Alain Penaud - Angleterre France - 7 décembre 1994 - Icon Sport
 
Coupe du monde

XV de France - Alain Penaud: "Les Français, nous avons pris du retard"

Penaud: "Les Français, nous avons pris du retard"

Par Sébastien Liebaut
Dans cet article
Dernière mise à jour Le 04/09/2014 à 13:56 -
Par Sébastien Liebaut - Le 04/09/2014 à 13:56
Avant le match Brive-Toulouse de samedi, nous avons rencontré l'ancien numéro dix ce ces deux équipes: Alain Penaud. Dans cette première partie, il revient sur sa carrière, l'après-rugby et les Bleus. A un an du Mondial, l'ancien ouvreur international, Alain Penaud (45 ans, 32 sélections), se montre inquiet du retard pris sur plusieurs nations. Il garde néanmoins espoir.
 

Tout passionné de rugby se souvient forcément de ce joueur à la belle gueule, réputé pour son jeu à la main, sa vision du jeu et son crochet intérieur dévastateur. Alain Penaud, demi d'ouverture de légende du CA Brive Corrèze Limousin (263 apparitions en championnat sous le maillot blanc et noir, le record du club) passé par les Saracens (Angleterre), le Stade toulousain, le Stade français avant de finir sa carrière de joueur au Lyon Olympique Universitaire et y débuter celle d'entraîneur a laissé une trace indélébile dans le paysage du rugby hexagonal.
 
Par sa forte personnalité, on le disait mauvais caractère, renfermé. Comme beaucoup de grands joueurs, Alain avait sa part d'ombre et de mystère. Mais au fond, un être généreux et parfois fragile. Qu'on l'aimait ou le détestait, il ne laissait personne indifférent. Même si quelques tâches noires viennent obscurcir le tableau de sa carrière, le palmarès de l'homme plaide en sa faveur: 32 sélections en équipe de France (10 essais inscrits) dont un Grand Chelem 1997, vainqueur du Challenge Yves-du-Manoir avec Brive et vice-champion de France la même année (1996), champion d'Europe (1997) toujours avec Brive et proche d'un doublé historique l'année suivante (1998) s'inclinant en finale contre Bath 18-19. Il a connu l'apothéose de sa longue et riche carrière à 33 ans en soulevant le fameux Bouclier de Brennus et remportant ainsi le titre de champion de France avec le Stade toulousain en 2001. Il a mis fin à sa carrière au Lou en 2007 avant de se reconvertir comme consultant pour la chaîne L'Equipe TV puis directeur commercial chez Andros. Il s'est longuement confié à nous.

Retiré du monde du rugby professionnel, quelles sont vos activités à présent ?

Alain PENAUD: Je m'occupe de la direction commerciale de la filiale "confiserie" du groupe Andros notamment les fameuses sucettes "Pierrot Gourmand".
 
Si vous deviez changer une chose dans votre carrière de jouer...

A.P.: Je ne sais pas. Honnêtement, je ne me suis jamais penché sur la question car je n'ai véritablement jamais eu de regrets. Je pense que toutes les décisions que j'ai pu prendre en leur temps ont été réfléchies, mûries et influencées par les situations de l'époque. Donc je ne vois pas pourquoi je reviendrais dessus aujourd'hui. Toutes n'ont pas débouché sur les attentes que je pouvais imaginer mais cela, on ne le sait pas avant de prendre la décision.

Alain, en toute sincérité, pensez-vous que l'image collée à votre personnage a pu ternir votre carrière auprès des sélectionneurs et entraîneurs ?
 
A.P.: Je ne sais pas. Mais je crois que l'image caricaturée que l'on a faite de moi n'était et n'est pas celle que j'ai de moi-même et je pense sincèrement qu'il y a un décalage entre cette image et la réalité. Après, les sélectionneurs et entraîneurs étaient, me semble-t-il, de bonne foi pour ne pas tenir compte de cette image-là même si parfois, certains ont pu être dévoyés par ce qu'ils pouvaient lire ou entendre. J'ose espérer que j'ai eu la carrière que je méritais. 

" Je me suis parfois emmerdé sur le pré alors je n'imagine même pas mes centres, mes ailiers et mes arrières de l'époque"

Qu'est ce qui a coincé en équipe de France pour que vous y fassiez autant d'allers et retours ?
 
A.P.: Je crois tout simplement que la période n'était pas propice aux qualités que je pouvais posséder pour l'époque. Les sélectionneurs étaient dans une recherche de joueurs différents avec d'autres ambitions de jeu. Il n'y a aucune à dévalorisation à cela. Chaque joueur avait un profil différent et le mien était plus dans l'attirance du jeu de mouvement que le but. Et comme je l'ai souvent dit, je me suis parfois emmerdé sur le pré alors je n'imagine même pas mes centres, mes ailiers et mes arrières de l'époque. Les allers et retours étaient forcément liés au fait que je n'apportais pas ce que les entraîneurs en place à l'époque attendaient de moi, tout simplement. 

