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RUGBY - FEMININES - Gaëlle Mignot : "En signant ici, je viens chercher des réponses"

Monde pro, formation, avenir en Bleue... Gaëlle Mignot raconte son défi anglais
Par Rugbyrama

Le 29/09/2017 à 11:52Mis à jour Le 29/09/2017 à 12:26

FEMININES - Gaëlle Mignot va faire ses débuts en Tyrrells Premier 15s, ce samedi face à Gloucester, avec le club de Richmond. La talonneur et capitaine des Bleues (30 ans, 69 capes) est la première joueuse française à intégrer le premier championnat (partiellement) pro de rugby à XV féminin. Elle revient sur ce nouveau challenge et précise qu'elle n'entend pas renoncer à la sélection nationale.

Gaëlle Mignot, vous avez décidé de signer à Richmond, comment cela s'est-il fait concrètement ?

Gaëlle Mignot : C'est tout jeune puisque le MHR est venu voir comment cela se passait à Richmond au travers d'un partenariat qui est en train de se mettre en place. À ce moment-là, il y a eu des échanges entre les staffs et les expériences de chacun sur l'évolution à donner à la pratique du rugby féminin . Il y a eu, au terme de ces discussions, une opportunité pour moi d'aller jouer à Richmond pendant une saison. Concrètement, cela s'est fait avant le mondial en Irlande (9-26 août) puis cela s'est accéléré vers la fin de la compétition. Je n'ai pas hésité une seule seconde même si je suis très attachée à Montpellier car j'y étais depuis 2008 et j'y ai vécu de superbes aventures en gagnant notamment cinq titres de champions de France.

" Les filles ne sont pas rémunérées en tant que joueuses "

Quelles ont été les réactions, du côté de vos coéquipières à Montpellier, à l'annonce de cette décision?

G.M. : Forcément, il y a deux sentiments. Il y a de la déception mais il s'agit au terme de cette année de revenir avec une expérience supplémentaire et une autre vision que je pourrai apporter au club. Il y a donc aussi beaucoup de réactions positives car elles se rendent compte de la chance que j'ai. Après, je le répète, mais Montpellier reste mon club et je ferai tout pour y revenir.

Pourquoi l'avoir fait maintenant?

G.M. : Après la Coupe du monde, je ne savais pas trop ce que je voulais faire de ma carrière. Cette opportunité me donne un nouvel élan. À 30 ans, j'ai encore la possibilité de jouer. Il faut se redynamiser et ne pas rester sur ses acquis. C'est l'occasion de plusieurs choses : de booster ma carrière rugby, de mener un double projet avec le fait d'entraîner (elle va donner des sessions d'entraînement dans plusieurs catégories du comté Surrey Rugby, auquel le club de Richmond est rattaché, N.D.L.R), et donc de me former, mais il s'agira aussi de voir comment ce club fonctionne avec l'entrée dans un nouveau système de championnat qui doit devenir professionnel d'ici trois ans. Il l'est déjà dans le sens où il y a un cahier des charges à respecter pour les dix clubs engagés, que ce soit au niveau des structures, des coaches, de la médiatisation mais aussi des interventions auprès du public. Le défi c'est que tout soit professionnel d'ici trois ans.

Comment cela se passe t-il au niveau financier ?

G.M. : Les filles ne sont pas rémunérées en tant que joueuses mais elles sont toutes salariées, c'est la règle numéro une. Je suis venue pour jouer mais il fallait qu'il y ait un travail derrière, c'est le cas avec mes interventions à Surrey Rugby.

Le concept de "one club"

L'opportunité d'apprendre de nouvelles choses a également compté dans votre choix ?

