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Flashback : Le jour où Marconnet a dit adieu aux Bleus

Flashback : Le jour où Marconnet a dit adieu aux Bleus

Le 17/08/2017 à 14:03Mis à jour Le 17/08/2017 à 15:19

FLASHBACK - Capitaine du XV de France et longtemps le pilier le plus capé de l'histoire des Bleus, Sylvain Marconnet n'aura disputé qu'une seule édition de Coupe du monde. Forfait en 2007, il a été recalé au dernier moment en 2011 : informé le 20 août de la décision de Marc Lièvremont.

Longtemps le pilier le plus capé de l'histoire du XV de France avec 84 sélections, détrôné par Nicolas Mas (85 sél.), Sylvain Marconnet aura joué son dernier match international le 13 août 2011 à Bordeaux contre l'Irlande (victoire 19-12). Il savait qu'il y aurait une fin mais il n'imaginait pas que le terminus serait à Chaban-Delmas. "Je ne savais pas que cette sélection serait ma dernière", avoue t-il. "Ce match, je ne l'ai jamais envisagé ainsi. Cette fin, je ne l'ai pas vu arriver".

À l'horizon, il y avait en effet un match retour en Irlande le 20 août et une Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Mais pour l'ultime match de préparation au Mondial disputé à Dublin, le sélectionneur Marc Lièvremont a choisi de se passer de ses services. Quand à la septième Coupe du monde de l'histoire, il apprendra ce même 20 août qu'il ne la disputera pas.

Marconnet - France - Aout 2011

Marconnet - France - Aout 2011Icon Sport

Camou : "Ne salit pas ta sortie"

L'histoire, Sylvain Marconnet l'a longtemps tue. Au vrai, il a failli la raconter au lendemain de l'annonce de son éviction. Quand il a invité les suiveurs du XV de France à une conférence de presse le dimanche 21 août 2011 en Irlande, Sylvain Marconnet avait l'intention de mettre son coeur à nu. Mais il s'est ravisé, éclairé par Pierre Camou et Jo Maso. "Je veux faire une conférence de presse pour balancer mais Pierre Camou m'a raisonné. Il m'a dit : 'Ce n'est pas le jour pour le faire, ne salit pas ta sortie'. Il avait raison. Je n'aurais pas été audible à l'époque. Six ans après, je le suis peut être un peu plus. Et puis je n'ai plus d'aigreur".

" En Nouvelle-Zélande, je ne partirai pas sans toi (Marc Lièvremont à Sylvain Marconnet)"

Alors, il raconte les raisons de sa déception. "Pendant la préparation, Marc Lièvremont apprend par sa femme, que la grossesse de mon épouse, dont elle est proche, ne se passe pas très bien. Ma petite fille a des problèmes de santé. Alors que nous sommes en sage à Falgos, je vais trouver Jo Maso et le président Pierre Camou pour les informer. Je les préviens que ma femme doit passer des examens et je suis clair : si elle ne peut pas les passer rapidement, je préfère renoncer à la Coupe du monde. Ils ont fait en sorte qu'elle puisse passer ces examens très vite et Marc, lui, est venu me voir pour me dire de prendre tout le temps nécessaire, qu'il comprendrait si je devais louper des entraînements. Et il me dit : 'En Nouvelle-Zélande, je ne partirai pas sans toi'".

"Marc Lièvremont, je n'ai plus beaucoup de respect pour sa parole et l'homme qu'il est"

Mais le 20 août, une semaine après sa dernière sélection, Sylvain Marconnet apprend que les Bleus s'envoleront sans lui. "Marc m'avait cherché toute la journée. Il finit par me trouver et me dit 'Je ne te sens pas concerné'. Par rapport à tout ce qu'on s'était dit, j'ai trouvé ses explications mauvaises. Je lui ai dit, 'Tu peux me dire qu'il y a meilleur que moi, je l'accepte. Mais tu ne peux pas me dire ça'. J'étais devant aux tests physiques, je n'avais demandé aucun passe-droit. Je suis abattu. Marc Lièvremont a été un coéquipier en club, il m'a entraîné. J'ai beaucoup de respect pour le joueur, le coéquipier qu'il a été. Depuis le 20 août 2011, je n'ai plus beaucoup de respect pour sa parole et l'homme qu'il est".

Sylvain Marconnet et Marc Lievremont

Sylvain Marconnet et Marc LievremontGetty Images

Sylvain Marconnet trouve la force d'aller boire deux ou trois bières avec ses coéquipiers mais pas d'appeler sa famille. Avant de se coucher, il écrira toutefois un mail à son père. "Je l'informe de la décision, je ne voulais pas qu'il l'apprenne par les médias". Le lendemain, après l'officialisation de son éviction et de celle de Thomas Domingo, Sylvain Marconnet vient donc dire au-revoir en conférence de presse. Ses mots sont pesés. "Je suis tombé de haut. Je ne m'y attendais pas, pour être franc. C'est une grande déception", dit-il sobrement.

Une sortie sous les applaudissements

Marconnet quitte les Bleus en gentleman, tête haute. "J'ai préféré partir sur cette dernière image que de vider mon sac. Personne n'aurait compris sinon ma famille et moi… Et puis au fond, je n'étais absolument pas amer. À mes yeux, j'avais déjà réussi mon challenge : revenir en équipe de France alors que des diagnostics après ma blessure en 2007 laissaient entendre que le sport de haut niveau c'était peut être foutu".

" J'ai parfois été critiqué, parfois adulé mais j'ai toujours eu confiance"

Sa dernière image comme joueur international sera sa sortie sous les applaudissements des journalistes. "C'était une forme de reconnaissance. J'ai toujours considéré que les médias font partie de notre éco-système. La distance qui s'installe me désole. J'ai parfois été critiqué, parfois adulé mais j'ai toujours eu confiance. Dans la salle, des journalistes étaient des potes. J'ai senti une bienveillance."

"Finir sur un titre pour mon dernier match, c'était un signe du destin"

Il reste quand même des idées noires. Quand il quitte Dublin, Sylvain Marconnet ne pense pas seulement dire adieu aux Bleus mais aussi au jeu. "Quand je rentre à Biarritz, j'ai en tête d'arrêter. J'étais vidé. Serge Blanco m'appelle catastrophé. Je lui dis qu'il faut qu'on se voit. Serge vient m'accueillir à l'aéroport. Il a des mots importants, il me dit que le club a besoin de moi. Il me propose de ne pas m'entraîner et d'arriver pour la première journée de Top 14. Il me dit : 'Ça sera ta thérapie'".

Sylvain Marconnet - Biarritz - 18 mai 2012

Sylvain Marconnet - Biarritz - 18 mai 2012Icon Sport

Serge Blanco avait vu juste : Sylvain Marconnet reprend goût au jeu et avec le BO s'offre une ultime conquête, une victoire en Amlin Challenge. "Finir sur un titre pour mon dernier match, c'était un signe du destin. Tout le monde n'a pas la chance de terminer ainsi". Une carrière immense, une fin de rêve. Le pilier le plus capé de l'histoire des Bleus et l'un des 87 capitaines de l'histoire du XV de France ne retient rien d'autre. "Il faut relativiser, ça reste du sport. Cette décision, à l'échelle d'une vie, ça n'est pas très grave."

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