Ne pas avoir disputé une Coupe du monde, est-ce que cela reste comme le plus gros regret ?

A.P.: En ce qui me concerne, oui. Ne pas avoir participé à une Coupe du monde reste comme une petite frustration au fond de moi. De plus, je pense avoir été un joueur qui a toujours privilégié le club sur les saisons et sur les périodes de tournée, j'ai toujours donné le meilleur de moi-même. Cette compétition phare du rugby m'aurait plu et vivre une aventure comme celle-là aurait été fabuleux. Il y a eu quelques éditions dans ma carrière et être toujours passé à côté, c'est toujours un peu frustrant. Il y a un petit goût de frustration en moi.

Alain Penaud lors d'un match amical avec les anciens internationaux - 2010
Alain Penaud lors d'un match amical avec les anciens internationaux - 2010 - Icon Sport

Vous avez porté le maillot du XV de France à 32 reprises, que vous inspire cette équipe à un an du Mondial ?

A.P.: Je crois que j'ai toujours le même sentiment depuis quelques années. Hélas, ce n'est pas lié qu'à l'équipe de France. On a la sensation que le rugby français progresse bien moins vite que celui de l'hémisphère sud et l'anglo-saxon dans son ensemble. Ces nations britanniques, notamment les Anglais, Gallois et Irlandais, n'avaient pas une culture rugby favorable à ce que peut être de nos jours le rugby moderne. Malgré tout, ils ont su faire les efforts nécessaires et s'adapter. Les Français, nous avons pris du retard mais avec une culture qui est certainement plus favorable sur les exigences du jeu aujourd'hui. C'est ce qui me laisse sur ma faim et avec un peu d'espoir aussi dans la mesure où le jour où les choses seront faites pour, on rattrapera ce retard beaucoup plus fort. Et je ne pense pas que l'écart va s'élargir.

" Quand tu as eu une image qui a été largement caricaturée pendant des années, à un moment donné, il est clair que tu finis par en payer les conséquences"

Notre esprit conservateur pèse-t-il notamment sur les prises de décisions ?

A.P.: Je crois que si on en est là au niveau fédéral, c'est parce que l'on a du mal à prendre les bonnes décisions, celles qui vont dans le sens de la modernité et du jeu de cette équipe de France. Cela va prendre du temps mais le jour où les choses viendront, on sera rapidement compétitif. Il faut prendre des décisions pour améliorer cette situation mais pour prendre des décisions, il faut être conscient de la situation. Et je ne crois pas que l'on en soit véritablement conscient. 

Je ne prends pas un gros risque en disant que votre club de coeur reste le CA Brive Corrèze Limousin. Vous n'avez jamais eu envie de vous y investir ?

A.P.: Plusieurs fois bien évidemment mais la question ne se pose pas dans ce sens-là (rires). Est ce qu'un jour on a vraiment voulu que je m'y investisse ? La dernière en date a été un refus des instances en place de me voir prendre en mains les Cadets ou les Juniors. C'est un projet qui date d'un an et demi à la demande de Pierre "Peyo" Capdevielle (ancien pilier du CABCL) qui souhaitait que l'on entraine ensemble Cela a été formalisé auprès de Jean-Marie Soubira (ancien centre) et refusé par Jean-Jacques Bertrand (président actuel du club) et Simon Gillham (vice-président). Véto mis alors que les choses étaient en passe de se faire. D'autant plus que nous n'avions pas d'exigences particulières avec "Peyo".

Pourquoi ne pas avoir persévéré dans une carrière d'entraîneur ?
 
A.P.: (Soupir) Comme pour tout le monde, à part forcer les portes d'un club, je ne vois pas comment on peux faire ! Et comme dit précédemment, quand tu as eu une image qui a été largement caricaturée pendant des années, à un moment donné, il est clair que tu finis par en payer les conséquences. Pour moi, il était difficile, d'autant plus après mon épisode lyonnais (2005 puis 2006-07), de retrouver un autre club. A une ou deux reprises, des choses se sont présentées et de façon plutôt intéressante mais elles ont capotées. J'ai eu l'occasion d'entraîner un petit club dans ma région (Malemort en Fédérale 3) dont j'ai arrêté en juin dernier. Je ne dis pas que je ne remettrais pas le pied à l'étrier. Cela dépendra des conditions, de pas mal de choses et la passion est toujours présente. Il est difficile de s'en débarrasser même si ce sera très compliqué pour y revenir.

Et à nouveau consultant télé ou radio ?
 
A.P.: Cela dépend des occasions, des opportunités mais je suis pas mal pris par mon activité professionnelle. J'ai disparu de l'Equipe TV (actuel Equipe 21) car les programmes ont changés, des choses ont évoluées. La porte reste ouverte.

Retrouvez la seconde partie de cet entretien vendredi. L'ancien numéro 10 revient sur l'évolution du rugby mais aussi son avis sur Toulouse et Brive, ses anciens clubs qui s'affrontent samedi .

Alain Penaud avec Lyon - 3 mars 2007
Alain Penaud avec Lyon - 3 mars 2007 - Icon Sport
 
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