Louis Picamoles (Toulouse) face aux Saracens - le 14 novembre 2015 - Icon Sport
Champions Cup

L'antisèche: Face aux Saracens, le courage n'a pas suffi pour des Toulousains anesthésiés

L'antisèche: Face aux Saracens, le courage n'a pas suffi pour des Toulousains anesthésiés
Dans cet article
Dernière mise à jour Le 15/11/2015 à 07:40 - Publié le 14/11/2015 à 22:36
Par Fabien Taccard-Blanchin - Le 15/11/2015 à 07:40

CHAMPIONS CUP - Dans un contexte particulier, le Stade toulousain est l'une des rares équipes françaises à avoir disputé son match de coupe d'Europe. Sèchement battu par les Anglais des Saracens (32-7), le Stade toulousain a totalement manqué sa 1ère période. Les têtes étaient lourdes, et cela s'est ressenti. Notre antisèche.

Le jeu: A sens unique en première période

C'est simple, Toulouse n'a quasiment jamais tenu le ballon lors du premier acte. Difficile dans ces conditions de proposer un semblant de jeu. A l'inverse des Anglais qui, ont su jouer juste. Ils ont également su scorer sur chacune de leurs incursions dans le camp adverse. Enormément pénalisés, Thierry Dusautoir et ses coéquipiers ont corrigé le tir dès le retour des vestiaires et ont longtemps poussé. On a alors assisté à un tout autre match, avec ce nouveau visage toulousain. Mais il y avait encore bien trop de déchet dans leur jeu. Une sorte de résignation mentale. La tête et les jambes n'y étaient clairement pas, et on les comprend.

Yoann Maestri (Toulouse) face aux Saracens - le 14 novembre 2015
Yoann Maestri (Toulouse) face aux Saracens - le 14 novembre 2015 - Icon Sport

Les joueurs: Itoje monstrueux, Picamoles égal à lui-même

Le capitaine des Eagles, Chris Wyles, s'est offert un doublé et une rencontre dans la continuité de son Mondial, de haute volée. Owen Farrell a engrangé les points en début de rencontre, ce qui a permis à son équipe de creuser l'écart. Deux échecs au pied, mais une conduite de jeu idéale, à l'image de sa feinte de passe qui a parfaitement embarqué Maestri. Maro Itoje, deuxième ligne prometteur et véritable machine au quotidien, a ébloui cette rencontre de son talent. Le jeune Anglais (21 ans) était partout, et sait déjà tout faire.

Quand Picamoles a trop brillé, il s'est chargé de défendre sur lui. Avec efficacité. Le troisième ligne centre toulousain a, lui, montré à ses futurs adversaires en championnat, ce qui les attendait. Il a distribué les charges dévastatrices et a cassé énormément de plaquages, avec notamment six défenseurs battus. Encore un match plein pour le n°8 rouge et noir. A l'inverse, Marchand avec plusieurs lancers manqués, et Johnston qui a coûté 3 pénalités, ont été en dedans. Le pilier remplaçant anglais, Gill, a également concédé 3 pénalités, subissant comme l'ensemble du pack des Saracens en seconde période.

Louis Picamoles (Toulouse) face aux Saracens - le 14 novembre 2015
Louis Picamoles (Toulouse) face aux Saracens - le 14 novembre 2015 - Icon Sport

Ce qui aurait pu tout changer: Commencer la rencontre en seconde période

La première période a clairement pénalisé les Toulousains. Mais comment leur en vouloir ? Pour les raisons que l'on connait tous, l'avant-match a été marqué par une minute de silence et une Marseillaise. Les Stadistes ont sans conteste été pris par l'émotion. Les yeux rougis et les dents sérrées, tel était le visage affiché par les hommes d'Ugo Mola. Au final, les Toulousains ont mis 40 minutes pour entrer dans le match. Ça leur a coûté la victoire.

Le tweet qu'il aurait peut-être fallu écouter

 
Les joueurs de Toulouse durant la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Paris - 14 novembre 2015
Les joueurs de Toulouse durant la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Paris - 14 novembre 2015 - Icon Sport

La stat: 1

Les Saracens n'ont été pénalisés qu'une seule fois en première période. Une traduction de leur domination. Même si ce fut moins le cas sur l'ensemble du match, avec sept pénalités au total à l'encontre des Anglais, contre 16 côté toulousain. L'indiscipline récurrente des Haut-Garonnais est clairement un problème à régler.

La décla: Thierry Dusautoir (capitaine du Stade toulousain)

" C'est une grosse déception. Après ce qu'il s'est passé à Paris (les attentats, ndlr), il n'y avait rien de plus à faire. Beaucoup de gens en ont parlé car c'est très choquant mais aujourd'hui, on voulait juste jouer au rugby"

La question: Toulouse aurait-il dû demander le report du match ?

Bien évidemment, il est facile de poser cette question alors que la rencontre s’est terminée avec le score et la physionomie que l’on connaît. Pourtant, alors que le traumatisme a été immense pour tous les Français et que toutes les rencontres disputées dans l’Hexagone ont été annulées, le report pouvait sembler légitime. Bien sûr, il n’était pas question ici de le faire seulement par mesure de sécurité mais surtout par rapport aux conséquences psychologiques de l’horreur des actes atroces de vendredi soir à Paris.

Si les sportifs de haut niveau sont habitués à se "mettre dans leur bulle" et à être le plus possible "imperméables" aux conditions extérieures, on imagine assez bien l’impact que ces attentats ont eu sur le groupe d’Ugo Mola.

Drapeau de la France / Hommage aux victimes des attentats de Paris - le 14 novembre 2015 lors de Saracens Toulouse
Drapeau de la France / Hommage aux victimes des attentats de Paris - le 14 novembre 2015 lors de Saracens Toulouse - Icon Sport

A voir l’émotion du groupe toulousain durant la minute de silence et les mines marquées alors que la Marseillaise retentissait dans l’Allianz Park, on se doutait déjà qu’une partie de leur énergie les avait quittés. Le premier acte n’a fait que confirmer ce sentiment. Et il est bien compliqué de reprocher cela aux Haut-Garonnais. Ils auront eu le mérite d’accepter d’aller au combat même si le cœur et la tête n’y étaient pas forcément. Mais aussi de ne pas sombrer sur le synthétique des Saracens.

Les Anglais n’ont pas pris le bonus offensif et c’est déjà une petite victoire pour Toulouse. Plus tôt dans la journée, l’EPCR a salué "le fair-play" des Toulousains mais aussi des Agenais et des Rochelais qui ont accepté de jouer. Tous ont été battus en Angleterre mais ont rendu fiers notre pays, quoi qu’il arrive, en trouvant la force d’enfiler des crampons et de se présenter sur un terrain de rugby quand beaucoup n’auraient pas eu du tout la tête à ça.

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