pas oublier que la plupart d'entre elles ont quitté leur confort, leur région, leur famille pour venir s'installer en région parisienne sachant qu'elles ne sont pas encore qualifiées. Leur statut de semi-pro et les avantages sont liés à la qualification aux JO. Sans une présence à ces derniers, tout cela sera fini. Elles ont un très bon groupe et elles ont un avantage certain, c'est de s'entrainer au contact des garçons qui sont au-dessus dans tous les secteurs : physique, technique, tactique, vitesse. Pour leur évolution, c'est une très bonne chose.

" L'UBB a su lui (Lionel Beauxis, ndlr) redonner de la confiance et il a retrouvé un club "famille" où les valeurs du rugby transpirent"

Évoquons à présent le Top 14, un championnat qui s'annonce encore plus fou, plus excitant et plus indécis cette année. Partagez-vous cette vision ?

M-A.Y.: C'est vraiment ça. Certes, les deux-trois premiers, on les connait, reste à déterminer leurs places au classement. Concernant les six, il est très difficile de savoir qui y figurera à la fin de la saison. Il en est de même pour la relégation. Regardez la situation de Toulouse il y a quelques semaines et aujourd'hui. D'accord, c'est le Stade toulousain mais personne ne les voyait autant en difficulté en ce début de championnat. Après, il y a des équipes en difficulté mais pour les avoir vu jouer, il est très difficile de dire qui descendra au terme de l'exercice. Ça me semble aussi indécis pour la bataille dans les six qui va être féroce jusqu'au bout.

Que vous inspire le début de saison de votre mari (Lionel Beauxis) qui semble connaitre un renouveau du côté de l'Union Bordeaux-Bègles ?

M-A.Y.: Je dirais plutôt un épanouissement. Avec toutes ses blessures et cette marge de manœuvre très compliquée au Stade toulousain - avec des joueurs du niveau de Mc Alister - c'était dur de jouer. Il était bien là mais il n'était pas épanoui et c'est difficile de trouver de la confiance quand on ne joue pas. Il travaillait autant qu'aujourd'hui, il avait la même passion et la même envie. C'est tout simplement qu'il n'était pas entendu de la même manière, n'était pas entrainé de la même manière et n'était pas dans la même configuration que maintenant. Je pense surtout qu'il était dans un club qui ne lui convenait pas. L'UBB a su lui redonner de la confiance et il a retrouvé un club "famille" où les valeurs du rugby transpirent. Ce qui est plus le cas ici qu'au Stade toulousain.

Pensez-vous que les chaines télé ont fait appel à vos services car vous êtes une femme de joueur professionnel ou davantage pour ce que vous avez apporté à votre sport ?

M-A.Y.: Je pense tout simplement parce que je suis une femme et non une femme de joueur pro. Et pour preuve, c'est que les responsables des chaînes télé veulent que je porte mon nom de jeune fille et non celui de femme mariée. C'est aussi un effet de mode car on en voit de plus en plus à la télé lors de retransmissions de match ou d'émissions sportives. Après, mon parcours d'ancienne joueuse et capitaine de l'équipe de France y joue et je suis autant crédible que les autres intervenants à parler de rugby. Et pas seulement de rugby féminin car je défends le rugby en général.

Comment est la vie à Bordeaux ?
 
M-A.Y.: La vie à Bordeaux est plutôt top. Tout marche bien et nous sommes épanouis, d'autant que nous avons été très bien accueillis.

Marie-Alice Yahé et Lionel Beauxis prennent la pose ensemble - 12 janvier 2012
Marie-Alice Yahé et Lionel Beauxis prennent la pose ensemble - 12 janvier 2012 - Icon Sport
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