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Coupe d'Europe

Le tour de Midi Olympique

Le tour de Midi Olympique

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 14/12/2009 à 15:33
L’ambiance du Ravenhill stadium dans lequel évolue l’Ulster, l’arbitrage lors de Brive-London Irish… Les envoyés spéciaux du Midi Olympique décryptent pour vous les moments forts de la 3e journée de H Cup, retirant chacun un joueur, un instant clé, ou une image de chaque rencontre. Tour d'horizon.
 

Munster-Perpignan : 24-23. PHILIPPE KALLENBRUNN

"Quel beau soleil aujourd’hui non ? Profitez-en bien parce que, demain, les Munstermen vont faire souffler la tempête !" Ce jeudi, veille de match, Bernard Collins, vingt ans d’expérience dans le trafic de Limerick, me conduit au centre-ville. En terrain étranger, une règle d’or : taper la causette avec les chauffeurs de taxi, au risque qu’ils démasquent, à la tchatche, votre provenance. A l’instar des concierges et des grooms, ces garçons-là sont des mines d’or : ils véhiculent à gogo des informations coruscantes. "Comment ça va en France ? Pas trop secoué par la récession ?", m’assène le bavard, pour mieux me saper le moral après avoir promis l’enfer de Thomond Park à mes protégés de l’Usap. N’était la fatigue du voyage qui m’avait mené, le matin même, de Perpignan au fin fond de l’Irlande, je me serais bien lancé dans une infinie juxtaposition de catastrophes : les suicides en entreprises, le gel des salaires et des embauches, l’avènement du "travaillez plus avec toujours moins", les CDD non renouvelés, les jours de RTT à la trappe, les golden-parachutes des patrons, l’ambiance pourrie au boulot… Lâchement, j’en conviens, j’ai préféré esquiver, reprenant in extenso une expression chère à mon camarade Jérôme Prévot : "Tout va bien, boss ! Y a d’la joie, coco !" J’ai dû trop en faire. A sa moue dubitative, j’ai perçu que l’as du volant n’était pas convaincu. Après s’être joué des travaux sclérosant la cité avec une dextérité de bison en rut, Bernard Collins, qui pilote en Rangers achetés à bon prix sur eBay (des mines d’or, vous dis-je), m’a jeté sur Henry Street. "Allez, sans rancune, et bonne chance pour demain !", a-t-il fini de jacasser. L’estomac dans les chaussettes après cet improbable Paris-Dakar, j’ai erré un moment dans les rues de la ville, afin de me refaire une santé. Sans téléphone portable, surtout : je ne voulais plus être dérangé. Puis je me suis assis au "Old Quarter", un pub vieillot, dans le quartier des antiquaires. Finalement affamé, en dépit des plaquages verbaux et des dépassements hors-jeu de Satanas, j’ai commandé des lasagnes. On me les a servies presque froides, accompagnées de frites surgelées. Putain de crise !"

Ulster-Stade français : 23-13. ARNAUD BEURDELEY

"C’est pour des moments comme celui que nous avons vécu samedi en Irlande du Nord que nous aimons traverser la Manche. Ravenhill stadium, c’est un morceau de tourbe planté au milieu d’un quartier cossu de Belfast. Un bout de pelouse marqué par le poids de l’histoire. Dernier vestige d’un autre temps, d’un autre rugby. L’arche surmontée de deux plaques de bronze commémorant les hommes tombés lors des deux guerres mondiales témoignent. Ici, le respect se gagne en offrant son sang. Seulement voilà, le Stade français n’a offert qu’un triste spectacle. De contestations en mauvais gestes, de ballons perdus en percussions "mollassonnes", les Parisiens n’ont pas respecté le lieu. Tout comme ils ne se sont pas respectés eux-mêmes, produisant au final une bouillie de rugby. En face, les joueurs de l’Ulster n’ont rien fait de plus que de respecter leurs valeurs. Sans génie, mais avec beaucoup de cœur et de détermination. Et ça, les supporters nord-irlandais, ils adorent. Alors forcément, quand à 23-6 pour leur protégés à la 50e minute, ils ont entonné l’hymne de la province "Stand up for the Ulstermen" (debout pour les hommes de l’Ulster) sur l’air de "Go West", on a d’abord eu des frissons. On a aussi pensé à la chance qu’on avait de pouvoir vivre un tel moment. Et, ensuite, on s’est dit que, définitivement, le Stade français ne pourrait pas gagner".

