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Coupe du monde

Comment le rugby féminin peut-il surfer sur l’engouement populaire ?

Comment le rugby féminin peut-il surfer sur l’engouement populaire ?

Par Bruno Poussard
Dernière mise à jour Le 24/08/2014 à 10:45 -
Par Bruno Poussard - Le 24/08/2014 à 10:45
Avec des records de fréquentation et de médiatisation, le rugby féminin hexagonal a passé un cap lors de la Coupe du monde organisée en terres franciliennes. Mais derrière cet engouement populaire nouveau, la discipline amorce juste son développement. On fait un point sur les axes de travail de la Fédération avec Nathalie Janvier, la chef de délégation des Bleues.
 

Un stade Jean-Bouin rempli pour les phases finales, 2,3 millions de téléspectateurs pour un France-Australie… Côté fréquentation et médiatisation, le Mondial féminin aura clairement marqué un gros succès populaire. "Cet élan national a été une bonne surprise, avoue Nathalie Janvier, la chef de délégation des Bleues. Le point positif auquel on n’avait pas forcément pensé, puisqu’on se demandait plutôt si on allait être suivi". Une réussite presque inattendue qui a l’avantage de soumettre un certain nombre d’axes de développement de la discipline. "Organiser cette Coupe du monde en France, un an après celle des Juniors, était déjà un message fort pour la prise en compte du rugby féminin, reprend cette membre du comité directeur de la Fédération. Maintenant que l’essai est marqué, à nous de le transformer", insiste-t-elle, "sans faire de mauvais jeu de mot avec le scénario de la demi-finale". Nathalie Janvier le sait, il faut désormais faire vite. "On ne peut pas laisser tomber le sifflet !"

La démocratisation chez les filles, peu nombreuses

Le premier des chantiers concerne la démocratisation de l’ovalie chez les filles. En France, on dénombre 13 000 licenciées. Leur nombre devrait augmenter après ce rendez-vous francilien. Mais, à titre de comparaison, les femmes sont plus de 179 000 au basket, 178 000 au handball. "Afin de l’accroître, il faut viser l’éducation", préconise la chef de délégation française. Ce qui a déjà été fait à travers l’opération planète ovale qui a déjà permis d’attirer un plus grand nombre de féminines, puisque pas plus de 4 000 joueuses étaient recensées avant la Coupe du monde 2007. "Il ne faut pas s’en contenter !", clame Nathalie Janvier. "Il y a 8 000 jeunes filles licenciées en UNSS mais pas en club, remarque-t-elle. C’est pourquoi il nous faut prolonger les passerelles avec l’éducation nationale". Selon elle, l’attractivité tient aussi à une structuration nécessaire "à tous les niveaux, à commencer par les clubs qui tiennent pour beaucoup sur leurs bénévoles". Et ce à travers la formation d’un plus grand nombre d’encadrants et dirigeants.

Marjorie Mayans, au centre, entre Elodie Poublan et Camille Grassineau
Marjorie Mayans, au centre, entre Elodie Poublan et Camille Grassineau - Icon Sport

Un encadrement à renforcer et féminiser

L’idée de Nathalie Janvier est claire: le développement de l’ovalie chez les filles passe aussi par la féminisation de l’ensemble de l’encadrement. Elle détaille. "Nous avions décidé d’anticiper l’afflux de licenciés en amont, via la labellisation des écoles de rugby, mais ça ne suffit plus. Il faut aller plus haut. Accueillir des éducatrices, des entraîneuses, des arbitres. Le rugby féminin a montré qu’il avait sa place, celadoit se faire dans son ensemble". Si les formations ouvertes à tous - qu’importe le sexe - existent au sein de la Fédération, c’est la présence de femmes qui est insuffisante. La chef de délégation des Bleues explique pourtant l’intérêt. "En termes affectifs, avoir plus d’éducatrices aidera peut-être certains parents à laisser leurs filles jouer au rugby…" Et pour l’encourager, une campagne de communication est-elle envisagée au sein des instances dirigeantes du rugby hexagonal ? "Encore une fois, cette médiatisation nous a un peu pris de cours, mais il faudra désormais y songer", sourit Nathalie Janvier en guise de réponse.

Uniformiser la pratique pour augmenter le niveau

Pour que l’équipe de France (de VII comme de XV) continue sa progression, c’est l’ensemble du rugby féminin français, "la base" ainsi que la nomme celle qui siège au comité directeur de la FFR, qui doit élever son niveau. A commencer par les clubs. "Comme chez les garçons, il faut mettre en place des parcours d’excellence sportive, afin de permettre l’explosion de jeunes potentiels, par les pôles par exemple", poursuit-elle. La hiérarchie de l’ovalie féminine a par ailleurs été récemment bouleversée. La première division devient désormais un Top 8, dans le but de réduire les doublons et restreindre les déplacements. "On parle beaucoup de surcharge des matchs chez les hommes, mais les filles en jouaient jusqu’à 33 par saison, illustre Nathalie Janvier. Leur santé passe avant tout !" En dessous, les trois niveaux de Fédérale sont refondus à un échelon unique (regroupant des équipes qui pouvaient évoluer à XII et simuler les mêlées, avec d’autres toutes proches de la deuxième division), ce qui ne manque pas de faire grincer des dents. "La pratique était trop différente, défend-elle. Alors certes, il y a beaucoup de changements, un gros travail à mener, et dans les deux ans à venir, on ne répondra pas aux attentes de tout le monde, mais à terme, cela devrait la simplifier. Et j’espère que ça augmentera le niveau, comme cela a été le cas chez les garçons".

Et la professionnalisation ?

Les médias l’ont assez répété. Les membres de l’équipe de France, troisièmes de ce Mondial, sont vite retournées au travail une fois l’événement terminé. Alors, à quand la professionnalisation ? "Cela doit être un axe de travail pour le statut des joueuses internationales", réclame Nathalie Janvier. Un première marche est déjà franchie avec le rugby à VII (prioritaire pour les deux saisons à venir avec la qualification aux JO en ligne de mire), puisqu’un groupe semi-pro vient d’être constituer. Mais le chemin est très long. Pour la chef de délégation tricolore, la première étape consiste d’abord à permettre aux joueuses de mener un double projet. "Accompagner les filles qui sont détectées, précise-t-elle. Pour préparer un métier, il y a aujourd’hui un nombre de places trop infime dans les écoles. Comme il n’existe pas assez de conventions d’insertion professionnelle. Il faut leur faciliter l’accès". Alors oui, cette Coupe du monde aura été une grande réussite. Et si la médiatisation, bien plus grande qu’imaginée, est espérée pour se prolonger sur le Top 8, la commission féminine de FFR a un gigantesque travail devant elle. Il n’y a pas de temps à perdre !

Safi N'Diaye a été nommée parmi les quatre meilleures joueuses du monde - 13 août 2014
Safi N'Diaye a été nommée parmi les quatre meilleures joueuses du monde - 13 août 2014 - Icon Sport
 
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