G.M. : Clairement. Il s'agit de voir leurs pratiques d'entraînement pour ramener ça chez nous en France, voir ce qu'il y a de bien et de moins bien. Nous pouvons tous ensemble faire en sorte que la pratique du rugby féminin évolue. Personnellement, c'est pour moi l'opportunité de me frotter à d'autres joueuses, de me mettre en insécurité pour pouvoir élever mon niveau de jeu. Le club vient de recruter de nombreuses joueuses. Au talon, je vais être en concurrence avec une championne du monde puisqu'il s'agit de Te Kura Ngata-Aerengamate, la remplaçante de la capitaine des Black Ferns (Fiao’o Fa’amausili). C'est une opportunité également sur le plan professionnel, de travailler sur mon après-carrière et ma volonté de vouloir entraîner une fois que j'aurai terminé en tant que joueuse. Je viens à Richmond pour m'enrichir de nouvelles méthodes. Il faut savoir que le club a plusieurs équipes et il fonctionne dans ce qu'on appelle un "one club", c'est-à-dire que garçons (qui évoluent en RFU Championship, deuxième division nationale) et filles sont mélangés lors de séances de musculation, de séances de courses. Seule la partie rugby sur le terrain se fait séparément mais les horaires sont les mêmes. Les entraîneurs spécifiques pour la mêlée chez les garçons interviennent aussi auprès des filles. En France, cela ne se fait pas du tout.

Gaëlle Mignot, sous ses nouvelles couleurs (Richmond)

Gaëlle Mignot, sous ses nouvelles couleurs (Richmond)Other Agency

C'est aussi l'occasion de se familiariser un peu plus avec la langue anglaise...

G.M. : Oui, le but c'est aussi d'être en immersion pour l'apprentissage de l'anglais. Nous nous apercevons que nous, Français, nous avons souvent cette barrière de la langue qui nous fait défaut notamment en Coupe du monde dans tout ce qui concerne le relationnel avec l'arbitre. Je ne parle pas l'anglais énormément donc je viens pour l'apprendre. Pour l'instant, le temps que tout se mette en place, je suis accueillie par un des entraîneurs qui parle français et qui l'est lui-même, Alain van West. Mais l'objectif c'est d'entrer très vite dans l'apprentissage de la langue avec des cours que je vais suivre. C'est une année durant laquelle je vais étudier... à tous les niveaux.

" Si j'avais été championne du monde, ou ne serait-ce que finaliste, la question de bouger ne se serait même pas posée"

Le fait d'avoir perdu en demi-finale de la Coupe du monde face à l'Angleterre (20-3) a t-il joué dans votre décision ?

G.M. : Oui, je suis aussi venue pour savoir quel est réellement le niveau du championnat français, le Top 8, pourquoi l'équipe nationale anglaise est toujours aussi forte... je viens chercher des réponses dans ce style-là. Si j'avais été championne du monde, ou ne serait-ce que finaliste, la question de bouger ne se serait même pas posée.

Est-ce que vous gardez toujours l'équipe de France dans un coin de votre tête ?

G.M. : J'espère avoir la chance d'être sélectionnée. Je n'ai pas trop de réponses pour l'instant même si le staff et l'encadrement sont informés de mon choix et le comprennent. Pour être sélectionnée, il faut être la meilleure à son poste. C'est sûr que je serai "moins vue", même si il y aura des matchs télévisés, mais j'ose espérer qu'ils me laisseront encore ma chance. Je n'ai pas tiré un trait sur l'équipe de France, j'espère pouvoir y rentrer de nouveau. J'étais indécise à la fin de la Coupe du monde, là je suis partie dans le but d'élever mon niveau de jeu et d'encore apporter aux Bleues.

Un mois après la fin de la Coupe du monde où vous avez terminé troisièmes avec vos coéquipières, est-ce que la compétition est digérée ?

G.M. : Oui et non. D'un côté je suis contente car nous avons ramené une médaille et ce n'est pas rien pour un groupe où il y avait de nouvelles têtes, et qui a pris énormément de plaisir en Irlande. D'un autre côté, après trois participations à une Coupe du monde, il y a la frustration de perdre une nouvelle fois en demi-finale. Je viens aussi en Angleterre pour me confronter à autre chose et voir où j'en suis.

Est-ce que d'autres joueuses françaises pourraient marcher dans vos pas et venir en Angleterre ?

G.M. : J'espère que ma venue va pouvoir faire élever le niveau de l'équipe de France. Le but n'est pas que toute les filles viennent jouer en Angleterre, car nous avons un excellent vivier en France, mais il fallait que quelqu'un vienne observer ce qui se fait dans ce nouveau championnat.

Propos recueillis par Enzo Diaz

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