Cardiff/Stade toulousain : 15-9. GREGORY LETORT

Bonjour tristesse. Il reste peu de place pour les mythes dans le rugby contemporain : les Blues de Cardiff avaient choisi de déserter l'Arms Park pour défier Toulouse lors de ce troisième round de H Cup. Le match fut délocalisé au Cardiff City Stadium, écrin futuriste posé en périphérie de la ville et partagé avec le club de football de Cardiff, évoluant en deuxième division anglaise... Un stade de 26 828 places qui a sonné terriblement creux avec seulement 10 511 spectateurs... Tristesse totale. Parce que Cardiff semble avoir choisi d'indexer ses ambitions de jeu sur le nombre de ses supporters. Alors contre le triple champion d'Europe, le club gallois n'a rien tenté, s'appuyant seulement sur un dyptique classique : jeu au pied de pression/occupation et guerre des rucks. Mais le plus triste, c'est que ce fut suffisant pour vaincre le Stade toulousain. Jamais mis en danger mais malgré tout vaincu. Triste avant tout. Mais, côté français, légèrement inquiétant aussi. Parce qu'après Toulon, le Racing-Metro et Brive, Toulouse a encore perdu un match à sa portée. Il faudrait que cette tristesse devienne moteur de révolte. Que cet avertissement soit l'ultime. Car le Stade toulousain, encore leader de la poule 5 de H Cup, a encore des ambitions légitimes qu'il est interdit de gâcher. Ainsi, à l'heure des comptes en janvier, le point de bonus défensif sauvé à Cardiff pourrait s'avérer précieux. Si la tristesse fut patente, ce point, c'est tout ce que le capitaine Thierry Dusautoir veut retenir."Vous ne vous êtes pas amusé ? Ce n'est pas grave, on prend le bonus défensif". Reste maintenant à ne pas le brûler.

Brive-London Irish : 3-36. CHARLES GAUDIN

"J'aime l'arbitrage en Coupe d'Europe. En particulier celui de l'Irlandais Georges Clancy, samedi soir à l'occasion de Brive-London Irish. Plein d'à-propos, l'ancien arrière du Bruff RFC a omis de signaler les irrégularités des Anglais lorsque ceux-ci ont écroulé les mauls du CABCL et gratté les ballons à quatre-pattes (n'est-ce pas Steffon Armitage ?). Monsieur Clancy aime bien aussi les essais entachés d'un, voire deux en-avant dans la même action (n'est-ce pas Tom Homer et Richard Thorpe ?). Il aime bien, encore, ne pas arbitrer la mêlée fermée selon les règles en vigueur. Avant la rencontre, Monsieur Clancy s'est même adressé aux entraîneurs des deux équipes en leur affirmant qu'il souhaitait que les deux packs récupèrent proprement leurs introductions... Tout ça pour dire qu'avec cet arbitrage aussi judicieux, jumelé aux grandes lacunes techniques, physiques et tactiques des Brivistes, le CABCL a passé un début de soirée des plus agréables samedi face aux London Irish".

Biarritz-Newport : 49-13. PIERRE MAILHARIN

"Les Newport Gwent Dragons étaient annoncés "joueurs", vifs, dynamiques, n’hésitant pas à déplacer incessamment le ballon, quitte à multiplier les passes à l’envi. On n’a rien vu de tout cela. Et pour cause : le rugby est cruel et quelles que soient les intentions d’une équipe, sans munitions, point d’envolées. Or, depuis dimanche, la franchise galloise cherche encore des cartouches à insérer dans son chargeur. Littéralement désintégrée en mêlée, agressée en défense, elle n’a eu qu’un seul ballon propre à négocier en première période. Incapable d’installer son jeu, transpercée dans l’axe par des Biarrots retrouvés, elle a logiquement sombré à Aguilera".

Clermont-Leicester : 40-30. MARC DUZAN

"Solides ces Tigres de Leicester. En lisant la feuille de match, et malgré la neige, notre excitation était palpable. Nous voulions voir évoluer deux hommes affichant à eux deux 216 kg sur la balance. On ne vous parle pas de Stankovich et Castrogiovanni, les deux piliers titulaires, mais bel et bien des deux ailiers. Le Samoan Alesana Tuilagi et l' Australien Lote Tuqiri. Deux athlètes des temps modernes aux corps démesurés alliant à merveille puissance et technique. Voilà pour la présentation de match, la réalité du terrain a donné raison aux amoureux d'un rugby qui fait de la place à tous les profils, à tous les physiques. Les kilos ne font pas tout et les Clermontois l'ont prouvé. Les deux flèches de la formation anglaise n'ont pas pu s'exprimer. Des attaquants muets et pourtant, cette confrontation a été spectaculaire. Soixante-dix points en quatre-vingt minutes. Tout simplement génial !"

 
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